«La contemplation du mystère»: le Graal de la chasse

Emmanuel Schwartz dans une scène de «La contemplation du mystère»
Photo: Fun Films Emmanuel Schwartz dans une scène de «La contemplation du mystère»

Film vraiment remarquable réalisé à petit budget au Québec par Albéric Aurtenèche, La contemplation du mystère tient du petit ovni dans notre cinématographie par l’originalité de sa forme, la multitude de ses références et son appel au vertige existentiel.

Albéric Aurtenèche, cinéaste d’origine française élevé chez nous au sein d’une communauté d’expatriés de l’Hexagone, offre avec ce premier long métrage un exemple fascinant de ce qu’un artiste familier d’autres codes culturels peut insuffler à notre imaginaire, en mêlant ses sources aux nôtres. La bête lumineuse de Pierre Perrault n’est pas loin. Le temps d’une chasse de Francis Mankiewicz non plus, où ce sport ritualisé constituait un passage vers l’âge adulte. Les paysages de forêt sont bien québécois, les interprètes aussi. Cette thématique de la recherche du père, à travers un retour au bercail, hantait déjà notre cinématographie nationale.

Mais le film se nourrit quand même ailleurs. Sa quête métaphysique collée aux récits initiatiques médiévaux ou plus anciens — le cinéaste se réfère aussi aux Métamorphoses d’Ovide et au mythe gréco-romain d’Actéon — passe par une série d’épreuves pour découvrir une sorte de Graal lié ici aux rituels de la chasse. Sur la piste du Monarque, un cerf mythique, sont lancés les Chevaliers de Saint-Hubert, chasseurs aux codes secrets et aux mœurs féroces. De vieux grimoires préservent des mystères. Les bruitages, la musique, celles des cors de chasse entre autres, les éclairages dans les bois, les cadrages inspirés, ouvrent les portes d’un monde parallèle semé de trappes.

Le film est tout entier construit comme un voyage intérieur : celui d’Éloi Cournoyer (Emmanuel Schwartz, tout en figure de transparence éberluée), de retour au village fictif de Saint-Ignace pour une cérémonie rituelle un an après la mort terrible de son père chasseur en forêt. Et dans le camp paternel à la façade recouverte de panaches, cet homme, trop lucide, hanté par le désir de mort, fera sa traversée du miroir pour se dépasser et trouver sa force.

Une Diane chasseresse (Sarah-Jeanne Labrosse), humaine, mais déesse cruelle qui trompe et qui attire, hante son quotidien et le fait bifurquer.

La distribution est exceptionnelle, avec Gilles Renaud en Grand commandeur de l’Ordre, François Papineau en âme damnée des Chevaliers de Saint-Hubert et Martin Dubreuil en compagnon handicapé retors, qui sème les pistes. Par lui, le héros découvrira que son père cachait des secrets et que tous veulent l’embobiner. Un homme des bois, surnommé à tort l’Indien (Reda Guerinik) par les bien-pensants de cette confrérie, se révèle omniprésent, mais absent avec son mutisme, son arc aux pouvoirs occultes et ses desseins obscurs.

Thriller transcendantal à cheval sur plusieurs genres, ce film explore, à travers la caméra allumée de Ian Lagarde et une mise en scène troublante et décalée, des voies nouvelles et anciennes. La consommation d’ayahuasca, décoction amazonienne hallucinogène (DMT), tire le récit en son cœur spiralé vers des visions initiatiques, traduites avec des effets surnaturels par le cinéaste expérimental Alexandre Larose.

La contemplation du mystère est trop ésotérique pour plaire à tout le monde, mais ceux qui entreront dans l’univers crypté d’Albéric Aurtenèche savoureront ses ressorts dérobés avec une vraie délectation. Ce premier long métrage est davantage qu’une promesse, c’est le jalon d’un parcours de cinéaste qu’on prévoit rayonnant.

 

La contemplation du mystère

★★★★

Drame d’Albéric Aurtenèche. Avec Emmanuel Schwartz, Sarah-Jeanne Labrosse, Gilles Renaud, François Papineau, Adrien Bletton, Martin Dubreuil, Reda Guerinik. Québec, 2021, 101 minutes.

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