Les films qui ont fait l’année

Une scène de «Parasite»
Photo: M2K Films Une scène de «Parasite»

Parasite

Par-delà les qualités scénaristiques de ce thriller formidablement ficelé, le film de Bong Joon-ho, lauréat de la Palme d’or cannoise, a su montrer sans manichéisme les abîmes entre les classes sociales de la Corée du Sud, miroir des nôtres. L’humour, le suspense, le réalisme social, le jeu exceptionnel des comédiens, en particulier celui de Song Kang-ho en père comploteur, et les formidables décors se marient pour faire de Parasite une apothéose du film de genre intelligent et savoureux.

Odile Tremblay

Photo: Netflix

Marriage Story

Dans ce récit largement autobiographique d’une séparation, Noah Baumbach convoque, sans avoir à rougir de la comparaison, le souvenir des chefs-d’oeuvre Kramer contre Kramer, de Robert Benton, pour le ton tragicomique, et Scènes de la vie conjugale, d’Ingmar Bergman, pour certains plans hommages. Cela, tout en parvenant à imprimer au film sa signature propre ; à demeurer personnel, en somme. En ex-époux qui s’entre-déchirent, Scarlett Johansson et Adam Driver n’ont jamais été si bons.

François Lévesque

Photo: Netflix

The Irishman

En revisitant son genre de prédilection, soit la chronique mafieuse, Martin Scorsese signe une oeuvre crépusculaire d’une retenue visuelle étonnante pour un tel virtuose, mais parfaitement en phase avec le propos. À travers cette fresque sur la fin d’un monde interlope, Scorsese médite aussi sur celle, qu’il appréhende à tort ou à raison, du cinéma tel qu’il le conçoit. Introspectif sous couvert de fiction, ce « magnum opus » poignant est porté par des Robert De Niro, Al Pacino et surtout Joe Pesci au sommet de leur art.

François Lévesque

Photo: 20th Century Fox

Ad Astra

La trajectoire ascendante d’un cinéaste de la trempe de James Gray (The Immigrant, The Lost City of Z) ne pouvait que le conduire vers les étoiles. Avec un souci méticuleux, une sensibilité extrême, mais jamais ostentatoire, il orchestre une exemplaire quête de soi, de même qu’une déchirante quête du père, bien au-delà des limites de notre univers. Assorti de quelques morceaux de bravoure visuels, et défendu par plusieurs acteurs de renom, ce space opera existentiel nous reste longtemps en mémoire.

André Lavoie

Photo: Maison 4:3

Antigone

La question revient trop souvent : à quoi servent les classiques ? Une réponse parmi tant d’autres : à être actualisés. Sophie Deraspe (Le profil Amina) a relevé ce défi en adaptant la tragédie de Sophocle à la réalité et aux enjeux du Québec d’aujourd’hui, plus complexe et plus métissé que certains veulent l’admettre. La force de caractère de sa jeune héroïne, défendue avec brio par Nahéma Ricci, représente une grande source d’inspiration, surtout pour une jeunesse en quête d’idéal.

André Lavoie

Photo: Métropole Films

Capharnaüm

Rien n’annonçait chez la cinéaste libanaise Nadine Labaki (Caramel, Et maintenant on va où ?) un film de cette puissance, écorchant certains travers détestables de son pays d’origine. Cette dénonciation est portée par un garçon dont l’énergie et la débrouillardise suscitent l’admiration, porte-étendard des plus faibles au sein d’une société injuste. Il intentera d’ailleurs un procès à ses parents, prétexte étonnant pour évoquer ses multiples péripéties, entre mariage forcé et immigration clandestine.

André Lavoie

Photo: Métropole Films

Cold War

Après Ida, Pawel Pawlikowski propose une autre grande plongée dans l’âme polonaise, et la nature humaine. Toujours dans de somptueuses images en noir et blanc, il évoque le destin tragique d’une chanteuse au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, et de l’emprise naissante du communisme, entre l’ivresse des clubs de Paris et la chape de plomb sur Varsovie. L’actrice Joanna Kulig, à la fois jeune fille en fleur et femme fatale, illumine cette fable cruelle sur les illusions du show-business.

André Lavoie

Photo: Métropole Films

Dogman

J’avoue un faible pour ce film de l’Italien Matteo Garrone qui valut en 2018 à Marcello Fonte le prix d’interprétation masculine à Cannes. Cette tragédie d’un homme plein d’humanité que ses erreurs poussent dans la voie du crime s’arrime aux grandes oeuvres du néoréalisme italien. Les scènes avec les animaux du héros toiletteur pour chiens, dans une sinistre banlieue napolitaine, apportent une couleur et des touches d’humour qui illuminent le drame dessiné sous nos yeux.

