Ces «coachs» derrière les enfants acteurs

La cinéaste Annie St-Pierre (à droite) a réalisé le court métrage Les grandes claques (2021), mettant en vedette des enfants, dont Lilou Roy-Lanouette (à gauche), avec le soutien des coachs Ariane Castellanos et Geneviève Dulude-De Celles.
Photo: Danny G. Taillon La cinéaste Annie St-Pierre (à droite) a réalisé le court métrage Les grandes claques (2021), mettant en vedette des enfants, dont Lilou Roy-Lanouette (à gauche), avec le soutien des coachs Ariane Castellanos et Geneviève Dulude-De Celles.

Si les jeunes Québécois vont bientôt retrouver les salles de classe, les productions télévisuelles et cinématographiques s’apprêtent, elles aussi, à faire leur rentrée après un été bien rempli en tournages. Comme de nombreuses productions font appel à des accompagnateurs de jeu pour encadrer leurs jeunes acteurs, Le Devoir s’est interrogé sur la place qu’ils occupent sur les plateaux.

« J’aime le jeu et les acteurs. Ce qui me passionne, c’est de les regarder au microscope. » Depuis 25 ans, la comédienne Félixe Ross est aussi coach de jeu, notamment auprès des enfants et des adolescents. Elle a par exemple travaillé sur des productions maintes fois distinguées, comme Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau et Gabrielle de Louise Archambault. Plusieurs enfants qu’elle a accompagnés ont même gagné des prix.

« Mon travail est d’aider les jeunes à construire un personnage, à comprendre le texte et les enjeux émotionnels, explique-t-elle avec l’enthousiasme du premier jour. Puisque je ne suis ni pédagogue ni un télésouffleur, mais coach, je joue pour les acteurs, je leur donne le rythme et les intentions, qu’ils peuvent ensuite s’approprier, à moins qu’ils ne choisissent d’aller plus loin. » Pour Félixe Ross, il s’agit de parvenir au meilleur résultat, rapidement. Quitte à pleurer devant les jeunes, qui sont parfois des non-acteurs, pour leur montrer des émotions réelles et authentiques, comme ce fut le cas dans la série d’Éric Piccoli Je voudrais qu’on m’efface.

Jouer pour le plaisir

 

Pour obtenir un jeu crédible, il est d’abord essentiel pour Félixe Ross de comprendre, de décoder l’enfant, car « il n’y en a pas deux pareils ». Et de poursuivre : « Rien n’est moins naturel que de jouer. On est dans un décor, on a une coiffure, du maquillage, il y a un éclairage particulier, des caméras… En tant que coach, je dois apporter un soin particulier aux mots que j’utilise, à ma façon de parler, pour que le jeune livre un jeu réaliste et vrai, soit le meilleur possible. »

Selon elle, ce n’est pas parce que l’acteur est un enfant ou une personne déficiente que le jeu ne peut pas être excellent. « Je suis une travailleuse acharnée, mais je ne cherche pas du tout la discipline. Je fais parler et bouger les enfants dans une optique toujours ludique, même si ensuite nous jouons des scènes dramatiques », indique Félixe Ross. Être fin psychologue, empathique et sympathique est d’après elle la clé d’un résultat exceptionnel à l’écran.

« De bons interprètes font de bons coachs de jeu », affirme la cinéaste Annie St-Pierre — qui a réalisé le court métrage Les grandes claques (2021), mettant en vedette des enfants, avec le soutien des coachs Ariane Castellanos et Geneviève Dulude-De Celles. « Grâce à leur savoir-faire, ils aident l’enfant à trouver le ton juste. Cela va de soi, selon moi. »

Lorsqu’il est en tournage, Martin Tremblay, lui aussi acteur et accompagnateur de jeu passionné, essaie de dire aux jeunes ce qu’il aurait voulu entendre au début de sa carrière. « Il n’y a pas de formule magique, prévient-il. Je m’adapte à chaque jeune, je les accompagne avec une approche très relationnelle, car je veux que la confiance s’installe. »

Tout comme sa collègue Félixe Ross, il estime que la figure d’autorité du coach de jeu ne s’inscrit pas dans la discipline. « Il y a beaucoup d’attentes sur un plateau, donc il est primordial d’inclure la notion de plaisir dans le travail, pour faciliter le processus et pour que tout le monde soit satisfait. » Martin Tremblay croit par ailleurs que son rôle de coach n’est pas seulement de rendre un jeune comédien meilleur grâce à des techniques de prononciation et de diction, mais aussi de l’accompagner dans la construction d’un personnage.

« Tout cela demande de l’habileté, car la caméra voit tout. Je m’assure chaque fois d’avoir des références personnelles, données par les enfants eux-mêmes au fil de nos conversations, sans pour autant entrer dans l’intimité », souligne-t-il. Une bonne communication, de la patience, une attitude positive et un esprit d’équipe à toute épreuve sont ainsi nécessaires pour tenir le coup des journées de tournage qui s’éternisent.

Un lien important

 

« Ils sont une mine d’informations extraordinaire, raconte Félixe Ross à propos des parents des jeunes acteurs. J’adore collaborer avec eux : ils savent ce qui émeut et bouleverse leur enfant. Les parents sont mes alliés, mes partenaires de travail, et, la plupart du temps, j’en fais d’excellents collaborateurs. »

Pour que le tournage se déroule dans les conditions les plus optimales, la coach leur demande toutefois de ne pas jouer le texte avec les enfants, de seulement les aider à l’apprendre, et de n’être présents sur les plateaux que pour tenir leur place de gardiens. « Les tournages sont un ballet, une danse où tout est minuté », indique-t-elle, et les pertes de temps sont à proscrire.

Félixe Ross se décrit, en quelque sorte, comme le lien entre la production, la réalisation, les acteurs, les techniciens et les parents. « Je m’assure que le jeu des enfants correspond aux attentes de chacun. Notre temps est compté sur les plateaux. » Avec les réalisateurs, le partenariat doit par conséquent être solide.

« Notre travail est complémentaire », confirme Yann Tanguay, qui coréalise la série jeunesse de Télé-Québec Comme des têtes pas de poule. « Quand l’enfant est bien préparé à recevoir des directives, on gagne un temps fou en interprétation. En tant que réalisateur, il ne reste plus qu’à apporter notre vision. »

Pendant qu’Annie St-Pierre réalisait la série 5e Rang, la présence de la coach de jeu Anik Lefebvre a rendu l’expérience fantastique. « En télé, on enchaîne les choses, donc le réalisateur est souvent moins disponible. Pour cette raison, j’avais demandé des moments de préparation et de répétition avec la coach pour que tout soit prêt sur le plateau. Elle était là pour rassurer, car le lien affectif était déjà établi », se souvient-elle.

Bien que le travail des accompagnateurs de jeu soit reconnu par l’industrie, Félixe Ross regrette le fait que les productions les considèrent de moins en moins en amont des tournages. « C’est une catastrophe quand les enfants ne font que réciter leur texte. C’est dommage qu’on ne prenne pas plus le temps de bien faire les choses. »

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