Homme ou femme, femme ou homme?

«Steam Heat» du Collectif La Tresse
Photo: Romain Guilbault «Steam Heat» du Collectif La Tresse

Programme triple au Festival Quartiers Danses, avec des pièces indépendantes mais toutes traversées par les idées de genre — qu’il soit fluide ou plus que conventionnel —, par une théâtralité certaine et, est-ce un hasard ?, par des interprètes nourris à la technique Gaga, cet outil d’improvisation monté par le chorégraphe israélien Ohad Naharin. Des thématiques communes, donc. Et des résultats chorégraphiques aux frappes fort différentes pour les oeuvres de Roy Assaf, du collectif La Tresse, et de James Viveiros.

Dos à dos, les mains de l’un reposant sur la tête de l’autre, les coudes saillants en triangulaires pointes, ensemble respirant d’un seul et profond souffle, n’exposant au public qu’une seule face à la fois de l’être à double ventre qu’ils forment, James Viveiros et Sara Hanley se complètent. En symbiose dans Play : Back, deuxième chorégraphie de Viveiros, ils se fondent ensemble et deviennent symboles humains, ou forgent un unisson énergétique et rythmique — mais pas physique — très fin, très beau lors de courses latérales. On les dirait constamment portés par le vent. Planches anatomiques vivantes de présentation des méridiens, en mouvements, les danseurs semblent être des hiéroglyphes tant ils restent latéraux et en à-plat. Ils sont ancrés dans une profonde écoute, et activent, on le sent des gradins, des énergies très précises. L’homme et la femme échangent leurs attributs (la voix, essentiellement) dans cette variation du Banquet de Platon. La chimie entre les deux interprètes est grande, une chimie complémentaire : l’expressionnisme Marie-Chouinardien, encore latent chez Viveiros (il a dansé 16 ans pour la compagnie de la chorégraphe québécoise), trouve ancrage dans la puissante simplicité de présence de Hanley, par exemple, qui, elle, est propulsée par les élans de Viveiros. Début très fort, dans une esthétique un peu passée et à la fois assez inédite dans le paysage. La chorégraphie perd ensuite en clarté et en portée. Est-ce le désir de drainer trop d’idées à la fois ? La gestuelle spatiale qui est moins efficace que la relation en duo ? Reste un travail de corps rassérénant et porteur d’idées, et un chorégraphe à surveiller de près.

En première partie, Steam Heat, du collectif La tresse, souffrait de telles lacunes chorégraphiques, dans un esprit cabaret — celui de Cabaret, le film de Bob Fosse — bédéesque, qu’on s’interrogeait sur les avantages ici de la création collective. Auparavant, A Girl, de Roy Assaf, reconvoquait les clichés de la femme vamp en cumulant des postures physiques et des chansons — pin-up, essentiellement — sans arriver, malgré l’utilisation de nombreuses ruptures, à les détourner, à les questionner, à les transgresser. Dans les deux cas, et bien davantage dans Steam Heat, le travail sur les personnages et la théâtralité, dans des propositions où ces éléments sont centraux, est négligé.
 


A Girl
Une chorégraphie de Roy Assaf, interprétée par Geneviève Boutin

Steam Heat
Conçu et interprété par le collectif La tresse

Play : Back
Une chorégraphie de James Viveiros, interprétée par James Viveiros et Sara Hanley