Danse - L’art ou la vie

«Ceci n’est pas un spectacle». Et pourtant, ça danse, ça joue et le public regarde. Goodbye de Mélanie Demers, présenté hier au Festival TransAmériques joue sur le sens de la représentation, de l’art. Et le met en parallèle avec le sens de la vie.

Qu’est-ce qui est vrai, authentique? Qu’est-ce qui réussi ou raté - aux yeux du public d’un spectacle ou dans le regard qu’on pose sur sa propre vie? Les questions essentielles fusent parfois dans le sous-texte de la danse, du jeu, de leur mise en scène. Mais souvent aussi, carrément lancées à la face du public.


«Êtes-vous d’accord?», lance une danseuse après avoir résumé l’essence de l’existence et s’être longuement attardée à inventorier la futile qui la meuble.


La table est mise d’entrée de jeu. Après un mot de bienvenu à la théâtralité surlignée - faux costume brillant, gestuelle emphatique -, on nous annonce que le spectacle «n’a pas commencé», qu’il s’agit plutôt d’un «purgatoire», d’un «exutoire». Et l’énumération se prolonge: un contrat, une promesse, etc. S’ensuit un duo vigoureux, enlacement au bord de la rupture, corps à corps en constant déséquilibre.


Cette tension qui s’installe d’abord habilement entre vérité et fiction, entre théâtre et danse, les idéaux et les désillusions, le grave et le drôle finit toutefois par dicter toute la pièce. Comme le blanc et le noir du damier que forme la scène, le jeu est trop tranché - rigide, lisible - pour qu’on s’y laisse prendre. Était-ce le but?


L’ambivalence s’inscrit tellement au coeur de Goodbye que les danseurs vont jusqu’à en dénigrer la réelle valeur… «Ça ne volera pas plus haut que ça», nous avise-t-on. Et malgré tout le brio des interprètes, l’intelligence de la structure et du propos et l’humour délicieux qui en découle, cette ambivalence vient à miner la puissance de l’oeuvre. Comme si, à force d’enfoncer le clou (surtout avec ce vibrant témoignage de solidarité envers les étudiants livré après les applaudissements), on se mettait à douter de la réelle conviction des artistes dans leur propre création.


Était-ce le but? Le subterfuge artistique qui se retourne contre lui-même? Le hic, c’est que les nombreuses tentatives d’abattre le quatrième mur ne sont que poudre aux yeux. Les artistes eux-mêmes n’en sont pas dupes: en témoigne la musique qui devient tonitruante lorsqu’ils invitent le public à commenter, échanger… enterrant toute possibilité de dialogue. Sauf à une occasion, où le long silence ne donne lieu qu’à de timides réactions des spectateurs.


Bref, beaucoup de bonne matière, livrée avec maestria, mais qui a besoin d’être assouplie.