«Dear Evan Hansen»: insincèrement vôtre

L’interprétation de l’acteur pose problème. Affecté, Platt y va d’une posture perpétuellement voûtée et de tics aux mains repris sans gradation ni nuance pour exprimer l’inconfort.
Photo: Universal Pictures L’interprétation de l’acteur pose problème. Affecté, Platt y va d’une posture perpétuellement voûtée et de tics aux mains repris sans gradation ni nuance pour exprimer l’inconfort.

Il est des films que l’on regarde les sourcils froncés en une expression de franche perplexité. Le drame musical Dear Evan Hansen (Cher Evan Hansen) est de ceux-là. Adapté d’un spectacle de Broadway primé mais controversé, le film a pour protagoniste Evan, un adolescent de 17 ans — incarné par un acteur de 27 ans — souffrant d’anxiété sociale. Un adolescent qui, par l’entremise d’un quiproquo abracadabrant, se fait passer pour le meilleur ami endeuillé de Connor, un camarade de classe qui vient de s’enlever la vie. S’ensuit un mensonge élaboré qui voit Evan se rapprocher de Zoe, la petite sœur du défunt, dont il est amoureux. Par où commencer ?

Allons-y d’abord avec cette décision de confier la vedette à Ben Platt (qui tint le rôle d’Evan sur les planches de 2015 à 2017). Plus facile à tricher sur scène, distance aidant, l’âge se révèle davantage à la caméra. Ici, le subterfuge ne fonctionne pas. À noter que le père de l’acteur, Marc Platt, a produit le film : qu’on en tire ses propres conclusions.

Mais au-delà de son âge, c’est l’interprétation de l’acteur qui pose le plus problème. Affecté et semblant souvent jouer pour le fond de la galerie, comme s’il était encore sur scène, Platt y va d’une posture perpétuellement voûtée et de tics aux mains repris sans gradation ni nuance pour exprimer l’inconfort. C’est gros, gros, gros, à l’instar de ses vocalises geignardes. Pour dire les choses crûment, Platt a l’air de se retenir d’aller à la toilette pendant deux heures et quart.

Prendre des notes d’Amy Adams, émouvante en mère de Connor en proie au déni, et de Julianne Moore, très juste en mère harassée d’Evan (et dont la chanson So Big, So Small est la seule à provoquer un vrai frisson), eût été une bonne idée.

Élément nauséeux

À cela s’ajoutent tous ces moments où Evan s’immisce dans l’intimité de Zoe, vulnérable pour des raisons évidentes. Le film présentant Evan comme un être attachant en vertu de son anxiété, est-ce à dire que cette duperie, cette prédation, est censée être romantique ? Le dénouement suggère en tout cas qu’il n’y avait rien là. Beurk.

Quoi qu’il en soit, la vue de Ben Platt et Kaitlyn Dever (22 ans dans Booksmart, ça allait, 24 ans à présent, ça le fait moins) en ados vivant leurs premiers émois a quelque chose d’à la fois malaisant et ridicule. Le film n’est pas le premier où des adultes jouent des adolescents, mais il est l’un de ceux où les limites du procédé sont le plus criantes.

Cela étant, l’élément le plus nauséeux de l’affaire est le traitement réservé au thème du suicide adolescent. Car il n’y a pas de traitement, justement : le suicide de Connor n’est utilisé que comme prétexte à l’apprentissage, puis à l’épanouissement d’Evan.

Le film avait pourtant en sa faveur le concours de Stephen Chbosky, réalisateur du chouette The Perks of Being a Wallflower (2012), qui faisait montre d’autrement plus d’acuité dans son exploration des tourments de l’adolescence et des problèmes de santé mentale. Chbosky se démène comme il le peut avec le matériel douteux, et son savoir-faire assure une qualité technique de base, mais on ne le sent pas spécialement à l’aise avec les numéros musicaux, statiques et guère mémorables. Certes, le film laisse à l’inverse une impression vivace, mais pas pour les bonnes raisons.

 

Cher Evan Hansen (V.F. de Dear Evan Hansen)

Drame musical de Stephen Chbosky. Avec Ben Platt, Kaitlyn Dever, Julianne Moore, Amy Adams. États-Unis, 2021, 137 minutes. En salle.

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