De Cécile de France à Juliette Binoche, des actrices unies à Paris

Dans «Rebelles», les trois femmes aux profils contrastés incarnées par Cécile de France, Yolande Moreau et Audrey Lamy, en viennent à se serrer les coudes après quelques accrochages.
Photo: Axia Films Dans «Rebelles», les trois femmes aux profils contrastés incarnées par Cécile de France, Yolande Moreau et Audrey Lamy, en viennent à se serrer les coudes après quelques accrochages.

À Paris, on n’aura jamais autant entendu parler de la place des femmes qu’aujourd’hui. Le mouvement #MoiAussi a rattrapé la France à l’automne, avec les dénonciations pour harcèlement sexuel de l’actrice Adèle Haenel contre le cinéaste Christophe Ruggia (mis récemment en examen). L’affaire Matzneff n’en finit plus de faire couler de l’encre et d’alimenter les discussions jusqu’à plus soif, aux rendez-vous d’Unifrance comme ailleurs. Déjà en amont, le terrain bougeait sur la ligne de démarcation entre les sexes. Cette fois, tous parlent de véritable tremblement de terre.

Des films français abordent la solidarité féminine davantage qu’avant. En particulier 100 kilos d’étoiles, de Marie-Sophie Chambon, sur des adolescentes en libération, attendu chez nous le 20 mars, et Rebelles, d’Allan Mauduit, au rayon des adultes, dans nos cinémas dès vendredi. Bientôt, on pourra voir La bonne épouse, de Martin Provost (avec Juliette Binoche, Yolande Moreau et Noémie Lvosky), aborder la libération féminine en pleine France soixante-huitarde. Plusieurs autres films mettent de l’avant les actrices. Elles émergent en groupe.

L’automne dernier, Sandrine Bonnaire avait révélé un épisode de violence conjugale dont elle fut victime et se bat depuis pour aider ses semblables : « Ça change en France avec la libération de la parole des femmes, déclare-t-elle. Reste qu’il ne faut pas stigmatiser les hommes, mais plutôt trouver des solutions. Ça commence par l’éducation. Je vais dévoiler bientôt le projet collectif de créer une maison d’urgence pour les femmes violentées avec des médecins, des psychologues, des juristes. Ça n’existe pas encore en France. »

« Le féminisme est à un point de non-retour », affirme de son côté Juliette Binoche, qui incarne la directrice d’une école ménagère happée par le raz-de-marée de mai 68 dans La bonne épouse. « Certains voient cette montée comme une attaque. Mais non. C’est comme pour l’écologie : si on se laisse retenir par l’égoïsme, par la peur du changement, si on n’a pas la volonté de servir les autres, on n’y arrivera pas. Allons-y ! »

Photo: Unifrance Dans «La bonne épouse», de Martin Provost, Juliette Binoche incarne la directrice d’une école ménagère happée par le raz-de-marée de Mai 68.

Cécile de France

Comme la prise de conscience demeure récente là-bas, rien ne fut vraiment simple à boucler au cinéma. Cécile de France, une des héroïnes de Rebelles, révélera que ce film à petit budget ne s’est guère réalisé sans peine. « Personne n’y croyait, ni ne voulait le financer, déclare-t-elle. Parce qu’un mec s’y faisait couper la bite et parce que c’était une histoire de femmes. Pourtant, il a été vu en France par un million de spectateurs. Aujourd’hui, il serait sans doute plus facile à monter… »

« Un vent de changement souffle, ajoute l’actrice. Le réveil écologiste coïncide ici avec le réveil féministe. On assiste à une ébullition comme au siècle des Lumières. Le cinéma a le pouvoir d’imposer des sensibilités nouvelles. J’ai l’âge pour interpréter les rôles. C’est parfait. »

La star de Quand j’étais chanteur joue dans ce Rebelles une ancienne miss Nord-Pas-de-Calais contrainte de retourner chez sa mère à Boulogne-sur-Mer pour travailler dans une usine de conserverie de poisson. Le patron tente de la violer. Elle le tue par accident. Avec deux ouvrières (Yolande Moreau et Audrey Lamy), la belle fait main basse sur un butin, puis tout s’enchaîne.

Un vent de changement souffle. Le réveil écologiste coïncide ici avec le réveil féministe. On assiste à une ébullition comme au siècle des Lumières.

 

Cécile de France avait tourné récemment dans Mademoiselle de Joncquières, d’Emmanuel Mouret, le rôle d’une aristocrate vengeresse. « Ni Mouret, ni Mauduit ne se disaient féministes, a-t-elle constaté. Ils parlaient plutôt de “films de femmes” et cherchaient à raconter avant tout une histoire. Dans Rebelles, les femmes ont grandi dans une société aux valeurs masculines prédominantes. Elles sont maladroites, commettent des erreurs, mais s’en sortent, sans avoir besoin d’hommes. »

Sur le plateau, les trois actrices s’étaient épaulées. Dans le film, leurs personnages, après quelques accrochages, se serraient tout autant les coudes. L’ancienne splendeur locale qu’incarne Cécile de France, sous son faux léopard et son maquillage excessif, lève le nez sur ses compagnes avant de retourner sa veste : « Mon personnage arrive avec les pieds lourds, déchu, et finit par s’associer avec des filles qui doivent s’émanciper. Elles écrivent leur destinée et se mettent aux commandes de l’histoire. Tout est possible quand on se prend en main, proclame le film avec une vitalité et une absence de pathos. Ce sont des femmes fortes, jamais mielleuses. »

Cécile de France tournait l’été dernier Comédie humaine, de Xavier Giannoli, adapté des Illusions perdues, de Balzac, aux côtés, entre autres, de Xavier Dolan. « Nous avions plusieurs scènes ensemble, évoque-t-elle. Je joue la baronne de Bargeton, qui monte à Paris avec le héros, Lucien de Rubempré. Dolan incarne un journaliste prétentieux, qui passe du camp des médias à celui de la haute société. »

L’interprète tient également un rôle dans le film d’Emmanuelle Bercot, De son vivant, au tournage interrompu afin de permettre à sa star, Catherine Deneuve, de récupérer des suites de son AVC. Point de suspension donc.

Odile Tremblay était à Paris l’hôte des Rendez-vous d’Unifrance.