Odile Tremblay

Photo: Métropole Films

Douleur et gloire

Ce film-somme de l’Espagnol Pedro Almodóvar n’aurait pu être réalisé à une étape antérieure de sa brillante carrière. Avec Antonio Banderas (primé pour sa formidable interprétation à Cannes) en alter ego d’un homme malade au soir de sa vie, cette oeuvre de regard sur le passé qui blesse et illumine le présent possède une fluidité technique et une profondeur de champ qui envoûtent. Les films précédents du cinéaste semblent y trouver leur apogée.

Odile Tremblay

Photo: M2K Films

Il pleuvait des oiseaux

Ce film de la Québécoise Louise Archambault, brillamment adapté du roman de Jocelyne Saucier, dégage une poésie extraordinaire. Avec la regrettée Andrée Lachapelle et les formidables Gilbert Sicotte et Rémy Girard en ermites vivant au fond des bois, cette oeuvre de nature et de chansons magnifiques est une méditation sur le vieillissement, le droit de mourir dans la dignité et l’amour qui transcende les âges pour se poser au bout de la route de ceux qui ne l’attendent plus.

 

Odile Tremblay

Photo: Maison 4:3

Jeune Juliette

Après trois opus dramatiques, la douée Anne Émond se renouvelle avec une comédie intelligente et tonique. Pour autant, et l’on s’en réjouit, ses figures de prédilection demeurent, à commencer par celle de l’héroïne qui se cherche — et se trouve. À partir de ses propres maux d’adolescence, Émond aborde le thème de la grossophobie avec un mélange de franchise et de drôlerie absolument irrésistible. En figure de proue : une Alexane Jamieson magnifique entourée de Léanne Désilets, Gabriel Beaudet et Robin Aubert inspirés.

François Lévesque

Photo: Warner Bros.

Joker

 

Par sa façon radicale de renouveler l’univers de DC Comics en le sortant des cases convenues du bien et du mal, Joker, de Todd Phillips, mérite l’énorme succès récolté sur son passage. La prestation magistrale de Joaquin Phoenix en homme bafoué qui se tourne vers le crime, l’écriture cinématographique de transe et les références aux violentes manifestations qui embrasent nos sociétés en font une oeuvre de résonance magnétique qui frappe, accable et nourrit les esprits.

Odile Tremblay

Photo: VVS Films

Le mariage d’adieu (The Farewell)

Awkwafina épate en Américaine dont la grand-mère se meurt en Chine, mais qui est forcée par les siens à lui mentir. Point de départ inusité, mais pourtant véridique que celui de ce film autobiographique de Lulu Wang. L’un des aspects qui donnent le plus à réfléchir, c’est la manière avec laquelle l’héroïne réussit à terme à respecter les traditions chères à ses aînés issus d’un autre monde et d’un autre temps, sans sacrifier ses convictions ni sa spécificité culturelle. Hilarant, bouleversant, avec en prime une note de magie.

François Lévesque

 
Photo: Shayne Laverdière

Matthias et Maxime

Sur fond d’hétérosexualité qui doute, Xavier Dolan offre une méditation prenante sur la fluidité des concepts d’amour et d’amitié. Alors que Mat et Max sont happés par le doute, le cinéphile est pour sa part emporté par le flot visuel et émotionnel du film, le plus immersif, le plus tendre aussi, du cinéaste. La retenue formelle relative séduit, en phase qu’elle est avec des héros qui répriment leurs désirs. On vibre avec eux, pour eux, dans l’espoir qu’ils se retrouvent. Qu’importe si c’est en amitié ou en amour.

François Lévesque

Photo: Sony Pictures

Once Upon a Time… in Hollywood

Au-delà de la flamboyance et de la nostalgie dégoulinante pour un art et une capitale qui ont bien changé depuis les années 1960, il y a dans cet hommage au cinéma un désir de… vengeance. Le désir d’éviter à l’actrice Sharon Tate l’horrible destin qui fut le sien, et de faire triompher l’insouciance devant la bêtise sanglante. Quentin Tarantino s’est allié à deux magnifiques justiciers pour accomplir cette tâche aux couleurs éblouissantes : Brad Pitt et Leonardo DiCaprio s’en donnent ici à coeur joie.

André Lavoie


Une version précédente de cet article comportait une erreur. L’histoire du film Parasite de Bong Joon-ho se déroule bien en Corée du Sud et non en Corée du Nord. Nos excuses.

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