«Being the Ricardos»: I Love Nicole

Nicole Kidman et Javier Bardem dans une scène du film «Being the Ricardos»
Photo: Glen Wilson Amazon Content Services LLC Nicole Kidman et Javier Bardem dans une scène du film «Being the Ricardos»

Au plus fort de sa popularité dans les années 1950, la comédie de situation I Love Lucy gardait quelque 60 millions d’Américains rivés à leur poste de télévision. Des commerces fermaient le lundi soir, sachant que personne ne viendrait pendant la diffusion hebdomadaire. Pour citer la vedette dans le drame biographique Being the Ricardos (V.O. stf), elle était alors « le principal atout du réseau CBS ». L’assurance de Nicole Kidman lorsqu’elle prononce cette réplique est parfaite, à l’instar de sa composition, qui tient de la métamorphose.

Ce faisant, la vedette vient peut-être de brouiller les cartes dans la catégorie de l’Oscar de la meilleure actrice, où les candidates potentielles se bousculent déjà. Naïve au petit écran, Lucille Ball était dans la vie tout le contraire. À cet égard, le film écrit et réalisé par Aaron Sorkin ne fonctionne jamais aussi bien que lorsqu’il montre combien Lucille Ball était constamment en avance sur son temps, que ce soit dans sa manière très franche d’initier une liaison avec son futur mari Desi Arnaz (dans un retour en arrière), d’imposer leur couple biculturel au télédiffuseur, ou dans sa façon de prendre les commandes de la mise en scène d’un épisode lorsqu’elle se trouve en butte à l’incurie humoristique d’un réalisateur.

Dialogues mordants

D’ailleurs, le film est autant un regard vers les coulisses de la production que vers celles du mariage de Lucille Ball et Desi Arnaz, elle actrice hollywoodienne de série B partie de rien, lui réfugié cubain amoureux de la dame et des États-Unis.

Pour des fins dramatiques et comiques, Sorkin a concentré l’action en une seule semaine — mais quelle semaine ! — au cours de laquelle rien ne va plus pour l’émission et pour le couple (à noter que le titre du film fait référence au nom des personnages qu’interprétaient Lucille et Desi dans I Love Lucy, c’est-à-dire Lucy et Ricky Ricardo).

La plupart des événements évoqués, des accusations de communisme portées à l’endroit de Lucille à sa grossesse que Desi et elle se sont battus pour intégrer à la trame de l’émission (du jamais vu à l’époque) en passant par les manchettes faisant allusion aux infidélités de Desi, sont véridiques, mais ils ne se sont pas tous produits durant cette période.

En termes de rigueur factuelle, Hollywood a fait pire et, plus important, la gageure narrative de Sorkin paie. Même la poignée de retours en arrière s’intègre organiquement à l’ensemble.

Sans surprise, Being the Ricardos regorge de ces dialogues mordants, incisifs, voire furieusement drôles, dont le scénariste d’A Few Good Men (Des hommes d’honneur), The American President (Un président américain) et The Social Network (Le réseau social) a le secret. Lui qui a parfois la verve complaisante, surtout lorsqu’il éduque ou pontifie par la bouche de ses personnages, il maintient ici un bel équilibre.

Les échanges coulent, vifs, mais jamais au détriment d’une intrigue chargée. Autre point positif : dans le rôle de Desi, Javier Bardem est formidable, en plus de partager une chimie brûlante avec Nicole Kidman.

Les Alia Shawkat, en pionnière scénariste, J.K. Simmons, en acteur de vaudeville qui en a vu d’autres, et Nina Arianda, en actrice à qui le rôle de faire-valoir commence à peser, sont à la hauteur également.

Réalisation limitée

Là où cela coince, et le bémol est de taille, c’est au niveau de la réalisation. Sorkin en est à sa troisième après Molly’s Game (Le jeu de Molly) et The Trial of the Chicago 7 (Les sept de Chicago), et jusqu’à présent, force est de constater que ses scénarios sont mieux servis par d’autres réalisateurs que lui-même (Rob Reiner, David Fincher, Mike Nichols, Bennett Miller, Danny Boyle…).

Le film est tout à fait correct sur le plan technique, on y dénombre même une poignée de très jolies compositions (ah, lorsque s’ouvrent les immenses portes du studio…).

La direction photo rétro de Jeff Cronenweth (Fight Club) est en outre splendide. Il reste qu’en matière de mouvement et de langage, on a davantage l’impression d’être devant de la télé luxueuse que du cinéma.

Ce qui n’est peut-être pas plus mal au fond : distribué par Amazon Studios, le film a certes bénéficié d’une brève sortie en salle aux États-Unis, mais c’est sur la plateforme Prime que la majorité le verra.

 

Being the Ricardos (V.O. stf)

★★★

Drame biographique de Aaron Sorkin. Avec Nicole Kidman, Javier Bardem, J. K.  Simmons, Nina Arianda, Tony Hale, Alia Shawkat. Sur Prime Video dès le 22 décembre.

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