«Coming Home. Par-delà une nuit sans lune»: retour en terre natale

Thi Be, Thi Ngoc, Thi Hoi et une amie de la famille. Il y a une telle confiance entre la cinéaste et Thi Be Nguyen que cette dernière la laisse filmer des scènes entre ses tantes et elle-même qui n’auraient dû qu’appartenir à la famille.
Photo: UniAction Films Marie-Hélène Panisset Thi Be, Thi Ngoc, Thi Hoi et une amie de la famille. Il y a une telle confiance entre la cinéaste et Thi Be Nguyen que cette dernière la laisse filmer des scènes entre ses tantes et elle-même qui n’auraient dû qu’appartenir à la famille.

Arrivée au Québec à l’âge de quatre ans, Thi Be Nguyen ne se souvient pas des ravages causés par le colonialisme et la guerre au Vietnam, son pays natal. Pas plus qu’elle ne se souvient du long voyage qui l’a amenée jusqu’ici avec une partie de sa famille. Grâce au documentaire Une nuit sans lune. Boat People, 40 ans après (2016) de Marie-Hélène Panisset (Lucidité passagère), la réfugiée vietnamienne était allée à la rencontre de gens qui avaient vécu la même chose qu’elle, dont l’écrivaine Kim Thúy, et a ainsi pu mieux comprendre d’où elle venait, qui elle était.

Refaisant équipe avec Marie-Hélène Panisset, Thi Be Nguyen a décidé de faire le voyage à l’envers afin de rencontrer les membres de sa famille restés derrière. Discrète à l’écran, la réalisatrice se fait la narratrice de ce touchant pèlerinage qui entraînera Thi Be Nguyen et ses enfants dans les pays ayant formé l’Indochine française, c’est-à-dire le Vietnam, le Cambodge et le Laos.

En compagnie des sœurs de sa mère, cette dernière n’ayant pas pu faire le voyage, Thi Be Nguyen visite des temples, des musées, des orphelinats, d’anciens camps de réfugiés. Alors qu’elle apprend comment ceux qui n’ont pas fui leur pays ont survécu de peine et de misère au lendemain de la guerre, elle mesure l’ampleur de ce qu’elle aurait vécu si ses parents n’avaient pas embrassé l’exil.

 
Photo: UniAction Films Marie-Hélène Panisset M. Su, victime de l’agent orange

De facture très modeste, ponctué de quelques extraits d’archives, Coming Home. Par-delà une nuit sans lune n’est pas ce qu’on appelle un film de cinéma. Les cadrages ne sont pas soignés, la lumière ne paraît pas être prise en compte ; tantôt la caméra semble ne pas savoir où regarder, comme si elle voulait tout capter à la fois, tantôt elle s’attarde inutilement sur un détail, comme si la pudeur l’empêchait de porter son regard ailleurs.

Bientôt on comprend que Marie-Hélène Panisset n’a pas l’intention de faire dans la carte postale — bien qu’elle ait recours à un drone pour saisir la splendeur des lieux pour quelques plans. L’odyssée qu’elle propose est très intimiste et n’a rien à voir avec le tourisme.

D’ailleurs, il y a une telle confiance entre la cinéaste et Thi Be Nguyen que cette dernière la laisse filmer des scènes entre ses tantes et elle-même qui n’auraient dû qu’appartenir à la famille. Notamment cette scène déchirante où la sœur aînée de sa mère lui demande, après lui avoir confié toute la souffrance qu’elle a vécue loin des siens, de la parrainer afin qu’elle puisse visiter sa sœur au Canada.

Si, par endroits, le film rappelle Bà Nôi (2013), où Khoa Lê traçait le portrait de sa flamboyante grand-mère tout en vivant une expérience sensorielle dans le pays de ses origines, Coming Home. Par-delà une nuit sans lune n’en possède malheureusement pas la poésie ni le lyrisme. En fait, il ressemble plutôt à un carnet de voyage brouillon, l’esquisse d’une œuvre en devenir, où se seraient glissées des anecdotes à garder pour soi et des prises de vue peu flatteuses, qu’à ce qui aurait pu servir de complément parfait à Une nuit sans lune. Boat People, 40 ans après.

Coming Home. Par-delà une nuit sans lune

★★ 1/2

Documentaire de Marie-Hélène Panisset. Canada (Québec), 2020, 92 minutes. En salle.



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