Quatre salles virtuelles pour le FCVQ

«Errance sans retour», un film de Mélanie Carrier et Olivier Higgins avec des images de Renaud Philippe, documente la crise humanitaire affligeant les Rohingyas. Il est des douze films inscrits en compétition officielle.
Photo: Festival de cinéma de la Ville de Québec «Errance sans retour», un film de Mélanie Carrier et Olivier Higgins avec des images de Renaud Philippe, documente la crise humanitaire affligeant les Rohingyas. Il est des douze films inscrits en compétition officielle.

Le Festival de cinéma de la ville de Québec se tiendra du 16 au 20 septembre prochains, avec en ouverture le drame sportif Nadia, Butterfly, de Pascal Plante. Comme la plupart des rendez-vous cinéphiles, celui-ci se déroulera en ligne, pandémie oblige. En coulisses, l’organisation s’est ingéniée à concevoir un événement distinct, et non un pis-aller en attendant le retour des beaux jours. Au terme de sa réflexion, le FCVQ a opté pour une formule hybride qui, toute virtuelle soit-elle, emprunte autant à l’expérience du cinéma en salle qu’à la télévision. Le point avec le directeur général Ian Gailer.

« Présentement, il n’y a pas de « bon » modèle pour les festivals en ligne. N’en déplaise à mes collègues, l’expression « festival en ligne » provoque encore un certain malaise […] On voulait offrir quelque chose qui se rapproche le plus possible de la réalité d’un festival », explique Ian Gailer.

L’équipe s’est donc mise à réfléchir sur ce qui plaisait à chacun de ses membres dans un festival. « On s’est ensuite demandé comment on pouvait traduire ça en ligne. »

Du remue-méninges a émergé ladite formule hybride en vertu de laquelle la programmation se déploiera dans quatre salles virtuelles, mais en respectant des cases horaires comme dans un festival normal.

« La linéarité, le fait d’avoir un horaire précis à suivre, est inhérente à la fréquentation d’un festival. Malgré ça, il arrive qu’on rate le film qu’on avait prévu voir parce qu’on s’est arrêté pour discuter cinéma avec un ami… »

De cette discussion pourra alors naître l’envie de voir un autre film auquel on n’avait absolument pas l’intention d’assister. « C’est ça les festivals : tu te promènes, tu prends des chances et tu fais souvent de très belles découvertes. Et on voulait aussi préserver cette possibilité-là. »

Les cinéphiles pourront ainsi activer une fonction de clavardage qui apparaîtra à droite de l’écran afin d’échanger opinions, impressions, questions… En tout, 100 films courts et longs seront présentés. Douze films sont inscrits en compétition officielle : Nadia, Butterfly, de Pascal Plante, Sweet Thing, d’Alexandre Rockwell, Je m’appelle humain, de Kim O’Bomsawin, À cœur battant, de Keren Ben Rafael, Africa Mia, de Richard Minier et Édouard Salier, Residue, de Merawi Gerima, Errance sans retour, de Mélanie Carrier et Olivier Higgins, Tant que j’ai du respire dans le corps, de Steve Patry, Police, d’Anne Fontaine, Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, d’Emmanuel Mouret, Champions, de Helgi Piccinin, et Énorme, de Sophie Letourneur.

« Le pivot cannois n’étant pas là cette année, ça a donné des opportunités qu’on n’a pas, habituellement. Il y a plein de films qui auraient fait tout le circuit des festivals ou même qui achèveraient leur vie en salle une fois venu le temps du FCVQ, mais qui, là, ne sont pas encore sortis. Avec Laura Rohard, qui a pris le relais à la direction de la programmation, on a pu aller chercher de très belles bibittes et plein de coups de cœur. »

Contenu supplémentaire

Quant à la diffusion en provenance de ces quatre salles virtuelles, dont l’une à offre gratuite soit dit en passant, elle se fera en continu. Comme sur une chaîne de télévision. Et à chaque salle, sa teneur.

« Souvent, les salles ont leur propre ADN : on ne programme pas de la même manière pour une salle de 125 places que pour une salle qui en contient 1000. »

On est très fiers de ce qu’on propose, mais on sait que ça évoluera, parce que dans le futur, la dimension “en ligne” risque de demeurer dans le paysage des festivals. On est à la croisée des chemins; le cinéma vit d’immenses bouleversements.

 

Pour ce qui est de l’aspect en continu, on a embauché la réalisatrice Catherine Leblanc, dont le mandat fut de produire et d’acquérir du contenu supplémentaire, non seulement pour combler les intermèdes entre les films, mais bonifier l’expérience globale. À cet égard, comme c’est le cas chaque année, le FCVQ proposera une kyrielle de tables rondes et de leçons de cinéma, dont une avec le cinéaste Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y., Sharp Objects) et une autre avec l’immense compositeur Howard Shore (Lord of the Rings, pratiquement tout Cronenberg).

Pragmatique, Ian Gailer qualifie cette formule 2020 de « laboratoire » : « On se voit vraiment comme un prototype. On est très fiers de ce qu’on propose, mais on sait que ça évoluera, parce que dans le futur, la dimension “en ligne” risque de demeurer dans le paysage des festivals. On est à la croisée des chemins ; le cinéma vit d’immenses bouleversements. Le rapport entre le cinéma et le web continue d’être conflictuel : il y a tellement de considérations dont il faut tenir compte […] Il sera intéressant de voir de quel côté les choses vont pencher. »

Quoi qu’il en soit, dans le contexte, le directeur général du FCVQ se réjouit de ce qui a pu être accompli par son équipe et ses partenaires. De conclure Ian Gailer : « Avoir un festival qui existe, en 2020, juste ça, c’est extraordinaire. »

Le Festival de cinéma de la ville de Québec sera diffusé à fcvq.ca