«Les tricheurs» : le golf, cette comédie humaine

Benoit Gouin (en orange) et Alexandre Goyette dans des scènes du film
Photo: Laurence Grandbois Bernard Benoit Gouin (en orange) et Alexandre Goyette dans des scènes du film

Les tricheurs, deuxième long métrage de Louis Godbout, a tout d’un audacieux pari. Féru de golf, le réalisateur a choisi de se servir du sport, de son terrain et de ses conventions rétrogrades pour regarder à la loupe — et avec humour — les travers d’une société où l’hypocrisie et les faux-semblants règnent en maîtres.

Le terrain de golf comme microcosme, donc, où les forêts cachent des secrets inavoués, où les trappes de sable font tomber les masques, où les vents contraignent à changer de direction et les étangs, à déclarer forfait.

L’entreprise, à mi-chemin entre la satire et le cynisme, exploite avec intelligence le côté burlesque d’un sport pétri de contradictions, où le vernis des apparences fait figure de religion et menace, comme toute bonne foi, de craquer à tout moment.

Par un bel après-midi d’été, Hubert (Benoît Gouin) et André (Steve Laplante), deux amis et partenaires d’affaires dans le milieu des résidences pour personnes âgées, se joignent à Florence (Christine Beaulieu), la petite amie du premier, pour une partie de golf.

La paix sera toutefois de courte durée, perturbée par l’arrivée impromptue de Michel (Alexandre Goyette), invité à se joindre à la partie après avoir « accidentellement » frôlé les acolytes avec trois de ses balles. Très vite, il apparaît clair que le hasard n’a rien à voir avec cette rencontre, qui bouleversera l’apparente harmonie du trio et fera éclater au grand jour de perturbants secrets.

Photo: Laurence Grandbois Bernard Les acteurs Steve Laplante et Christine Beaulieu

Louis Godbout signe un scénario maîtrisé et se sert de la progression logique de la partie de golf pour faire avancer l’intrigue et révéler, habilement, les motifs de ses personnages. Il s’amuse au passage avec les codes de la farce pour grossir certaines situations et certains traits de personnalité, et pour renforcer l’inquiétante étrangeté qui contribue à la tension ambiante. La caméra, toujours en mouvement et portée par une trame musicale composée des morceaux les plus énergiques du classicisme — offre un peu de dynamisme au huis clos et à un sport à tout le moins statique.

Bien qu’il ne parvienne pas toujours à éviter les pièges de la caricature — le spectateur aura à quelques reprises envie de lever les yeux au ciel devant le stoïcisme niais de Florence ou devant le maréchal bavarois qui fait régner l’ordre avec une rigueur digne de la Gestapo —, le film réserve toujours à ses personnages des éclairs de réalisme ou d’humanité qui permettent d’adhérer à la proposition. Les acteurs, tous au sommet de leur art, renforcent cette impression de vérité.

Comme toute satire, le film pose, en trame de fond, un regard critique ou moqueur sur les contradictions inhérentes à la société et interroge les stéréotypes de genre, les revers de la technologie, le transhumanisme, les limites du développement personnel, l’âgisme, ainsi que toute la rhétorique qui l’entoure. Les réflexions, somme toute peu développées, demeurent engageantes tout en ne perdant jamais de vue le thème principal : l’hypocrisie, les frontières boiteuses de l’intégrité, les mensonges que l’on raconte aux autres et ceux que l’on se raconte à soi-même.

Ce cynisme peut sembler excessif, mais le film est en fait plutôt léger, drôle, terre à terre, et laisse place autant au laisser-aller qu’à l’interprétation. Le tout se conclut sur une finale prévisible, mais en tout point réjouissante. Un bon divertissement… avec un petit plus !

Les tricheurs

★★★ 1/2

Comédie de Louis Godbout. Avec Christine Beaulieu, Benoît Gouin, Alexandre Goyette et Steve Laplante. Québec, 2022, 90 minutes. En salle.

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