«Sun Children»: à l’école comme à la rue

La force de ce long métrage repose sur le réalisme de ses images. «Sun Children» a été tourné dans des décors naturels, y compris pour les séquences dans le métro de Téhéran.
Photo: Mongrel Media La force de ce long métrage repose sur le réalisme de ses images. «Sun Children» a été tourné dans des décors naturels, y compris pour les séquences dans le métro de Téhéran.

Après sa controversée et coûteuse fresque sur le prophète Mahomet (Muhammad : The Messenger of God, 2015), le réalisateur iranien Majid Majidi revient au cinéma qui a fait sa renommée : un récit contemporain porté par la fougue et la ténacité des enfants. Une bonne idée, tant Sun Children se révèle une fascinante mais angoissante quête du bonheur, soit un trésor caché dans le sous-sol d’une école.

Majidi, c’était un peu le chouchou au défunt Festival des films du monde de Montréal (FFM) qui, dans ses dernières belles années, lui a permis d’obtenir non pas un ni deux, mais trois Grands Prix des Amériques (1997, 1999, 2001). Quelque part, Sun Children rappelle Les enfants du ciel (1997), celui qui a révélé le cinéaste au FFM et qui lui a valu, comme le plus récent long métrage, de représenter l’Iran aux Oscar.

Il y a plus que ce point commun entre les deux titres. Dans ces films très urbains, la rue est l’espace de vie ou de survie pour des enfants dont les parents brillent sinon par leur absence, leur apathie. Dans Sun Children, Ali (Rouhollah Zamani, très crédible) roule sa bosse dans une entreprise qui recycle des pneus — volés, notamment. De père décédé et de mère enfermée dans un établissement de santé, l’adolescent est un jeune leader qui ne manque ni de bravoure ni d’entêtement. Son autorité, qui s’exprime parfois brutalement, est à l’opposé de la passivité des trois gamins qui forment sa bande.

Comme souvent dans le cinéma iranien, cette fiction sert de métaphore sociale, subtilement déguisée en critique du système. Ici, Majidi dévoile son plan dans un préambule et y dénonce le fléau des enfants travailleurs — 152 millions, selon l’intertitre placé avant même la première image.

Le scénario, coécrit par le réalisateur et Nima Javidi, prend cependant un chemin parallèle, celui qui mène les quatre protagonistes à « l’école du soleil », un établissement voué à ramener dans le giron de la normalité les jeunes de la rue. C’est avec un objectif tordu et digne des meilleurs larrons que la bande s’y présente : trouver le trésor qui se trouve caché sous l’établissement, selon ce que leur dit un adulte, chef d’une mafia urbaine.

Deux univers parallèles se côtoient dès lors, un par-dessus l’autre : celui officiel et salutaire de l’éducation, vécu à la lumière du jour, et celui secret et alternatif du tunnel qu’Ali doit creuser à la lampe de poche et à la pioche. Les deux se valent, tant le système a ses faiblesses, tant il faut chercher ses rêves ailleurs.

Sans voler le punch, disons que Sun Children, bien loin des Contes pour tous joviaux, ne se conclut pas sur une bonne note. La lumière au bout du tunnel ne sera pas si radieuse.

Notons que la force de ce énième Majid Majidi, moins dans les bons sentiments que dans nos souvenirs, repose sur le réalisme de ses images. Excepté les scènes dans le tunnel, Sun Children a été tourné dans des décors naturels, y compris pour les séquences dans le métro bondé de Téhéran. La véracité des enfants tient aussi à l’inclusion de véritables jeunes de la rue, notamment une fille et son frère afghans, dont l’incertitude de la vie de réfugiés teinte le récit.

Sun Children

★★★ 1/2

Drame de Majid Majidi. Avec Rouhollah Zamani, Javad Ezzati, Shamila Shirzad, Ali Ghabeshi. Iran, 2020, 99 minutes.



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