«Joyeuse retraite!»: bon débarras!

Philippe est incarné par un Thierry Lhermitte sur le pilote automatique.
Photo: Tva Films Philippe est incarné par un Thierry Lhermitte sur le pilote automatique.

Pour ses artisans, rien n’est plus cruel que la comédie, car si la somme des petites réussites et l’accumulation des talents ne déclenchent aucun rire, ou à peine quelques sourires, l’exercice relève du gaspillage éhonté.

Lorsque vous avez sous la main deux acteurs qui en connaissent tout un rayon en cette matière, Thierry Lhermitte et Michèle Larocque par exemple, le ratage apparaît alors encore plus spectaculaire. Il est d’ailleurs possible de constater l’étendue des dégâts devant Joyeuse retraite !, de Fabrice Bracq, un as du court métrage, dont la première incursion du côté du long ne passera sûrement pas à l’histoire.

Encore une fois — une fois de trop — plane l’influence d’Étienne Chatiliez, celui des années de gloire, époque de La vie est un long fleuve tranquille et Tatie Danielle, où tout repose sur une idée forte, des personnages détestables, et bien sûr, une vieille dame dont la sagesse illumine une bande d’écervelés. On comprend un peu pourquoi Philippe (Thierry Lhermitte sur le pilote automatique) et Marilou (Michèle Larocque, mais où est passée la rigolote de La Crise, de Coline Serreau ?) veulent s’en éloigner, obsédés à l’idée de prendre leur retraite, mais surtout le plus loin possible, au Portugal en ce qui les concerne.

Ce couple de bourgeois confortables dans une maison somptueuse, mais à la décoration figée en 1986, cherche par tous les moyens à annoncer à leurs deux enfants, eux-mêmes parents ou en voie de l’être, qu’il ne faudra plus compter sur eux pour garder, consoler, et répondre à toutes les urgences. Leur discours était prêt, mais à l’annonce des sérieux soucis de santé de la mère de Philippe, Line (Judith Magre, la seule avec qui on a envie de rigoler, et de fumer du cannabis, ce qu’elle fait très bien), le projet est sans cesse reporté, à chaque fois à cause des demandes et des déboires conjugaux de leur fille. Qui se répercutent jusque dans la chambre à coucher de ses parents.

Cet envahissement progressif de ce couple très, mais très, « OK boomer » s’orchestre sans aucun doute dans l’optique de déclencher l’hilarité, d’autant plus que l’on sort l’artillerie lourde, jusqu’à la présence d’un chien, lui aussi à peu près toujours là où il ne faudrait pas. À la limite, il apparaît comme l’élément le plus sympathique du tableau de famille, dans la mesure où ses jappements sont de la musique à nos oreilles, à l’heure de se farcir des dialogues aussi insipides. Et si ces derniers n’étaient pas débités par des acteurs dont les personnages sont si squelettiques sur le plan psychologique, le plus souvent bêtes, idiots et/ou méchants, notre intellect ne s’en porterait que mieux.

Étalage des vertus du narcissisme et de l’égoïsme (avec rédemption à la clé, que les futurs retraités soient ici rassurés), Joyeuse retraite ! n’affiche rien de bien joyeux, et surtout pas au moment de décrire les clivages intergénérationnels, les misères immobilières (vous saurez tout sur la nécessité impérieuse du « home staging »), et les ravages de l’infidélité. Or, cette pochade croule tellement sous le conformisme que les incartades adultères, dont certaines dignes du délire burlesque, sont vite remisées sous le tapis. Elles feraient mauvais genre dans le tableau de famille final, mais laissons ce clan à ses casseroles. Nous les avons subies pendant plus de 90 minutes, c’est largement suffisant.


Joyeuse retraite !

★★

Comédie de Fabrice Bracq. Avec Thierry Lhermitte, Michèle Larocque, Judith Magre, Alain Doutey. France, 2019, 97 minutes.