«L’art du mensonge»: un ami qui vous veut du mal

   <caption>  <caption>En escroc qui s’insinue dans l’existence d’une proie qu’il compte dépouiller jusqu’au dernier sou,  Ian McKellen est splendide. Pour sa part, Helen Mirren se révèle, sans surprise, magnifique.</caption>   </caption>
Warner Bros. En escroc qui s’insinue dans l’existence d’une proie qu’il compte dépouiller jusqu’au dernier sou, Ian McKellen est splendide. Pour sa part, Helen Mirren se révèle, sans surprise, magnifique.

Sous ses dehors rassurants de frêle septuagénaire, Roy Courtnay est un redoutable arnaqueur. Habile à soutirer de fortes sommes à des investisseurs crédules au moyen de stratagèmes élaborés, Roy a cependant un faible pour les portefeuilles de veuves esseulées. Sa plus récente cible, Betty McLeish, s’annonce prometteuse… pour peu que Roy parvienne à dissiper les soupçons de Stephen, le petit-fils protecteur de Betty. Betty qui, contre tout entendement, paraît prête à croire son nouvel ami coûte que coûte. Mais les choses sont-elles si simples ?

Bien sûr que non. En effet, comme le réalisateur Bill Condon le laisse trop facilement deviner, L’art du mensonge (The Good Liar) est le genre de thriller dont l’intrigue repose tout entière sur un retournement, une twist, qu’on voit hélas venir à des kilomètres.

Pour camoufler l’évidence, Condon et le scénariste Jeffrey Hatcher, qui adaptent là un roman de Nicholas Searle, multiplient les fausses pistes tout en s’attardant au modus operandi de Roy, un être qu’on découvre sans scrupules ni empathie. L’élaboration des machinations de Roy s’avère divertissante, mais là encore, le déroulement de celles-ci ne suscite jamais de vraie surprise.

À cela s’ajoutent plus d’invraisemblances que le film ne peut en négocier. On pense à cette sous-intrigue avec une victime de Roy qui culmine dans le métro de Londres lors d’une scène certes saisissante, mais franchement improbable. Le dénouement, dont on ne dévoilera pas la teneur, cède carrément au grotesque pendant un moment.

Enfin, des retours dans le passé trouble de Roy, en un temps et un lieu qu’on taira aussi, s’arriment de manière assez boiteuse au reste du récit. Ces révélations en cascades surviennent à la onzième heure, alors qu’il y a belle lurette qu’on a compris le « quoi », et viennent sans grande subtilité expliquer le « pourquoi ». Si on éprouve une indéniable satisfaction devant la chute, il n’en demeure pas moins que les circonvolutions qui ont conduit à celle-ci ne convainquent guère.

Une chimie parfaite

Et pourtant, pourtant, L’art du mensonge se regarde sans trop de déplaisir : la mise en scène de Condon, d’une élégance discrète, atteste son métier, et le rythme ne faiblit pas. Surtout, le film a deux as dans sa manche : Ian McKellen et Helen Mirren. En escroc qui s’insinue dans l’existence d’une proie qu’il compte dépouiller jusqu’au dernier sou, McKellen (qui collabore avec Condon pour la troisième fois après le merveilleux Gods and Monsters et l’intéressant Mr. Holmes) est splendide. Il insuffle à Roy un côté « vieil escogriffe » et un humour noir, voire un ludisme, qui rendent le personnage étrangement attachant.

Cela, en dépit du fait que, à y regarder de plus près, et quoique le scénario n’ait pas le courage d’explorer cette noirceur-là, plusieurs de ses comportements trahissent une nature sociopathe.

Pour sa part, Helen Mirren se révèle sans surprise magnifique, elle qui a la tâche ardue de rendre le personnage de Betty de plus en plus difficile à cerner. La chimie entre ces deux interprètes d’exception est parfaite. On leur souhaite, et l’on se souhaite également, un nouveau face-à-face davantage à la hauteur de leur talent.

 

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L’art du mensonge (V.F. de The Good Liar)

★★ 1/2

Suspense de Bill Condon. Avec Ian McKellen, Helen Mirren, Russell Tovey, Jim Carter. États-Unis, 2019, 110 minutes.