«Cry Macho»: un Eastwood peu inspiré

Une scène tirée du film «Cry Macho» avec l'acteur Clint Eastwood
Photo: Warner Bros. Une scène tirée du film «Cry Macho» avec l'acteur Clint Eastwood

Il y a quelque chose d’inspirant de voir Clint Eastwood, acteur, cinéaste, légende vivante du cinéma et figure parfois controversée, continuer de jouer et de réaliser à 90 ans passés. Tourné pendant la pandémie, Cry Macho (Cry Macho : le chemin de la rédemption) est son 39e film en tant que metteur en scène. Il y tient également le rôle principal, celui de Mike Milo, un ancien champion de rodéo qui accepte une mission aux allures d’odyssée rédemptrice. Le voici donc en route vers le Mexique, où il doit retrouver le fils adolescent d’un vieil ami et le lui ramener.

Évidemment, la mère du garçon ne l’entend pas de cette oreille. Après avoir tenté de dissuader Mike en le séduisant (on reviendra à cette scène grotesque), elle lance à ses trousses un sbire inepte, et donc pas menaçant du tout : pour la tension, on repassera. À ce stade, en un des nombreux raccourcis narratifs dont le film a le secret, Mike a déjà retrouvé le fils, Rafael, qui se montre ravi de le suivre.

S’ensuit une espèce de road moviecoupé au milieu par un long intermède dans un village mexicain où Mike s’éprend, et vice versa, d’une sémillante veuve propriétaire d’un restaurant où l’on ne voit jamais de clients. Relâchée et jamais terriblement plausible, l’intrigue ne captive guère. Une révélation tardive, et prévisible au demeurant, au sujet des motivations du père n’y change rien.

Les séquences en voiture et lors du séjour forcé dans le village sont l’occasion d’explorer le thème de la transmission, du legs, Mike prenant sur lui d’instruire Rafael, tant sur le monde des chevaux que sur la vie en général. Dans le genre mentor et protégé, Million Dollar Baby (La fille à un million de dollars, 2004) bat Cry Macho à plate couture.

Visées contradictoires

Avec un titre semblable, on devine qu’Eastwood a une idée derrière la tête, lui qui, pour des légions de cinéphiles, constitue l’incarnation définitive du cow-boy. Et de fait, l’acteur-réalisateur sert à son jeune compagnon de voyage cette réplique au troisième acte : « Je vais te dire… Vouloir être un gros dur, un “macho”, c’est ridicule. Les gens jouent les gros durs, pour montrer qu’ils ont des tripes. Il ne leur reste que ça, finalement. »

Au fond, Eastwood commente ici son « personnage » cinématographique au sens large. Hélas, qui s’attend à une œuvre introspective devra se contenter de ce court passage, ou alors revoir Unforgiven (Impardonnable, 1992), chef-d’œuvre crépusculaire où l’auteur se livrait à un magnifique examen de conscience en forme de bilan.

À l’inverse, Cry Macho reste superficiel. Et contradictoire, car en dépit de son appel apparent à revoir les codes de la masculinité, voici un film dont les deux personnages féminins sont confinés aux plus vieux clichés qui soient.

En effet, on a d’un côté Leta, la mère de Rafael toujours en train de fêter, de boire et de vouloir baiser, et qui est par conséquent « mauvaise », et de l’autre, Marta, la restauratrice qui veille sur Mike avec une générosité sans borne en lui témoignant une affection chaste, et qui est par conséquent « bonne ». L’une est vile, l’autre est sainte : difficile de faire plus réactionnaire. Le réalisateur de Bridges of Madison County (Sur la route de Madison, 1995) a habitué son monde à mieux.

Et c’est sans parler des relents racistes. Lesdits personnages féminins rendent compte d’une vision étriquée des femmes mexicaines, les autorités locales sont unilatéralement corrompues et tous ces habitants du cru, Rafael compris, esquissés avec une bienveillante condescendance…

À noter ici que le scénario posthume est de N. Richard Nash (1913-2000), avec révisions de Nick Schenk (Gran Torino, 2008), d’après le roman du premier publié en 1975, ceci expliquant peut-être en partie cela. L’action se déroule en 1979-1980, mais cela n’excuse ni les maladresses ni les stéréotypes.

Jeu inégal

Au moins les comédiennes s’avèrent-elles persuasives. Dans le rôle de Marta, Natalia Traven dégage le mélange de chaleur et de bonté approprié. Dans celui de Leta, Fernanda Urrejola exsude un charisme féroce. Grâce à elle, on ne s’use pas trop l’émail des dents à force d’en grincer lors des deux scènes qu’elle partage avec Eastwood. Celle où Leta essaie d’attirer Mike dans son lit doit être vue pour être crue (façon de parler).

Le jeune Eduardo Minett, en revanche, manque de naturel. À sa décharge, le rôle de Rafael est très mal défini. On le présente d’abord comme un criminel de la rue, rusé et vieilli avant l’âge, pour le transformer l’instant suivant en gamin plein d’innocence, voire de candeur par moments, en complète contradiction avec les épreuves qu’il a vécues.

Clint Eastwood met tout cela en scène avec un savoir-faire épuré, mais pas spécialement inspiré. Quant à Clint Eastwood l’acteur, on sent qu’il se fait plaisir, multipliant les petites touches « signatures », comme lorsqu’il se tient de dos et tourne la tête de trois quarts afin de balancer ce fameux regard courroucé à quiconque l’a mis en rogne. Pour un peu, cela suffirait presque à justifier l’existence d’un film.

Cry Macho: le chemin de la rédemption (V.F. de Cry Macho)

★★

Drame de Clint Eastwood. Avec Clint Eastwood, Eduardo Minett, Natalia Traven, Dwight Yoakam, Fernanda Urrejola. États-Unis, 2021, 121 minutes. En salle.



À voir en vidéo