Albert Dupontel n’aime pas être le meilleur

Les acteurs français Virginie Efira et Albert Dupontel dans une scène du long métrage «Adieu les cons»
Photo: AZFilms.ca Les acteurs français Virginie Efira et Albert Dupontel dans une scène du long métrage «Adieu les cons»

Scénariste aguerri, plus d’une fois primé, Albert Dupontel est aussi un réalisateur à la palette singulière, ce qu’a confirmé Adieu les cons, son septième long métrage. Dans cette fiction où plusieurs genres se côtoient, du fantastique au film catastrophe, du burlesque au drame social, il incarne (car il est aussi acteur) un fonctionnaire suicidaire, victime du système privilégiant la jeunesse. La rencontre avec une femme condamnée par un cancer sera le début d’une aventure rocambolesque. Albert Dupontel a accepté de répondre à nos questions, par écrit, se trouvant dans une zone hors des réseaux de téléphonie.

Trois ans après votre succès aux César avec Au revoir là-haut (cinq prix, dont Meilleure réalisation et Meilleure adaptation), Adieu les cons vous a apporté une plus grande consécration avec sept trophées, dont celui du Meilleur film. Comment avez-vous réagi ?

J’ai été toujours très perplexe d’être défini comme étant le « meilleur » en matière de goût. Je trouve cela à la fois très gentil et un peu gênant. Aussi, je m’abstiens pudiquement de la cérémonie. On dit souvent que le talent d’un artiste, ce n’est que le goût du public qui change, peut-être est-ce cela la vraie raison de ces trois derniers succès [en 2014, Dupontel a obtenu un César pour le scénario de 9 mois ferme]. Cela fait 25 ans que « j’éructe » du cinéma. Devant de tels efforts, le public a gentiment prêté l’oreille. Affaire à suivre…

Il paraît que vous n’assistez pas à ces galas… Que contestez-vous ?

Je ne conteste rien du tout et je trouve cela très bien que ce genre d’émissions de télévision rende hommage à une profession qui parfois en a bien besoin, surtout en ces temps de COVID. Mais comme je le disais précédemment, je ne suis pas à l’aise avec la définition proposée, à savoir « être le meilleur ».

Les principaux personnages dans Adieu les cons se battent contre un État bureaucrate, injuste, inhumain. Ce monde kafkaïen découle-t-il de situations réelles que vous avez observées ou vécues ?

Pas besoin de moi pour dénoncer le monde kafkaïen. Il s’exprime dans la fiction depuis 1984 (Orwell) ou Brazil (Terry Gilliam). Et dans notre réalité depuis le début de l’année 2020. Je ne parle pas d’un État, mais d’un système, souvent répressif ou anxiogène, qui empêche les gens de s’aimer (au moins un peu). C’est une vision personnelle et totalement discutable, mais j’assume.

On rit beaucoup avec vous, on est dans le burlesque. Vous avez déjà qualifié Adieu les cons de drame rigolo. Que voulez-vous dire ?

Il n’y a pour moi qu’un seul classique au cinéma, il s’agit de Chaplin. Lequel a raconté de grandes tragédies du XXe siècle, mais avec beaucoup d’humour et de génie. Sans aucune comparaison bien sûr, je me réfère souvent instinctivement à ce classique-là.

Vous ne cachez pas vos affinités avec l’humour absurde des Monthy Python, ni votre admiration pour le Brazil de Gilliam, ce membre de Monthy Python qui fait même une apparition dans Adieu les cons…. D’où vient cette proximité ?

Les Monthy Python m’ont aidé à traverser adolescence et jeunesse. Et leur humour non sensique et absurde me montrait avec évidence les déviances du monde que je traversais. Les rencontrer et travailler un peu avec eux fut une de mes plus grandes joies d’artiste.

Dans la quête de vos personnages, dans l’affection de plus en plus grandissante que votre JB porte envers Suze (Virginie
Efira), dans l’aspect féerique du scénario et des décors, n’y a-t-il pas dans Adieu les cons du
Fabuleux destin d’Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet, 2001) ? Êtes-vous fan de Jeunet ?

Il n’y a aucune référence consciente à « Amélie Poulain ». Si ce n’est un amour immodéré du son, du mouvement et de l’image. Jean-Pierre Jeunet est un des plus grands metteurs en scène au monde et son influence est forcément réelle, mais objectivement pas volontaire.

Adieu… Au revoir… Est-ce pure coïncidence, cette proximité dans les titres de vos deux derniers films, ou doit-on y voir un signe de l’importance que vous accordez aux seuils, aux nouveaux départs ?

Le temps est finalement la seule valeur essentielle d’une vie. Et enl’occurrence, il s’agissait d’une coïncidence.

Quel changement vous,
ou nous, souhaitez-vous ?

Présentement, personnellement, aucun. Rester biologiquement enforme pendant une ou deux décennies est mon vœu le plus cher. Une prise de parole humaniste écologiste et altruiste, ce qui est totalement possible pour peu qu’on laisse l’intelligence collective s’exprimer. Ce qui, malheureusement, au vu de nos élites, ne semble pas être le cas.

Adieu les cons sort en salle le 25 juin.

  

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