Hiver de force

Pep Ramis et María Muñoz ont démarré leur relation artistique avec un duo il y a 26 ans.
Photo: Jordi Bover Pep Ramis et María Muñoz ont démarré leur relation artistique avec un duo il y a 26 ans.

Après les solos Bach et Tous les noms, María Muñoz, de la compagnie catalane Mal Pelo, revient livrer sa poésie gestuelle un brin surréaliste à l’Agora de la danse. Cette fois, son comparse Pep Ramis, codirecteur artistique de la compagnie, partage les planches avec elle dans Le cinquième hiver.

Le duo, en forme de réflexion vivante sur sa démarche artistique au long cours, vient d’être lancé à la Biennale de la danse Val-de-Marne en France.

« On a démarré [notre relation artistique] avec un duo il y a 26 ans,raconte Pep Ramis dans un français cassé. Tous les six ou sept ans, on danse ensemble pour se retrouver et parler de ce qu’on veut traiter de manière plus approfondie après un cycle de pièces de groupe. » En plus de danser pour la compagnie, le chorégraphe et interprète y a aussi développé une expertise de scénographe, de concepteur de décors et de vidéaste.

L’hiver catalan, en montagne surtout, peut être rigoureux. Les deux artistes en savent quelque chose puisqu’ils ont établi leur centre de création et d’expérimentation multidisciplinaire L’animal a l’esquena dans une ferme de la campagne catalane, à une centaine de kilomètres de Barcelone. La saison est ici évoquée par la scénographie toute blanche sur laquelle se découpent leurs costumes noirs, mais aussi et surtout comme un temps de la vie.

« L’hiver est une manière de marquer le passage du temps,confie Pep Ramis. On n’a plus 22 ans… On voulait voir ce qu’on pouvait donner à 50 ans ; on a une expérience qui permet de travailler le geste dynamique d’une autre façon, d’explorer d’autres qualités. »

La critique montréalaise avait déjà salué la gestuelle simple, précise et la présence totalement incarnée de María Muñoz dans Bach (2008) et Tous les noms (2011). Le cinquième hiver se trouve quelque part entre la sobriété de la première et l’humour vaguement théâtral de la seconde, selon Pep Ramis.

La pièce s’enracine dans la poésie de l’auteur italien Erri De Luca, qui avait déjà collaboré avec Mal Pelo. Les deux chorégraphes ont relu certains de ses ouvrages et isolé des extraits que l’auteur a recomposés spécifiquement pour le duo. « C’est une poésie très forte, parfois sèche et dure, mais d’une grande beauté et avec un contenu humain important », décrit le chorégraphe, qui apprécie son regard sur le quotidien, empreint des compromis sociopolitiques dont sa vie d’ex-révolutionnaire de gauche est chargée.

Comme pour plusieurs oeuvres de la compagnie, le texte n’est pas mis en scène, il sert de contrepoint, d’inspiration, et multiplie les pistes de lecture.

« Il crée des suggestions, des évocations, des paysages, résume Pep Ramis. On l’entend en voix hors champ pendant le spectacle comme une voix qui vient de l’extérieur de cet espace d’où on ne peut pas sortir, on ne sait pas pourquoi. »

Cette voix est incarnée par la chanteuse tunisienne Alia Sellami, qui participe aussi à la trame musicale, autre élément dramaturgique important de la pièce. Parmi les pistes sonores variées, on entend notamment le cantaor Niño de Elche et les pas de l’avant-gardiste danseur flamenco Israel Galván. « Il nous a prêté ses pieds », dit Pep Ramis en souriant.

Des rythmes qui touchent aux fondements d’une vie comme d’une oeuvre. « Une des phrases d’Erri De Luca dit : “la vie d’un homme dure autant que celle de trois chevaux”, rapporte le chorégraphe. Là, on a déjà pris le troisième cheval… »

Corps et cordes

Après avoir axé ses dernières oeuvres sur le mouvement, Danièle Desnoyers (Carré des Lombes) revient à ses anciennes amours : la rencontre étroite entre corps, son et musique. Paradoxe Mélodie convie une harpiste parmi les danseurs. L’oeuvre musicale (signée Nicolas Bernier) est retravaillée en direct et jumelée à une partition électroacoustique. Pour mieux pincer toutes les cordes sensibles de la vie. Au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, du 30 avril au 2 mai.

Fêter en grand

Temps fort des activités de la Journée internationale de la danse, un vaste flash mob ralliera 400 élèves d’écoles primaires de la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île sur l’esplanade du Parc olympique le 29 avril à 12 h 30. « On est dans une belle ambiguïté entre le flash mob [mobilisation éclair impromptue dans l’espace public] et la chorégraphie de groupe », indique le chorégraphe Emmanuel Jouthe, de la compagnie Danse Carpe Diem, qui a mené une série d’ateliers avec sa comparse Laurence Fournier Campeau en mars pour transmettre un premier segment de chorégraphie sur une musique de Champion, laissant les deux autres parties aux soins des professeurs de danse des écoles. Jouthe, qui termine un long cycle de création sur les relations atypiques entre danse et spectateurs, a tenté, sans se faire prosélyte, de faire sentir aux jeunes que la danse contemporaine part avant tout de la physicalité propre à chacun, et non des codes gestuels qu’on voit à la télé ou dans les vidéos. « J’ai rencontré des jeunes pleins de vie et d’espoir, d’un “tannant” magique », confie-t-il. Les parents et amis sont invités à se joindre au joyeux chaos dansant. Détails de tout le programme d’activités au www.quebecdanse.org.

Le cinquième hiver

De María Muñoz et Pep Ramis (compagnie Mal Pelo) à l’Agora de la danse, du 29 avril au 1er mai.