«J’adore ce que vous faites», une comédie ni faite ni à faire

Antoine Bertrand et Gérard Lanvin dans le film J'adore ce que vous faites
Photo: David Koskas Antoine Bertrand et Gérard Lanvin dans le film J'adore ce que vous faites

Gérard Lanvin (qui joue ici son propre rôle) commence le tournage d’un grand film hollywoodien sur le débarquement des troupes alliées en Provence en 1944. Sur un coup du sort, il fait la connaissance de Momo, pisciniste local, morpion notoire et, surtout, fan absolu de l’acteur. Bien entendu, Lanvin, bon joueur avec ses admirateurs, va lui proposer de venir voir le tournage et Momo va en profiter pour s’engouffrer dans la brèche.

Il y a des comédies qu’on regarde pour le plaisir, d’autres qu’on regarde simplement pour passer le temps et d’autres où on regarde le temps passer. J’adore ce que vous faites appartient à cette troisième catégorie. Tous les gros ressorts sont là, des gags gesticulants à la minute émotion réglementaire. Oui, tout y est. Sauf l’humour.

Le principe du film n’est pas sans rappeler l’épisode d’Appelez mon agent consacré à Gérard Lanvin, la réussite en moins. Il faut dire que le modèle de Philippe Guillard pour ce nouveau long métrage, dont il signe la réalisation et le scénario, n’est pas l’excellente série sur une agence de vedettes, mais Le boulet, autre comédie de binôme où jouent Gérard Lanvin et Benoît Poelvoorde, qui a pour plus grand mérite sa distribution. Conclusion : pas vraiment la meilleure idée que Guillard ait eue.

On avouera ne pas avoir eu grand espoir sur le scénario de la part de celui qui a coécrit les comédies populaires grassouillettes Camping et Disco. Les mauvais augures disaient vrai. Les blagues volent trop bas pour arriver à la hauteur de la cible et les retournements scénaristiques ne sont ni originaux ni crédibles. L’humour est fin comme du gros sel et ne détonne pas par rapport à la tripotée de comédies françaises mettant plus en vedette des humoristes que des acteurs de métier. L’humoriste de cette fois-ci, Artus, en fait des caisses sans parvenir à nous arracher un sourire. Il faut attendre le générique de fin pour, enfin, entendre sa seule bonne vanne.

De son côté, notre bien-aimé Antoine Bertrand joue — à son grand dam — le Québécois de service, avec tous les clichés que cela implique : bûcherons, ours, tabarnak, Céline et consorts (on vous l’avait dit, les blagues ne volent pas haut). Quant au césarisé Gérard Lanvin, il n’est ni mauvais ni au sommet de son art. On est plutôt désolé pour lui de se retrouver là et on a hâte de voir l’acteur mythique à la filmographie en dents de scie dans un film digne de ce nom.

Besoin d’une piqûre d’adrénaline

Quand un scénario est mauvais, parfois le film se rattrape avec une réalisation audacieuse. Ce n’est pas non plus le cas ici. Fade au possible, celle-ci aurait grand besoin d’une piqûre d’adrénaline pour gagner en dynamisme et en originalité. Même la musique est en carence de vitamines. Et pour finir d’enrubanner cet échec, la photographie a des allures de série télé de moyenne gamme, pâle comme un drame à l’eau de rose. S’il y a bien un genre qui mérite une photographie éclatante, c’est pourtant la comédie.

On gardera au moins en mémoire quelques jolis plans d’ensemble du paysage provençal, qu’on dirait commandités par l’office de tourisme de la région.

Le cinéma français se serait bien passé de J’adore ce que vous faites, comédie au panache éventé. Honnêtement, on aurait même préféré voir le fameux film de guerre en tournage.

J’adore ce que vous faites

Comédie de Philippe Guillard avec Gérard Lanvin, Artus et Antoine Bertrand. France, 2022, 87 min. En salle.

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