«Firestarter», de la fumée sans feu

Au premier acte, avec Charlie qui cache ses dons, à l’instar de ses parents qui participèrent jadis à des essais cliniques suspects menés par une agence secrète du gouvernement, on retrouve les grandes lignes du roman.
Photo: Universal Picture Au premier acte, avec Charlie qui cache ses dons, à l’instar de ses parents qui participèrent jadis à des essais cliniques suspects menés par une agence secrète du gouvernement, on retrouve les grandes lignes du roman.

Publié en 1980, le roman Firestarter (Charlie) ramenait Stephen King en terrain connu. Ainsi, après avoir imaginé une adolescente qui déchaîne ses pouvoirs télékinétiques sur ses bourreaux étudiants dans Carrie, puis un enfant qui échappe avec sa mère à son père fou furieux grâce à ses dons médiumniques dans Shining, l’auteur à succès contait les tribulations d’une petite fille dotée d’une effrayante puissance pyrokinétique, soit une capacité innée à générer du feu. Sachant que le film qu’on en tira en 1984 avec une toute jeune Drew Barrymore n’est pas terrible, une seconde adaptation n’avait rien d’une hérésie.

Hélas, cette deuxième tentative de faire justice au roman — pas le meilleur de King, mais l’un de ses plus « le fun » — s’avère encore moins concluante que la première. Écrit par Scott Teems, l’un des trois coscénaristes d’Halloween Kills (Halloween tue, 2021), et réalisé par Keith Thomas, dont le précédent The Vigil (2019) avait davantage convaincu, le film s’avère une relecture assez libre.

Au premier acte, avec Charlie qui cache ses dons, à l’instar de ses parents qui participèrent jadis à des essais cliniques suspects menés par une agence secrète du gouvernement, on retrouve les grandes lignes du roman. Idem au deuxième acte, lorsque père et fille fuient les sbires de l’agence en question, qui a retracé la famille. À cet égard, le film aurait gagné à reprendre la structure atemporelle du roman, plus dynamique car commençant d’emblée avec le duo en pleine fuite. En l’état, Firestarter avance cahin-caha, arythmique (à noter que le film, tout comme le parent mais différent Les innocents, à l’affiche cette semaine, montre une horrible mort de chat : âmes sensibles s’abstenir).

Le troisième acte, très court, s’écarte pour sa part complètement de la trame originelle. Plutôt que d’assister à la longue incarcération et à l’évasion du père et de la fille, puis à la vengeance apocalyptique de celle-ci, qui au surplus aura été trompée par un assassin se faisant passer pour un gentil employé d’entretien, on a droit à une quinzaine de minutes lors desquelles Charlie apprend rapidement, et soudainement, à contrôler ses pouvoirs. Cela, en survivant seule en forêt. On n’y croit pas.

Lorsqu’enfin, l’enfant libère — littéralement — son feu intérieur sur les vils agents qui retiennent son père captif, on est très loin du pandémonium embrasé de la version de 1984.

Rendez-vous manqué

 

Paradoxalement, cette trop courte partie est également, de loin, la plus intéressante sur le plan visuel. Dans les couloirs labyrinthiques aux planchers couleur sang-de-bœuf, certaines séquences offrent de saisissants clairs-obscurs, avec aussi, de-ci de-là, des éclairages saturés tantôt bleus tantôt rouges qui viennent évoquer de vieux films de Bava et d’Argento. Tout cela est le fruit du savoir-faire du directeur photo Karim Hussain (Possessor, 2020), dont le travail sur la lumière est le principal atout du film, la mise en scène de Keith Thomas manquant de son côté autant de souffle que d’idée.

La musique électronique composée par John Carpenter et son fils Cody constitue une autre force. Pour l’anecdote, John Carpenter devait naguère porter Firestarter au grand écran, mais l’échec de son film The Thing (La chose, 1982) pour le même studio, Universal, lui fit perdre le contrat. Carpenter réalisa à la place, pour un studio concurrent, l’une des meilleures adaptations d’un roman de Stephen King (signant pour l’occasion l’une de ses meilleures musiques) : Christine (1983).

Son film suivant, Starman, une irrésistible science-fiction romantique, sortit la même année que Firestarter et valut à Jeff Bridges une nomination aux Oscar. Quant à The Thing, le film est à présent considéré comme un chef-d’œuvre.

Tout ça pour dire que, des années plus tard, au vu du piètre résultat, Universal aurait été mieux avisé de confier la réalisation de ce Firestarter 2.0 au vétéran cinéaste. John Carpenter a beau n’avoir rien tourné depuis 12 ans, à en juger sa musique, il a encore le feu sacré.

Charlie (V.F. de Firestarter)

★★

Drame fantastique de Keith Thomas. Avec Zac Efron, Ryan Kiera Armstrong, Sydney Lemmon, John Beasley, Michael Greyeyes, Gloria Reuben, Kurtwood Smith. États-Unis, 2022, 94 minutes. En salle.

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