Les plus belles évasions de prison au cinéma

«La grande évasion», de John Sturges, est parue en 1963. Tirée — très, très librement — du livre factuel de Paul Brickhill, qui participa jadis à l’évasion en question, cette superproduction met en vedette Steve McQueen (notre photo) et James Garner en héros américains, traitement hollywoodien oblige, d’une histoire ayant à l’origine été exclusivement celle de détenus anglais ou issus du Commonwealth.
Photo: Télé-Québec «La grande évasion», de John Sturges, est parue en 1963. Tirée — très, très librement — du livre factuel de Paul Brickhill, qui participa jadis à l’évasion en question, cette superproduction met en vedette Steve McQueen (notre photo) et James Garner en héros américains, traitement hollywoodien oblige, d’une histoire ayant à l’origine été exclusivement celle de détenus anglais ou issus du Commonwealth.

Le cinéma, on le sait, comporte un nombre quasi infini de genres et de sous-genres. À chaque situation, voire à chaque humeur, son type de films. Or, en cette période de confinement obligatoire, s’il est une catégorie tout spécialement susceptible de permettre aux cinéphiles d’exulter un brin, c’est bien celle racontant des évasions de prisons. Pas subtile, cette métaphore de la condition humaine du moment n’en est pas moins juste. Survol non exhaustif de ces œuvres, fictives ou inspirées de faits réels, où les protagonistes réussissent à s’échapper.

Sortie en 1953, la comédie dramatique Stalag 17, de Billy Wilder, est une adaptation de la pièce de Donald Bevan et Edmund Trzcinski, qui a en retour été inspirée à ces derniers par leur propre internement dans ledit camp durant la Deuxième Guerre mondiale. William Holden (le cadavre narrateur de Sunset Boulevard du même Wilder) incarne Sefton, un détenu cynique soupçonné à tort par ses codétenus d’être un informateur pour les geôliers nazis.

Sefton a beau prétendre qu’il est futile de tenter de s’échapper, c’est exactement ce qu’il parviendra à faire. Certes, l’appât du gain y est pour quelque chose. Il n’empêche, autant la mise en scène est typiquement brillante, autant la fin est jouissive.

Contexte historique identique, mais camp différent que celui d’où projettent de fuir les prisonniers de guerre de La grande évasion (The Great Escape), de John Sturges, paru en 1963. Tirée — très, très librement — du livre factuel de Paul Brickhill, qui participa jadis à l’évasion en question, cette superproduction met en vedette Steve McQueen et James Garner en héros américains, traitement hollywoodien oblige, d’une histoire ayant à l’origine été exclusivement celle de détenus anglais ou issus du Commonwealth.

Tièdement reçu par la critique en son temps, La grande évasion connut en revanche un énorme succès populaire. Un divertissement à grand déploiement à l’ancienne qui fonctionne encore, à l’instar de cet autre film d’évasion avec Steve McQueen (et Dustin Hoffman) : Papillon, tiré de l’autobiographie contestée d’Henri Charrière. À noter que le personnage iconoclaste de McQueen n’est pas sans rappeler celui de Holden dans Stalag 17.

Figure anticonformiste

Cette figure de l’anticonformiste incarcéré physiquement, mais qui refuse de l’être psychologiquement, trouve son incarnation définitive dans Luke la main froide (Cool Hand Luke), réalisé en 1967 par Stuart Rosenberg. Paul Newman y livre une performance inoubliable dans le rôle-titre, un vétéran condamné à deux ans de travaux forcés et qui, avec ses évasions à répétition, s’attire le courroux du directeur, un être à l’éthique discutable.

Si, à terme, Luke paraît connaître un destin tragique, il convient d’apprécier le dénouement à la lumière de ce que ses actions auront inspiré à ces camarades. À savoir, un refus de se laisser briser par le système.

Idem pour Frank Morris, qui, le 11 juin 1962, aurait — peut-être — accompli l’impossible en s’évadant de la prison d’Alcatraz jusqu’alors réputée à toute épreuve. Clint Eastwood interprète le célèbre prisonnier avec sa traditionnelle retenue, mais un sourire en coin qui rend manifeste non seulement l’intelligence, mais la roublardise de l’homme qui échafauda un plan minutieusement recréé en 1979 par le réalisateur Don Siegel dans L’évadé d’Alcatraz (Escape from Alcatraz). Siegel qui retrouve ici son complice de maints films, dont Sierra torride (Two Mules for Sister Sara), Les proies (The Beguiled) et L’inspecteur Harry (Dirty Harry).

