«Copshop»: tirs groupés

Une grosse partie du «fun» émane en l’occurrence du spectacle qu’offre Gerard Butler en tueur déterminé.
Photo: Kyle Kaplan Open Road Films Briarcliff Entertainment Une grosse partie du «fun» émane en l’occurrence du spectacle qu’offre Gerard Butler en tueur déterminé.

Valerie a beau n’être policière que depuis peu, elle sent bien que quelque chose cloche avec ce type qu’elle vient d’arrêter, un certain Teddy Murretto. En effet, après l’avoir frappée sans raison, l’homme semble un peu trop heureux de prendre le chemin des cellules du poste de police local. Et pour cause : Teddy, escroc sans scrupule, pense ainsi échapper à Bob Viddick, un redoutable tueur à gages embauché pour le liquider. Mais voilà que Bob se fait lui aussi arrêter. Un malheur n’arrivant jamais seul, un deuxième assassin s’amène au poste dans la foulée, fou furieux celui-là. Huis clos plein d’action, d’humour et d’hémoglobine, Copshop (Descente au poste) est porté par un Gerard Butler très en forme.

Coécrit et réalisé par Joe Carnahan, le film applique avec ingéniosité les codes du genre, à défaut de les réinventer. Non seulement l’intrigue est ponctuée de suffisamment de rebondissements pour maintenir l’attention, mais plusieurs de ceux-ci ont l’heur de surprendre ou de faire rire, souvent les deux à la fois.

Si la violence extrême, mais à dessein trop outrée pour être prise au sérieux, et les dialogues échevelés relèvent de l’école Quentin Tarantino, l’influence narrative principale réside davantage du côté de John Carpenter et de son Assault on Precinct 13 (Assaut, 1976), dans lequel un commissariat isolé est assiégé par un gang, ce qui contraint policiers et détenus à collaborer pour survivre. Qui plus est, la musique de Clinton Shorter instaure d’emblée une ambiance très « années 1970 ».

Mais tout cela, c’est du bonbon cinéphile n’ayant que peu d’incidence sur le plaisir que l’on prendra (ou non) devant Copshop. Une grosse partie du fun émane en l’occurrence du spectacle qu’offrent Gerard Butler (300, RocknRolla), en tueur déterminé, et Frank Grillo (Brock Rumlow chez Marvel), en proie pas exactement innocente.

Ces messieurs se font cependant presque voler le show par Alexis Louder (The Tomorrow War), formidable en recrue faussement naïve et infiniment débrouillarde. Mention spéciale, par ailleurs, à Toby Huss (la série Carnivàle), qui, sous des dehors trompeurs, débarque non pas comme un chien dans un jeu de quilles, mais comme un renard dans un poulailler. Le carnage qui s’ensuit !

Photo: Entract Films Alexis Louder est formidable en recrue faussement naïve et infiniment débrouillarde.

L’œil captif

À la réalisation, Joe Carnahan privilégie un mouvement quasi incessant, non pas tant pour étourdir que pour propulser le public — et peut-être l’empêcher de trop réfléchir. Soignés, plans et découpage gardent l’œil captif.

On pense à la scène de l’arrestation de Bob, à la brunante, dans le désert : sur fond de montagnes tout en strates bleutées, les silhouettes humaines se dessinent, contrastées. On songe également à cet élégant travelling latéral montrant Teddy arpentant sa cellule, à l’arrière-plan de l’image, avant que Bob se manifeste à l’avant-plan pour en faire autant, le va-et-vient de la caméra étant soudain ponctué d’un habile « jump cut ». Et il y a cette fabuleuse séquence où Valerie reprogramme le code d’accès d’une porte en pleine fusillade : le montage haletant de Kevin Hale induit alors une tension folle.

Désormais un vétéran du film d’action, Carnahan en a livré des variations comiques, comme Smokin’ Aces (Coup fumant, 2007), et solennelles, comme The Grey (Peur grise, 2011). Copshop souscrit résolument au premier modèle, qui du reste réussit mieux au réalisateur. C’est là un film qui ne révolutionne rien et qui ne prétend pas le faire, mais qui divertit à profusion.

 

Descente au poste (V.F. de Copshop)

★★★ 1/2

Action de Joe Carnahan. Avec Gerard Butler, Frank Grillo, Alexis Louder, Toby Huss. États-Unis, 2021, 108 minutes. En salle.



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