«CODA: la vie en musique»: l’autre «CODA»

Katie Holmes dans le rôle d'Helen Morrison
Photo: 1976 Productions Katie Holmes dans le rôle d'Helen Morrison

Triomphe populaire couronné de l’Oscar du meilleur film, CODA. Le cœur à la musique est un succès qui ne se dément pas. Mais ce n’est pas de ce CODA que nous traitons aujourd’hui. Ce CODA-là est l’acronyme de « child of deaf adults » (enfants entendants de parents sourds). Non, le « coda » auquel nous nous intéressons aujourd’hui renvoie au passage final d’une pièce musicale ou d’un mouvement. C’est la coda qu’a choisie le Québécois Claude Lalonde pour son premier long métrage, CODA. La vie en musique. Et on ne gagne pas vraiment au change.

L’artiste entre sur scène et ses doigts glissent sur les touches noires et blanches du piano sans effort. La musique s’écoule de ses phalanges instinctivement, mais il est proche du point de rupture, il le sent, et le doute s’installe. Henry Cole, pianiste d’exception ayant déjà de longues années de carrière derrière lui, a soudain le trac. Son esprit vacille de plus en plus, au point de mettre en péril sa carrière. Sa rencontre fortuite avec une critique musicale souhaitant obtenir une entrevue va chambouler sa vision de la musique et lui donner, peut-être, la confiance nécessaire pour dépasser ses craintes.

Une leçon de vie

 

Sur un scénario de Louis Godbout (Une révision), Claude Lalonde nous sert une leçon de vie transposable à tous les domaines. Le premier amour de Godbout, la philosophie, est amplement présent et nous sert quelques pistes de réflexion intéressantes. Surtout lorsque ces pistes sont énoncées par sir Patrick Stewart. L’interprète du professeur Xavier de la saga X-Men a ici troqué avec brio son fauteuil roulant pour la banquette du pianiste de concert et rend sans artifices les turpitudes de ce musicien vieillissant, convaincu que son corps et sa tête commencent à le trahir. Il fait partie de cette trempe d’acteurs qui éveillent un attachement inexplicable par leur simple présence. Mais tout le talent de l’acteur shakespearien ne suffit pas à garder absorbé le spectateur. Les failles et craintes de son personnage n’amènent guère de soubresauts dans le scénario qui aurait gagné, au même titre qu’une bonne partition, à plus de variations et de pics. La narration semble errer sans but, tandis que les minutes s’écoulent au rythme d’un métronome léthargique.

On subit le film plus qu’on le regarde, et ce n’est pas la réalisation de Lalonde qui ramène un peu d’allegro à ce CODA. La partition que joue le metteur en scène ne suscite pas de grandes émotions. Tout le film est un montage parallèle trop décousu pour constituer un véritable apport à la narration. Son tempo pâtit de plans à l’utilité discutable qui traînent en longueur quand d’autres, à la visée psychologique fondamentale, passent à la sauvette sur l’écran. Pourtant, ce premier long métrage n’est visuellement pas déplaisant. Les plans sont élégants, leur photographie raffinée, avec une construction soignée, académique même.

À la gloire du 4e art

La meilleure réussite du film est finalement la représentation de la musique en elle-même. Dès l’ouverture de son film, Lalonde se concentre presque exclusivement sur les mains du pianiste, les filmant aussi bien de biais qu’en plongée, et l’on peut admirer dans toute sa splendeur la dextérité du concertiste que la caméra peine à suivre. On voit alors toute la complexité de ses simples touches noires et blanches alignées devant soi. Puis il passe encore un cran au-dessus avec le générique d’ouverture, brillant de simplicité, qui met en parallèle la musique écrite, avec quelques points sur des lignes, et sa version sonore à la beauté complexe dont la partition ne laisse rien soupçonner aux non-initiés. Un véritable gouffre qui démontre tout le génie de l’interprète.

Nous nous garderons bien de détailler la performance du pianiste Serhiy Salov, les mains et le talent de Patrick Stewart à l’écran, cela étant le champ de compétence de notre collègue Christophe Huss. Néanmoins, nous nous permettrons de dire que la bande originale de CODA ravit les oreilles et donne aux doigts des envies de Steinway.

CODA. La vie en musique

★★ 1/2

Drame de Claude Lalonde avec sir Patrick Stewart, Katie Holmes et Giancarlo Esposito. Canada, 2019, 96 minutes. En salle.

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