Catherine Frot en reine des roses

«La fine fleur» met en scène Ève Vernet (Catherine Frot), une célèbre créatrice de roses au bord de la faillite.
Photo: MK2 Mile End «La fine fleur» met en scène Ève Vernet (Catherine Frot), une célèbre créatrice de roses au bord de la faillite.

Plusieurs ignorent que la France est la championne en titre de la création de roses (surtout en région lyonnaise). Science doublée d’un art, que celle de mêler le pollen du plant père au pistil du plant mère. En fonction de leurs couleurs, de leurs parfums, de leur robustesse, les graines hybrides deviennent des fleurs parfois primées dans les concours. Tel est le thème de La fine fleur, comédie dramatique donnant la vedette à Catherine Frot. Après des reports dus à la pandémie qui ont bousculé ses calendriers de sortie, le voici vendredi dans nos salles.

Pierre Pinaud a réalisé des courts métrages primés, dont le césarisé Les miettes en 2008. Sa comédie dramatique Parlez-moi de vous, avec Karin Viard en 2012, l’avait propulsé au long métrage. Cette fois, il dédie La fine fleur à sa mère horticultrice.

« J’ai une passion pour les fleurs depuis l’enfance », explique le cinéaste par Zoom depuis Paris. Ses grands-parents avaient offert à son frère et lui une partie de leur jardin, et les deux garçons l’avaient conçu comme un lieu idéal, avec ses massifs colorés et parfumés, ses aires de repos.

« Il faut sept années pour que la terre se régénère, sept années pour faire pousser une rose, explique le cinéaste. Le mystère de sa fabrication, c’est ce que raconte le film abordant le pouvoir de la rose à travers une œuvre que j’ai voulue belle. Dans cet univers-là, il y a des outils, un langage. La rose, tout le monde la connaît. Son potentiel esthétique est énorme, mais on découvre ici les gestes de sa création. »

La fine fleur met en scène Ève Vernet (Catherine Frot), une célèbre créatrice de roses au bord de la faillite. Sa secrétaire fait venir, par l’entremised’un programme de réinsertion sociale, trois travailleurs sans formation en horticulture, qui vont finalement l’aider à se sortir du trou. L’un d’eux surtout, Fred, délinquant issu de l’immigration (fantastique Melan Omerta !), permettra à la dame des roses de se rapprocher de ses employés, par-delà la barrière des classes, si opaque en France. Le cinéaste, admirateur des films du Britannique Ken Loach (il s’est inspiré de son film La part des anges), s’intéresse aux thématiques sociales et y a vu l’occasion de capter les réalités de la marge.

« Le parallèle entre certaines étapes de la création des roses, aux zones de résistance, et celles de cette femme élitiste devant trois personnes non professionnelles, des laissés-pour-compte de la société, est au cœur du film, précise le cinéaste. C’est aussi un archétype. »

Un univers fécond

 

Pierre Pinaud avait admiré la césarisée du film Marguerite dans Les saveurs du palais, de Christian Vincent, en cheffe cuisinière du président de la République. Il cherchait une actrice très française, truculente, dotée de cette précision manuelle que Catherine Frot sait apporter à ses rôles les plus divers. Et pourquoi pas dans l’hybridation des fleurs ? Son interprète en a appris un bout sur la question au cours de l’aventure. « On avait l’impression que Catherine avait été créatrice de roses toute sa vie », raconte le cinéaste.

Pinaud est un jardinier dans l’âme. Il m’a communiqué sa passion. C’est un monde… On se sent tout petits. J’ai cherché aussi la vérité du personnage.

 

Elle n’aimait pas les roses, a découvert que chacune possédait un parfum différent, certains doux, d’autres puissants. « Pinaud est un jardinier dans l’âme. Il m’a communiqué sa passion, explique Catherine Frot. C’est un monde… On se sent tout petits. J’ai cherché aussi la vérité du personnage. Devenir cette dame condescendante qui n’envisage pas de travailler avec ces personnes réclamait une justesse de ton difficile à trouver. Ces humains n’ont rien à voir les uns avec les autres. Mais une complicité se crée autour de leur errance. »

Melan Omerta, l’interprète de l’autre personnage pivot, Fred, le cinéaste l’avait découvert et trouvé charismatique dans un court métrage présenté aux César. Mais il aura cherché longtemps sa perle rare : « Il fallait qu’il soit à la fois macho, rebelle, sensible, avec du souffle. Melan est rappeur de profession et c’est lui qui chante et qui rappe dans le film. Il avait lu le scénario en deux heures, a passé les auditions. »

« C’est un phénomène mystérieux, mais il y a des acteurs nés, comme lui, ajoute Catherine Frot. Après, au fil d’une carrière, on construit, mais la grâce du débutant, c’est magique. »

Pierre Pinaud a tenu à filmer chez les Dorieux, à Montagny, une petite entreprise familiale dirigée par un vrai créateur de roses du centre de la France. « Ça s’est fait en partie dans les serres véritables, mais on a dûretravailler l’extérieur et l’intérieur des bâtiments pour les besoins de la mise en scène. »

Ils ont tourné également au parc de Bagatelle du bois de Boulogne, qui abrite un grand concours de roses depuis 1907, ce qui réclamait des scènes de foule avec une centaine de figurants, pour recréer l’esprit de cet événement. Ainsi, le film nous fait découvrir toute l’importance culturelle de la rose dans une France traditionnelle qui s’ouvre devant nos yeux comme une fleur.

La fine fleur prendra l’affiche dès le 6 mai.
 

 

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