Le rêve de Sam tombe à l’eau

Pour jouer Sam, Yan England a clairement délimité l’espace émotif pour son acteur, Antoine Olivier Pilon: «Yan m’a approché en me demandant: “Toi, acteur, tu fais ça depuis combien de temps? Dix ans? Alors, imagine-toi que t’as un accident et qu’à la suite de ça tu ne puisses plus jouer pour le restant de ta vie.”»
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Pour jouer Sam, Yan England a clairement délimité l’espace émotif pour son acteur, Antoine Olivier Pilon: «Yan m’a approché en me demandant: “Toi, acteur, tu fais ça depuis combien de temps? Dix ans? Alors, imagine-toi que t’as un accident et qu’à la suite de ça tu ne puisses plus jouer pour le restant de ta vie.”»

Yan England a bien choisi son moment pour lancer Sam, son second long métrage à titre de réalisateur. Alors que les salles de cinéma accueillent de nouveau les spectateurs, au moment surtout où débutent à Tokyo les XXXIIes Olympiades puisque le film a pour personnage principal un jeune nageur d’élite qui, tout juste après sa qualification, subit un grave problème de santé mettant en péril son rêve d’un podium olympique. Ce « thriller psychologique sportif » grand public, porté à l’écran par les convaincantes performances d’Antoine Olivier Pilon dans le rôle-titre et de Mylène Mackay dans celui de sa grande sœur et entraîneuse Judith, a de bonnes chances de remporter une médaille auprès des cinéphiles québécois.

« On suit Sam, passionné par son sport, alors que survient cet événement qui vient chambouler les plans qu’il avait jusque-là », résume England en parlant de son scénario original, coécrit avec André Gulluni. « Jusqu’où t’es prêt à aller pour ne pas tout perdre » ce que des années d’entraînement en piscine ont exigé pour espérer une participation aux Jeux olympiques ? « Et ensuite, comment un tel événement peut avoir des répercussions sur la vie de chaque personne [autour de Sam] ? C’est ce qu’on voulait raconter, en provoquant des surprises, en suggérant des mystères et des secrets. Chaque personnage a ses secrets. On voulait garder constamment le spectateur sur le bout de sa chaise, peu importe l’émotion. »

Présenté comme un thriller, ce qui se défend en raison de l’anticipation s’emparant du spectateur au fil du récit, Sam a probablement davantage l’air d’un drame psychologique. Mais quand, durant la conférence suivant la projection devant les médias, l’équipe de production de Sam a parlé du film comme étant « lumineux », nous avons quand même sursauté : la finale est certes bienveillante, mais ce film est en réalité rarement lumineux, hormis pour les scènes avec le personnage d’Océane (Milya Corbeil Gauvreau, impeccable), jeune patiente de l’Institut de cardiologie qui croise le chemin de Sam, et celles, dans la seconde moitié du film, mettant en scène le personnage de Marc (émouvant Stéphane Rousseau !), un père endeuillé qui se réconfortera auprès de Sam.

Le film est au contraire souvent étouffant, par moments même anxiogène, alors que le personnage principal, déjà mis sous pression par son sport, subit coup sur coup deux incidents qui bouleverseront sa vie rangée. England défend tout de même la « luminosité » de son film : « Le Sam qu’on découvre au tout début et celui de la fin du film sont complètement différents, en raison de son cheminement. Pour moi, il y a de la lumière dès le début du film puisqu’il est motivé par sa passion, qui est pour moi quelque chose de très positif. C’est ça, un athlète de haut niveau, même si de notre point de vue, ça peut paraître difficile [comme régime de vie], en raison de la discipline qu’ils s’imposent » et dont sa sœur Judith (Mylène Mackay), figure maternelle travaillant comme entraîneuse à son club de natation, veille à ce qu’elle soit suivie.

