«L’un des nôtres»: les liens du sang

Kevin Costner et Diane Lane
Photo: Focus Features Kevin Costner et Diane Lane

Le film Let Him Go, c’est d’abord un western crépusculaire aux accents romantiques contant le quotidien d’une propriétaire de ranch et de son shérif à la retraite de mari. C’est ensuite une saga familiale relatant les démarches désespérées de ces derniers pour retrouver leur petit-fils après le remariage de leur bru avec un homme violent dans la foulée du décès de leur fils unique. C’est, enfin, un thriller vengeur culminant par une inévitable confrontation avec la matriarche malveillante de ce clan ennemi. Bref, à chaque acte sa teneur distincte. Cela, généralement pour le meilleur, mais parfois, aussi, pour le pire…

Car l’ensemble, malheureusement, et outre qu’il ne ménage guère de surprises narratives, manque de cohésion. En effet, les changements dramatiques qui surviennent à mesure que progresse Let Him Go (L’un des nôtres) créent presque l’illusion de changement de films successifs. Ainsi, à titre d’exemple, la première partie bénéficie-t-elle d’un traitement quasi contemplatif du mode de vie de Margaret et George, qui partagent leur demeure avec leur fils James, sa femme Lorna et leur bébé Jimmy. Ici, la direction photo inspirée de Guy Godfree (Maudie) confère au tout un surcroît de poésie.

Même après le départ forcé de Lorna, cette approche sensible prévaut. C’est dans cette portion-là que Diane Lane et Kevin Costner brillent tout spécialement, unis qu’ils sont par une complicité silencieuse mais palpable. Lane, en particulier, livre une performance vraiment émouvante, pleine de nuances et de regards parlants.

Puis, viennent les complications sous la forme du violent Donnie, nouveau mari que Lorna a épousé sans amour. Les démarches de Margaret, qui finit par convaincre George de s’en mêler, pour retrouver Lorna et Jimmy après que Donnie les eut emmenés, constituent la seconde partie du film : la plus longue, dans tous les sens du terme. Si prenante au commencement, cette espèce de langueur, de goût pour la demi-teinte, s’avère hélas en opposition avec le suspense que le film tente alors d’instiller. L’action suggère l’émergence d’un sentiment d’urgence, mais la manière dissipe celui-ci à chaque détour.

De loin la plus divertissante, la troisième partie est également celle qui paraît le plus émaner d’un film différent. Certes inéluctable, l’affrontement est sanguinolent, au point où l’on se met à lorgner du côté de la série B. C’est en soi fort efficace et porteur de catharsis, mais l’ennui est que Let Him Go a tout du long choisi d’afficher des velléités artistiques plus élevées. De telle sorte que, aussi réjouissante que soit l’explosion de violence finale, elle n’en jure pas moins avec tout ce qui a précédé.

L’atout Lesley Manville

Cela étant, hormis sa belle facture et la qualité du jeu de Diane Lane et Kevin Costner, le film a un atout de taille : Lesley Manville. Fabuleusement inquiétante en variation de Ma Dalton trônant sur une fratrie de cinq fils, Manville en fait juste assez pour voler la vedette sans pour autant verser dans la caricature. Une habituée du cinéma de Mike Leigh, elle était brillante en sœur sibylline de Daniel Day-Lewis dans Phantom Thread (Le fil caché), de Paul Thomas Anderson. Et qui l’a vue en tenancière de maison close machiavélique dans la série Harlots sait combien elle peut composer une antagoniste de haut vol.

Lors de son entrée en scène tardive, l’actrice britannique injecte une dose bienvenue d’adrénaline à un film qui, par contraste, encore un, donne soudain l’impression d’avoir jusque-là été un brin trop léthargique.

On l’évoquait, la réalisation de Thomas Bezucha est très soignée, et atteste en l’occurrence un souci formel absent de ses films précédents : la romance jeunesse Monte Carlo et la comédie dramatique des Fêtes The Family Stone, une autre production, tiens, où des parties disparates se révélaient meilleures que leur somme.  

L’un des nôtres (V.F. de Let Him Go)

★★★

Drame de Thomas Bezucha. Avec Diane Lane, Kevin Costner, Lesley Manville. États-Unis, 2020, 114 minutes.