Petit guide des films en salle pour la réouverture des cinémas

Une scène du film «La déesse des mouches à feu», d’Anaïs Barbeau-Lavallette
Photo: Entract Films Une scène du film «La déesse des mouches à feu», d’Anaïs Barbeau-Lavallette

Ça y est, les salles de cinéma sont enfin rouvertes. Les vraies nouveautés se comptent pour l’instant sur les doigts d’une seule main, mais la qualité et la variété ne sont en rien compromises. S’il serait exagéré de parler d’une soudaine abondance après la disette, la vidéo sur demande ayant pris le relais du cinéma en présentant nombre de nouveautés durant la dernière année pandémique, il fera néanmoins bon retrouver le grand écran. Un format, faut-il le rappeler, pour lequel une majorité de films sont expressément conçus. C’est dire qu’on sera heureux de pouvoir redécouvrir certains titres récents, après avoir dû se contenter de les apprécier sur petit écran, faute de mieux.

À tout seigneur, tout honneur, ou plutôt, à toute déesse, toute largesse. Sorti juste avant la re-fermeture des cinémas fin septembre (vous vous souvenez ?) et à l’affiche pour une poignée de séances seulement, La déesse des mouches à feu a enfin l’occasion de briller de tous ses feux.

Ode fiévreuse, impitoyable et belle à l’adolescence, le film d’Anaïs Barbeau-Lavallette, applaudi à raison à Berlin, est porté par l’interprétation vibrante de Kelly Depeault et par celle, tout aussi sentie, des comédiens d’une jeune distribution épatante (Éléonore Loiselle, Robin L’Houmeau, Antoine Desrochers, Marine Johnson). En parents bien intentionnés, mais accaparés par un divorce acrimonieux, Caroline Néron et Normand D’Amour sont magnifiques. Tiré du roman de Geneviève Pettersen. Lire notre critique du 25 septembre.

Destiné aux enfants celui-là, le film d’animation Félix et le trésor de Morgäa est certain de plaire. Réalisée par Nicola Lemay de concert avec le studio d’animation 10e Ave productions, cette nouveauté conte les péripéties du jeune Félix, 12 ans, qui s’embarque sur l’océan à la recherche de son père disparu. Cela, avec l’aide de Tom, un vieux loup de mer, d’un chat qui se prend pour un chien et d’un perroquet unijambiste.

Doté d’une palette pimpante et d’un rythme vif, ce film truffé d’humour et de fantaisie fera passer un bon moment aux élèves en relâche. Avec les voix de Gabriel Lessard, de Karine Vanasse, de Guy Nadon et de Marc Labrèche, entre autres.

À noter que deux autres nouveautés sortent simultanément en salle et en VSD : Minari (V.O. et V.F.) et Chers camarades !Lire notre critique de la première et notre texte sur la seconde

À découvrir ou redécouvrir

Au rayon des films ayant eu leur première en VSD, mais qui gagnent à être vus sur grand écran, on signalera News of the World (La mission), de Paul Greengrass. Reposant lui aussi sur l’association entre un enfant et un adulte, cet anti-western campé juste après la guerre de Sécession relate les pérégrinations mouvementées d’un lecteur de nouvelles ambulant et de l’orpheline qu’il a été chargé de ramener à une tante.

Le hic est que l’enfant ne conserve aucun souvenir de ses parents d’origine européenne et veut retourner auprès de la communauté kiowa qui l’a adoptée au berceau, même si celle-ci a été massacrée. À cet égard, la violence des Blancs envers les Premières Nations, et vice versa, et des Blancs entre eux, est l’un des principaux thèmes du film. L’idée de l’information (voir la profession du protagoniste) comme barrage contre l’obscurantisme en est un autre (il est même question de fake news).

Réalisateur de films d’action intelligents (United 93), Greengrass ne déçoit pas, aidé qu’il est par le directeur photo Dariusz Wolski (Prometheus), qui donne un fort beau verni au film. À terme, toutefois, ce sont les interprètes Tom Hanks et la révélation Helena Zengel qui confèrent à News of the World son supplément d’âme. Lire notre critique du 24 décembre.

Un supplément d’âme, ce n’est assurément pas ce qui manque au film Deux, dans lequel deux voisines de palier, Mado et Nina, sont parvenues à cacher à tous, et ce, des décennies durant, leur relation amoureuse. Alors qu’elles envisageaient de vendre leurs appartements en France et de filer dans le sud de l’Italie pour y couler une vieillesse heureuse et libre, voici que le malheur frappe : victime d’un AVC, Mado est prise en charge par sa fille. Obligée de demeurer en périphérie, Nina est au supplice.

Forcée au silence en seconde partie, Martine Chevallier offre une performance éminemment expressive dans ce dernier rôle. Imprévisible, poignant, juste, Deux tire par ailleurs une bonne partie de sa charge émotionnelle de l’interprétation habitée de la toujours charismatique Barbara Sukowa. Lire notre critique du 5 février.

Sans oublier Mads

C’est à un genre différent de crise que fait face le protagoniste du film Alcootest, de Thomas Vinterberg. Mads Mikkelsen, dans l’une de ses meilleures performances, sinon la meilleure, y incarne un enseignant dont la dépression latente s’exprime par une apparente indifférence, une apparente distanciation.

Secoué par ses élèves qui exigent mieux, le voici qui décide, avec un groupe de collègues, de tester la théorie du psychiatre Finn Skårderud, selon laquelle un taux d’alcool de 0,05 dans le sang en permanence relaxerait et stimulerait la créativité. Évidemment, l’expérience dérape, et après une période de félicité, les choses se gâtent. Et si c’était, au final, un mal pour un bien ?

Après le succès de La chasse, Vinterberg et Mikkelsen renouent pour offrir une œuvre plus aboutie encore, et riche d’un vibrant humanisme. La séquence finale reste en tête très, très longtemps. Lire notre critique du 18 décembre.

À voir également

L’un des grands films de cette année, Judas and the Black Messiah est présenté dans quelques salles. On y découvre comment le FBI contraignit William O’Neal à infiltrer les Black Panthers, puis à trahir Fred Hempton. Éclairant, choquant, brillant. Lire notre critique du 13 février.

Dans un registre plus léger, mais bénéficiant d’une mise en scène constituée d’une succession de plans-séquences épatants, The Climb (La montée), récit délicieusement absurde d’une indéfectible amitié, est repris dans certains cinémas. Lire notre critique du 20 janvier.

Pour les enfants, Tom et Jerry, une nouvelle version mélangeant animation et prise de vues réelles (où Chloë Grace Moretz est en vedette), sort ce week-end.

Pour les amateurs de « films pop-corn » sans pop-corn, consignes sanitaires obligent, les films Wonder Woman 1984 et Monster Hunter sont projetés dans plusieurs complexes. Gal Gadot reprend son rôle de superhéroïne qui continue de s’acclimater aux mortels dans le premier, et Milla Jovovich chasse des monstres dans un univers parallèle dans le second.

Enfin, sur le front documentaire, le magnifique Errance sans retour, de Mélanie Carrier et Olivier Higgins, sur la tragédie des réfugiés rohingyas, est aussi a en salle (et en VSD). Lire notre entrevue du 19 février.