Comme dans son premier film 1 : 54 (2016), Yan England fait de son personnage principal un athlète, mais la dimension sportive du récit occupe une place moins centrale dans Sam, estime l’acteur Antoine Olivier Pilon, à nouveau dirigé par England : « Je comprends l’idée de lumière dans ce film, dans le sens où l’espoir prime à la fin. Je crois que ça fait un film moins lourd que 1 : 54, davantage un thriller. C’est le message qu’on veut envoyer au public : on n’est pas du tout au même endroit que dans le précédent film de Yan. »

C’est du sport

Yan England amène à nouveau le cinéphile dans l’univers du sport, qu’il connaît intimement : « J’ai fait des compétitions de tennis, de natation, d’athlétisme, j’ai couru des 800 m aux niveaux provincial et national, dit-il. Pour moi, la compétition, ça me permet d’abord de me fixer des objectifs ; ensuite, il y a une énergie dans l’entraînement sportif que je voulais amener dans ce film. Pour raconter l’histoire de Sam, je trouve que ça me permettait d’ajouter une énergie, une touche de thriller supplémentaire » dans les scènes de compétitions, filmées au Bassin olympique, et qui ont exigé de l’acteur principal des heures d’entraînement.

« Yan m’a donné… Comment dire ? Un cadeau empoisonné, rigole Pilon. Je lui dis : “Man, fais-moi jouer au hockey à la limite, je suis plus à l’aise sur mes patins !” La course [comme dans 1 : 54], la natation, ce sont des disciplines que j’aime moins et dans lesquelles je suis le moins à l’aise. Je fais de l’asthme, mais la course, ça me tentait quand même. Là, il m’arrive avec la natation… Ah man, t’as pas d’allure ! J’étais capable de nager et de me sortir de l’eau, mais je n’y avais jamais pris plaisir. Mais là, avec tout l’entraînement, j’ai fini par y prendre plaisir », même si, en raison de la pandémie, le tournage a dû être suspendu pendant plusieurs mois où le jeune acteur a dû poursuivre son régime et ses entraînements « sans savoir quand ça allait reprendre ».

Une des grandes réussites du film réside dans la grande complicité à l’écran entre Pilon et ses partenaires Mylène Mackay, Stéphane Rousseau et Milya Corbeil Gauvreau. Sur le plan de la direction d’acteurs, Yan England estime posséder un avantage en raison de son expérience devant la caméra, « parce que je connais le processus créatif de l’acteur. Je sais aussi que chaque acteur est différent, je ne parle pas à Antoine comme je parle à Mylène, à Catherine Sénart [dans le rôle de la cardiologue de Sam] ou à Stéphane. Mon approche envers chacun d’eux est différente, et c’est quelque chose que j’ai toujours ressenti en tant que comédien. J’aime les diriger comme j’aimais être dirigé », ajoute-t-il en racontant que, depuis ses débuts dans le métier, il allait se placer près des réalisateurs lorsqu’il ne tournait pas de scènes. « C’est ainsi que j’ai appris mon métier, en les observant parler aux acteurs et à leur équipe technique. J’ai appris de tous les réalisateurs avec qui j’ai travaillé. »

Antoine Olivier Pilon confirme : « Personnellement, je crois que c’est un avantage pour un réalisateur d’être aussi acteur. C’est plus agréable de se faire expliquer certaines choses par quelqu’un qui a déjà vécu ça. La première fois que je l’ai vécu, c’était avec Xavier [Dolan, dans Mommy, 2014]. Il faisait la scène devant moi. C’est comme si ça m’ouvrait une voie, en tant que comédien. Surtout, on ne se fait pas donner des notes [d’interprétation] qui n’ont pas de sens. Les réalisateurs peuvent être super bons, mais parfois, la façon dont ils guident les comédiens peut être plus difficile. »

Pour jouer Sam, England a clairement délimité l’espace émotif pour Pilon : « Yan m’a approché en me demandant : “Toi, acteur, tu fais ça depuis combien de temps ? Dix ans ? Alors, imagine-toi que t’as un accident et qu’à la suite de ça tu ne puisses plus jouer pour le restant de ta vie. Tout le temps que t’as investi là-dedans ne sert plus à rien. Imagine-toi ça… et action !” Ça fait peur de penser à ça. C’est ce que vit Sam. »

Sam prendra l’affiche le mercredi 28 juillet.



À voir en vidéo