«The Starling»: réapprendre à voler

Melissa McCarthy et Chris O’Dowd élèvent cette «dramédie» inégale sur le deuil d’un enfant.
Photo: Karen Ballard Netflix Melissa McCarthy et Chris O’Dowd élèvent cette «dramédie» inégale sur le deuil d’un enfant.

Lilly et Jack ont subi la pire épreuve imaginable pour des parents : ils ont perdu leur bébé, emporté par le syndrome de mort subite du nourrisson. Un jour, les conjoints gagas de bonheur faisaient les pitres devant le poupon vagissant, et le lendemain… Un an après, Jack soigne une dépression dans une clinique, tandis que dans leur maison encore pleine de souvenirs de cette petite Kylie qui n’est plus, Lilly fait tout pour ne pas aboutir au même endroit. De cette situation de départ tragique, The Starling (Lilly et l’oiseau) tire un récit étonnamment humoristique…

Quoique pas spécialement crédible ou habilement raconté. Sur le thème du deuil d’un enfant, un film comme Rabbit Hole (Trou noir, 2010) est cent fois mieux. Il n’empêche, la proposition fonctionne juste assez pour remplir son mandat modeste, et assumé comme tel, de « film-qui-fait-du-bien ». Car en dépit d’une propension au pathos, The Starling est ce qu’il convient d’appeler une « dramédie ».

Coup de chance, la vedette du film est Melissa McCarthy, qui maîtrise l’un et l’autre registre, comme en témoignent Spy (Espionne, 2010) et, à l’autre extrémité du faisceau, Can You Ever Forgive Me ? (Pourras-tu me pardonner un jour ?, 2018). C’est en l’occurrence dans un film privilégiant ce ton de l’entre-deux que l’actrice a collaboré une première fois avec le réalisateur de The Starling, Theodore Melfi, soit dans St. Vincent (Saint-Vincent, 2014).

Cette précédente production était plus incarnée, comme d’ailleurs l’autre film du réalisateur, Hidden Figures (Les figures de l’ombre, 2016). En effet, dans The Starling, on perçoit toujours l’artificialité sous-jacente. On entend chaque rouage narratif tourner, voire grincer selon la scène (les échanges entre Lilly et son patron sonnent tous faux).

Approche lourde

On suit surtout Lilly, qui pour se régénérer intérieurement, décide d’aménager un potager dans la cour laissée en friche derrière sa maison de campagne. Ce faisant, elle dérange un étourneau territorial, qui l’attaque. Et la femme d’essayer de se débarrasser du volatile, en vain. Proches de la farce et un peu en rupture de ton avec le reste, ces séquences n’en ramènent pas moins Melissa McCarthy au type d’humour physique pour lequel elle a un génie certain.

Comme pour les visites qu’elle rend à Jack, Lilly persiste dans son projet horticole. Pour s’extraire de l’emprise de la mort, elle fera jaillir la vie autrement : le concept pourrait être inspirant, mais ici, le traitement est aussi appuyé que l’est la musique d’accompagnement. Idem pour les oiseaux qui font leur nid, à l’image de Lilly qui réaménage le sien : les touches symboliques ont la subtilité d’un coup de 2x4.

À point nommé, Lilly consulte Larry, un vétérinaire qui, par un hasard incroyable (dans le sens qu’on n’y croit pas), était auparavant psychiatre. On précise que le scénario de Matt Harris est tellement rempli de ce genre de coïncidences improbables, par opposition à un enchaînement organique de développements, qu’on ne s’en formalise plus guère à ce stade.

Phénomène récurrent

Ce renoncement, ou cette bienveillance, c’est selon, vis-à-vis des failles du film est en bonne partie imputable aux interprètes. Dans le rôle de Jack, Chris O’Dowd, comme sa partenaire davantage associée à la comédie, livre une excellente performance : son jeu poignant ancre le film sur le plan émotionnel. Quant au polyvalent Kevin Kline, il incarne Larry avec une excentricité discrète.

Le film repose toutefois sur les épaules de Melissa McCarthy. À cet égard, et cela commence à être récurrent après The Happytime Murders (Carnage chez les joyeux touffus, 2018), Superintelligence (2020) et Thunder Force (2021), l’actrice s’avère pas mal meilleure que le film dont elle tient la vedette.

 

Lilly et l’oiseau (V.F. de The Starling)

★★ 1/2

Drame de Theodore Melfi. Avec Melissa McCarthy, Chris O’Dowd, Kevin Kline. États-Unis, 2021, 103 minutes. Sur Netflix.

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