Prendre la mer avec Antonin Baudry

Le réalisateur Antonin Baudry a pris le parti de rester arrimé à la perspective de Chanteraide, l’«oreille d’or» du sous-marin. Un choix qui change tout.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le réalisateur Antonin Baudry a pris le parti de rester arrimé à la perspective de Chanteraide, l’«oreille d’or» du sous-marin. Un choix qui change tout.

Le chant du loup s’ouvre sur une citation d’Aristote fort évocatrice et, il s’avérera, on ne peut plus pertinente : « Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts, et ceux qui sont en mer ». Campé pour une large part dans l’univers confiné et anxiogène des sous-marins, ce premier long métrage d’Antonin Baudry, de passage à Cinemania ce samedi, revêt à maints égards les atours d’un film de guerre, avec ceci de particulier qu’il adopte le point de vue inhabituel d’un spécialiste des sons.

Il s’appelle Chanteraide (François Civil) et exerce le métier d’opérateur sonar qu’on surnomme « oreille d’or ». Une pression immense repose sur ses épaules, puisqu’il est celui qui doit déterminer, par exemple, si tel écho vient d’être produit par une baleine ou un vaisseau ennemi.

Ancien diplomate français, Antonin Baudry, 44 ans, est pour mémoire le coauteur de la bande dessinée primée Quai d’Orsay, satire inspirée par son passage au ministère des Affaires étrangères qu’a adaptée Bertrand Tavernier sur un scénario de Baudry. Un jour, un amiral ayant adoré ladite bédé l’invita à bord de son sous-marin…

« J’étais dans la salle des commandes, et on entendait toute sorte de bruits : la mer au loin, des sonars, des machines… Tout le monde parlait, sauf un type, seul dans son coin. J’ai demandé pourquoi et on m’a expliqué qu’il ne fallait pas le déranger, qu’il était l’oreille d’or du sous-marin. Et bien sûr, dès qu’il a terminé son quart de travail, je l’ai bombardé de questions », se souvient Baudry.

Il s’agit, on l’aura compris, d’une profession requérant une finesse auditive inouïe : chaque précision sonore permet une meilleure déduction, et la moindre erreur d’appréciation peut se solder par une catastrophe.

Écoute active

Si le film revêt une dimension à grand déploiement, il n’en privilégie pas moins une approche intimiste. En effet, le cinéaste demeure rivé au parcours et au point de vue de Chanteraide.

« Le scénario a pris forme autour de l’oreille d’or, mais aussi autour de tout cet univers parallèle. C’est un monde en soi : dans un sous-marin, on ne peut pas se cacher derrière un masque ; pas pendant plus de deux mois en mer avec le même petit groupe de personnes. C’était une histoire sur ces hommes, à hauteur d’homme […] Il y avait une pression qui accompagnait un projet de cette envergure, mais je m’étais énormément documenté et m’étais surtout bien entouré. »

À terme, Le chant du loup n’est en rien une production française qui se veut hollywoodienne : on n’est pas en présence d’un ersatz d’À la poursuite d’Octobre rouge (The Hunt for Red October). Là encore, c’est ce parti pris de rester arrimé à la perspective de Chanteraide qui change tout. Car voilà, fait inaccoutumé pour un protagoniste principal, un personnage caractérisé par l’écoute. Ce qui, normalement passerait pour de la passivité. Or, cette écoute devient le moteur narratif. En cela qu’Antonin Baudry utilise habilement la fonction d’oreille d’or à des fins de suspense, l’incertitude quant à la nature de tel ou tel son, voire le refus d’un supérieur de croire Chanteraide à un moment x, donnant naissance à une tension dramatique parfois insoutenable.

« J’étais conscient de la difficulté que ça pourrait représenter que de rendre cinématographique autant d’éléments relevant du son. Le montage sonore, la manière de filmer les écrans et les graphiques, l’utilisation de la musique également : tout a été soigneusement réfléchi afin d’insuffler un dynamisme visuel à la notion de son. »

Mission accomplie, pour user d’une formule de circonstance.

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