Danse - Facile à aimer

Les Ballets Jazz de Montréal se sont taillé un joli programme triple, facile à aimer, pour célébrer leur 40e anniversaire. La première partie très néoclassique cède le pas à une pièce de danse-théâtre entraînante.

Fuel, du chorégraphe espagnol Cayetano Soto , lance le bal à un rythme furieux sur la musique aux cordes lancinantes de la compositrice américaine Julia Wolfe. Livrés dans la pénombre avec des éclats de lumière franche ici et là, les solos, duos et trios rappellent parfois l’éloquence d’un Nacho Duato, ici plus complexe et mise sous tension. La gestuelle est nerveuse, sculpturale, tout en bras et en jambes. L’enchevêtrement des corps se fait presque douloureux. Les mains aux doigts écartelés au bout de ces corps à la mécanique huilée reviennent comme une rengaine.


Seule ombre au tableau: des accrocs dans l’interprétation cassaient l’impression forte laissée par la chorégraphie. Nervosité de première ou complexité gestuelle et grande vélocité ? Soto s’est inspiré de l’affolement de la vie moderne. De fait, les corps-machine hyper sophistiquées semblent ici prisonniers de leur furieuse et implacable efficacité. Sur scène, un amas de projecteurs scéniques forment une sculpture de métal et de lumière crue. The show must go on.


S’ensuit Closer, duo amoureux tout en retenue du chorégraphe français Benjamin Millepied, très apprécié chez les voisins américains. Plus convenu, mais extrêmement bien interprété, le pas de deux porté par la musique de Philip Glass carbure au lyrisme sobre. Trop beau pour être vrai.


Le clou de la soirée, c’est le bon bougre de Harry, genre de Cendrillon inversé et campé dans les années 1950, signé par le chorégraphe israélo-américain Barak Marshall. Dieux grecs et destin s’abattent sur lui, si bien qu’il lui faudra mourir trois fois avant de trouver non pas chaussure à son pied, mais couvercle à sa casserole, et femme à son coeur. L’imagerie de la guerre, clins d’oeil aux guerres intérieures que se livre l’humain, est souvent tournée en dérision.


La pièce aux airs tragi-comiques de cabaret/comédie musicale n’est pas sans défaut et souffre notamment d’un canevas dramatique un peu maladroit - surtout que le jeu théâtral des danseurs s’avère pénible une réplique sur deux. Mais les scènes de groupe à la gestuelle simple et expressive, livrées sur des musiques juives traditionnelles, jazz et folkloriques isréaliennes, finissent par racheter les gaucheries. Et on y retrouve surtout l’énergie contagieuse et la gestuelle vive qui définissent les BJM depuis 40 ans.