Avec un mélange brillant d’efficacité et d’économie, le cinéaste accroît lentement mais sûrement le niveau de tension. Brillante, la conclusion concilie une ambiguïté honnête (le mystère plane toujours quant à ce qui est advenu de Morris) et une assurance implicite que Morris a eu le dernier mot sur le directeur. D’ailleurs, confier ce rôle à Patrick McGoohan, qui accéda à la notoriété grâce à la série Le prisonnier (The Prisoner ; 1967), constitue un savoureux clin d’œil.

Photo: Columbia Pictures «À l’ombre de Shawshank» se présente d’abord comme un récit de résilience en milieu carcéral. Ce n’est qu’à la fin du troisième acte qu’est révélée la manière (mémorable) avec laquelle Andy (Tim Robbins) a patiemment mis en œuvre son évasion.

Nourrir l’espoir

Sans oublier Andy Dufresne (Tim Robbins), ce banquier propret qui, après avoir été à tort reconnu coupable des meurtres de sa conjointe et de l’amant de celle-ci, a abouti à la prison de Shawshank. Adaptation fidèle d’une copieuse nouvelle de Stephen King, À l’ombre de Shawshank (The Shawshank Redemption), de Frank Darabont, se présente d’abord comme un récit de résilience en milieu carcéral. Ce n’est qu’à la fin du troisième acte qu’est révélée la manière (mémorable) avec laquelle Andy a patiemment mis en œuvre son évasion. Là encore, le directeur apparaît en tenant de valeurs autoritaires inhumaines et hypocrites.

Lorsqu’il prit l’affiche en 1994, À l’ombre de Shawshank plut assez à la critique, mais ne capta guère l’attention du public. À sa sortie dans les clubs vidéo toutefois, le film connut une deuxième vie et devint un phénomène, allant jusqu’à se hisser en tête des films les plus appréciés des internautes sur le site spécialisé IMDB (Internet Movie Data Base). Il est vrai qu’il s’agit, à la base, d’une émouvante histoire d’amitié entre Andy et Red, un codétenu merveilleusement défendu par Morgan Freeman, qui officie comme narrateur. À la résignation du second, le premier oppose l’optimisme.

« Ces murs ont un effet bizarre. Au début, on les déteste, ensuite on s’y habitue, et on finit par en avoir besoin : c’est ça, être institutionnalisé », de soutenir Red.

Plus tard, après un séjour prolongé en isolement pour avoir fait jouer de la musique sans autorisation, Andy argue à l’inverse : « C’est dans une prison que la musique a le plus de sens. On en a besoin pour ne pas oublier. Ne pas oublier qu’il y a des endroits dans le monde qui ne sont pas faits de mur et de pierre, qu’il y a quelque chose en nous qu’ils ne peuvent atteindre, qu’ils ne peuvent toucher, qui est à nous : l’espoir. »

La musique, le cinéma, la littérature : l’art, en somme, comme rempart contre le désespoir. Bref, ce sont là des paroles qu’il fait bon méditer, et un film qu’il fait bon revisiter, maintenant plus que jamais.

Tous les films sont disponibles en VSD sur une ou plusieurs plateformes telles Illico, Bell, YouTube, AmazonItunes.

Le trou

Aucun survol, aussi partiel soit-il, des films portant sur des évasions de prison ne saurait être complet sans un retour sur Le trou, de Jean Becker, sorti un mois après la mort du cinéaste, en 1960. Les visées bien modestes de cette analyse étant d’insuffler un peu de lumière dans la grisaille mentale qui prévaut à l’heure actuelle, son inclusion au texte principal n’était pas indiquée. En cela qu’au bout du compte, ce récit d’un détenu qui se joint au plan d’évasion de ses nouveaux camarades ne fait pas davantage de cadeaux aux personnages qu’au public. Il n’empêche, ce chef-d’oeuvre d’hyperréalisme constitue un incontournable du genre. D’autant que le coscénariste José Giovanni, qui adaptait là son roman autobiographique, vécut une véritable rédemption post-incarcération grâce à la littérature et au cinéma, justement.