«Rêves de jeunesse»: lendemains heureux

La grisaille, malgré le soleil de plomb, teinte le quotidien de Salomé et des personnages qui finissent par la rejoindre dans sa solitude.
Photo: K Films Amérique La grisaille, malgré le soleil de plomb, teinte le quotidien de Salomé et des personnages qui finissent par la rejoindre dans sa solitude.

Salomé, jeune femme réservée, cache bien ses sentiments. L’emploi d’été qu’elle se déniche dans le fin fond d’un village ne consiste pas seulement à s’isoler afin de fuir ses colocataires parisiens trop frivoles et superficiels. Le souhait, peut-être refoulé, de retrouver l’âme libre et rebelle d’un premier amour la pousse dans cet « ecôpole » (sic) où l’on trie les déchets.

Elle sera servie. Dans ce centre de recyclage, elle reprendra, sinon goût à la vie, espoir en l’avenir. La rencontre de Jess, une égarée d’une émission de téléréalité, et les retrouvailles avec Clément, frère de son ex-copain décédé, suscitent ce regain d’énergie. Les plans sur des objets fabriqués de matériaux recyclés incarnent aussi la capacité à se réinventer.

Malgré son titre un peu pompeux, Rêves de jeunesse ne brosse pas le portrait d’une génération, comme le faisait, par exemple, Le péril jeune (1994), film culte de Cédric Klapish. Il ne dresse pas non plus le bilan d’une époque, ni ne rit de la candeur propre à un certain âge. Le réalisateur Alain Raoust décrit plutôt avec justesse, et sans porter de jugement, les déchirements de jeunes adultes face aux drames, affectifs ou environnementaux, provoqués par l’être humain.

Entre engagement politique et recul justifié, la position de ce cinéaste méconnu de ce côté-ci de l’océan reste ambiguë. Et c’est tant mieux. Deux scènes sont révélatrices de son approche.

Quand Salomé (Salomé Richard, qui crève l’écran) découvre, ou redécouvre, la pensée idéologique de son copain, c’est à travers le filtre d’un magnétophone, objet à cassette hors commerce et pourtant encore fonctionnel. Le temps et la désuétude créent la distance, mais ce n’est qu’une question de volonté pour réactiver le propos, comme la machine.

La grisaille, malgré le soleil de plomb, teinte le quotidien de Salomé et des personnages qui finissent par la rejoindre dans sa solitude. C’est l’arrivée d’un homme plus vieux, suicidaire et encore plus déprimant, qui provoque une étincelle de joie. La fête dansée que les quatre s’organisent est filmée presque sans décors, comme une hallucination détachée de la réalité.

Jeu de dissonances

Film lumineux au bout du compte, émouvant même, Rêves de jeunesse est bâti sur une série de contrastes. Le décor digne de western dans lequel est campée l’action principale n’est finalement pas celui des violences appréhendées. Raoust laisse planer l’idée d’un polar, en suscitant inquiétude et une impression d’abandon, pour mieux le contourner.

Parfois, cependant, son jeu des contraires est trop appuyé. Que les jeunes soient superficiels, c’est une chose, qu’ils dansent tous les yeux rivés sur l’écran de leur cellulaire, c’est trop. Là, comme ailleurs, le commentaire stéréotypé du « vieux » cinéaste de 53 ans (re)fait surface. Fallait-il par exemple teinter Jess (Estelle Meyer) d’un argot excessif, presque incompréhensible aux oreilles québécoises, pour mieux l’opposer à la sage et intello Salomé ?

L’ensemble respire cependant davantage la retenue, inclut bon nombre de séquences sans dialogues. Ce qui laisse place à la musique, rythmée ou planante, pour exprimer tous les déchirements qu’impose une société tournant le dos de plus à la nature, au bien commun, à la modération.

Rêves de jeunesse

★★★

Drame d’Alain Raoust. Avec Salomé Richard, Yoann Zimmer, Estelle Meyer. France, 2019, 92 minutes.