La 71e Berlinale à l’ère pandémique

Une scène du film «Hygiène sociale», de Denis Côté, qui représentera le Québec dans la section Encounters du festival
Photo: Lou Scamble Une scène du film «Hygiène sociale», de Denis Côté, qui représentera le Québec dans la section Encounters du festival

Habituellement, la Berlinale se nourrit de projections dans les cinémas de la capitale allemande, de tapis rouge et de rendez-vous avec les créateurs, sur fond de coude-à-coude et de vaste cohue. Mais comme la pandémie change tout le panorama, lundi démarre une 71e ​édition virtuelle pour la presse et l’industrie. Seuls les jurés seront présents en salles pour cet événement autrement virtuel.

En juin prochain, le public berlinois aura droit à une prise 2 : rendez-vous in situ avec films et spectacles dans les aires communes, si la situation sanitaire le permet, bien évidemment. La manifestation s’est coupée en deux, passant de dix à cinq jours. Autre signe de nos temps agités, les prix d’interprétation féminin et masculin se voient dûment remplacés par un laurier dit « genderless ». Les 15 films en compétition (et plusieurs des autres sections) ont été réalisés durant la pandémie, sur climat d’anxiété et de mesures adaptées. Et vogue la galère festivalière en 2021…

Le film Hygiène sociale, de Denis Côté, dans la section Encounters, représente notamment le Québec, tout comme Beans, de Tracey Deer (déjà projeté au TIFF), au volet Generation + avec regard rétrospectif sur la crise d’Oka.

Moins majestueuse que Cannes, la Berlinale est reconnue pour ses œuvres exploratoires et socialement impliquées. Les affres de la COVID-19 devraient bien se marier avec ses propositions cinématographiques sous le signe de l’urgence, signature de ce rendez-vous de modernité.

Sur les 15 films en selle pour remporter l’Ours d’or, 10 sont des premiers longs métrages cette année. Mais des ténors sont de la partie, dont le Sud-Coréen Hong Sang-soo avec le drame Introduction. On trouve aussi deux grands noms français : Céline Sciamma (la cinéaste de Portrait de la jeune fille en feu) avec Petite maman, regard sur l’enfance, et Xavier Beauvois avec Albatros, sur la vie d’un homme qui bascule après une tragédie. On attend les débuts comme réalisateur de l’acteur allemand Daniel Brühl de Good bye Lenin ! avec son film Nebenan sur la gentrification de Berlin. Sa compatriote Maria Schrader, primée pour sa série Netflix Unorthodox, livrera la comédie sentimentale I’m Your Man sur les amours d’une femme et d’un humanoïde mettant en vedette l’actrice de Toni Erdmann, Sandra Hüller. Par ailleurs, le cinéaste mexicain de Museo,Alonso Ruizpalacios concourt avec Un film policier et le Roumain Radu Jude, primé à la Berlinale grâce à Aferim !, livre Bad Luck Banging or Loony Porn, sur les mésaventures d’une sextape.

Avec d’aussi nombreux premiers longs métrages, ce festival virtuel offrira surtout son lot de surprises. Il donnera également le pouls de l’année pandémique. Comment le cinéma a-t-il perçu et transformé cette pause meurtrière ? Le rendez-vous de Berlin nous invitera, par effet de miroir, à saisir nos propres inquiétudes face à une crise aiguë qui bouscule les créateurs et les citoyens du monde en même temps.

À voir en vidéo