«Un tour chez ma fille»: telle mère, telle fille

Josiane Balasko, et celle qui joue sa fille, Mathilde Seigner, doivent se contenter de répliques qui font rarement mouche et pour lesquelles les scénaristes Hector Cabello Reyes et Bruno Lavaine, frère du réalisateur, ont écumé tous les clichés propres aux tensions mère-fille — et, par la bande, tous ceux sur les relations homme-femme.
A-Z Films Josiane Balasko, et celle qui joue sa fille, Mathilde Seigner, doivent se contenter de répliques qui font rarement mouche et pour lesquelles les scénaristes Hector Cabello Reyes et Bruno Lavaine, frère du réalisateur, ont écumé tous les clichés propres aux tensions mère-fille — et, par la bande, tous ceux sur les relations homme-femme.

Cinq ans après Retour chez ma mère, où Alexandra Lamy incarnait une quadragénaire divorcée et sans emploi contrainte d’aller s’installer chez sa mère, voilà qu’Éric Lavaine envoie la mère (Josiane Balasko), dont l’appartement est en chantier, chez sa fille aînée (Mathilde Seigner). Si la situation est inversée, Un tour chez ma fille repose sur les mêmes ressorts dramatiques, le même genre de quiproquos et les mêmes remarques acerbes qui fusent de toutes parts. Bref, rien de nouveau sous le soleil.

Alors que les cinéphiles attendent impatiemment que les œuvres primées à la plus récente édition du Festival de Cannes prennent l’affiche, ils doivent malheureusement se contenter de productions médiocres d’un humour périmé. Certes, l’idée d’un duel entre les talentueuses Josiane Balasko et Mathilde Seigner s’avère pleine de promesses. Or, les deux actrices rejouent pour une ixième fois leur numéro de la mère castratrice et de l’épouse frustrée.

Pis encore, elles doivent se contenter de répliques qui font rarement mouche et pour lesquelles les scénaristes Hector Cabello Reyes et Bruno Lavaine, frère de l’autre, ont écumé tous les clichés propres aux tensions mère-fille — et, par la bande, tous ceux sur les relations homme-femme. L’arrivée de la vénérable Line Renaud, dans le rôle de la mère de Balasko, ne fera qu’accentuer l’effet de déjà-vu.

Du côté des personnages masculins, ça ne vole guère plus haut. Affichant le même air ahuri d’une scène à l’autre, Jérôme Commandeur, qui incarne le mari mou de Seigner, se retrouve dans les moments les plus embarrassants du film, ceux où il croit surprendre sa belle-mère dans des situations à caractère sexuel. Eh oui, après qu’on eut cru la mère atteinte de la maladie d’Alzheimer dans le précédent volet, cette fois on la prend pour une nymphomane.

Relégués à l’arrière-plan dans les rôles du fils sans-cœur et du compagnon complaisant de Balasko, Philippe Lefebvre et Didier Flamand font ce qu’ils peuvent. Passons sous silence le personnage qu’incarne Jean-François Cayrey, un ouvrier paresseux qui se fait passer pour un Polonais sans être foutu de dire « oui » dans la langue d’Olga Tokarczuk.

Du côté de la mise en scène, Éric Lavaine (Poltergay, L’embarras du choix) ne se renouvelle guère, se contentant une fois de plus de faire du théâtre de boulevard filmé. Si au moins il y avait un peu d’énergie dans l’air, un brin de folie… Eh non, le rythme est pataud, voire léthargique par endroits. Et lorsque l’émotion devrait être au rendez-vous, on pourrait croire qu’un vent glacial s’est engouffré dans le décor. Les personnages ayant passé leur temps à se crêper le chignon, la finale pleine de bonnes intentions se révèle totalement artificielle.

À l’heure où l’on retrouve les siens après avoir été séparé d’eux pendant plus d’un an, la sortie d’Un tour chez ma fille en salle fait paraître le film encore plus déphasé avec son époque. Tout au plus cette comédie poussive pourra-t-elle ravir les loups solitaires issus d’une meute insupportable comme celle qui se démène à l’écran.

Un tour chez ma fille

★★

Comédie d’Éric Lavaine. Avec Josiane Balasko, Mathilde Seigner, Jérôme Commandeur, Philippe Lefebvre, Didier Flamand, Line Renaud et Jean-François Cayrey. France, 2021, 88 minutes. En salle.



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