«Best Sellers»: sur les épaules de ses stars

Aubrey Plaza et sir Michael Caine dans le premier film de la réalisatrice canadienne Lina Roessler
Photo: Mongrel Media/Métropole Films Aubrey Plaza et sir Michael Caine dans le premier film de la réalisatrice canadienne Lina Roessler

Le talent, quand il tire l’ordinaire vers le haut, peut déboucher sur… un Best Sellers. Le premier film de la réalisatrice canadienne Lina Roessler (que l’on a connue comme actrice dans Snow and Ashes de Charles-Olivier Michaud) s’assoit en effet sur un scénario prévisible d’Anthony Grieco, qui s’anime toutefois en se posant sur les épaules du légendaire sir Michael Caine et d’une Aubrey Plaza (Ingrid Goes West, la série Park and Recreation) brillante dans sa façon de ne jamais laisser deviner ce qu’elle va nous sortir.

À 88 ans, le premier émerge à grands coups de « bullshit » des rôles graves et dignes qu’on a l’habitude de le voir défendre — en particulier chez Christopher Nolan. Il incarne Harry Shaw, un romancier veuf, acariâtre, asocial, buveur de scotch, fumeur de cigares, auteur d’un seul roman… mais quel roman ! Sauf que c’était il y a plus de 40 ans.

Face à lui, déterminée, menue en taille mais immense en volonté, Aubrey Plaza donne vie à Lucy Stanbridge. Elle est la fille de l’éditeur du livre de Shaw, et est maintenant à la tête de la maison d’édition qui traverse de graves difficultés financières.

Désespérée, elle va secouer le romancier reclus : contractuellement, il doit un second roman aux éditions Stanbridge. Il n’aurait pas un manuscrit qui prend la poussière quelque part ? Après tout, peu importe la qualité du bouquin, la résurrection littéraire de Harry Shaw sera un événement. Comme de fait, manuscrit il y a. Puis, publication. Ensuite, tournée promotionnelle à laquelle Harry se livre à son corps défendant.

Se déroulant sur fond d’un Montréal qui nous la joue adroitement New York City, Best Sellers se fait alors road movie sur routes enneigées et sous ciel gris (belles images de Claudine Sauvé) en compagnie d’un tandem dépareillé.

On sait qu’ils vont finir par se comprendre. On devine presque tout de leurs étapes et du bout du chemin. Et on n’est jamais surpris par la réalisation qui sert le récit, sans plus. Mais on suit. On suit parce que les deux interprètes principaux de cette coproduction Canada–Grande-Bretagne sont irrésistibles.

Autour d’eux, Ellen Wong (vue dans Scott Pillgrim vs the World) est exquise dans la peau de l’assistante de Lucy ; et Cary Elwes est inoubliable malgré la brièveté de son passage dans son incarnation d’un critique qui se donne des airs de Truman Capote.

Enfin, il y a en filigrane ces thématiques (trop) familières mais qui font toujours mouche. La peur de l’échec. La crainte de ne pas être à la hauteur — du succès passé pour Harry, de son père pour Lucy. Et puis, la collision entre le monde d’hier, de Harry donc ; et celui d’aujourd’hui, où Lucy doit aligner les étoiles (des médias sociaux) afin que brille le nom de Harry. Cela donne lieu à plusieurs scènes et situations amusantes — mais qui auraient pu avoir davantage de mordant — même si le principal intéressé trouve que tout ça, dans le fond, c’est de la bullshit. Il a à la fois tort et raison.

 

Best Sellers

★★ 1/2

Comédie dramatique de Lina Roessler. Avec sir Michael Caine, Aubrey Plaza, Ellen Wong, Cary Elwes, Scott Speedman. Canada, 2021, 100 minutes. En salle (V.O.A.) et en VSD (V.O.A. et V.F.), dès le 17 septembre.

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