«Fourmi»: un match prévisible

L’idée de ce père qui a fait de son fils, de son talent pour le football, sa bouée de sauvetage existentielle offre ample matière à réflexion.
Photo: TVA Films L’idée de ce père qui a fait de son fils, de son talent pour le football, sa bouée de sauvetage existentielle offre ample matière à réflexion.

Théo, 12 ans, est un as du foot. Un exploit, compte tenu de sa stature menue. D’ailleurs, son amie Romane le surnomme Fourmi, c’est dire. Mais sur le terrain, il impressionne. Tellement qu’à l’annonce de la venue d’un recruteur anglais, tous les espoirs sont permis. Hélas, son gabarit lui vaut de ne pas être considéré. Or, Théo n’est pas tant chagriné pour lui-même que pour son père. Divorcé, chômeur, dépressif et alcoolique, ce dernier ne trouve de joie que dans les accomplissements sportifs de fiston. Voilà donc Théo qui, pour bien faire, prétend s’être qualifié. Second film de Julien Rappeneau, Fourmi repose sur une prémisse au potentiel comique évident, mais dramatique également.

En effet, l’idée de ce père qui a fait de son fils, de son talent pour le football (oui, on parle de soccer), sa bouée de sauvetage existentielle offre ample matière à réflexion. Malheureusement, le réalisateur et scénariste, qui s’est inspiré d’un livre graphique de Mario Torrecillas et Artur Laperla, n’a su tirer de tout cela qu’un récit éminemment convenu et étrangement décousu.

Ainsi, d’un côté, on explore les relations que Théo (Maleaume Paquin) entretient avec trois amis, dont l’un est un crack de l’informatique agoraphobe, personnage jamais crédible mais commode pour justifier maints retournements invraisemblables. De l’autre, on suit Laurent (François Damiens), le père, dans sa laborieuse reprise en main. Le résultat est plus heureux avec les gamins qu’avec les adultes.

En guise de liant?: des scènes où Théo tâche de consolider son mensonge auprès de son père, de sa mère (Ludivine Sagnier) et de son entraîneur (André Dussollier). Plutôt que les pièces maîtresses de ce qui se veut une comédie du mensonge, ces moments ressemblent à des passages obligés.

D’ailleurs, l’équilibre entre humour et drame n’est jamais atteint, plusieurs gags tombant à plat et quantité de scènes qui se veulent plus graves se soldant par une impression d’inachèvement.

Bons interprètes

Et il y a la question des bons sentiments. Lorsque c’est bien fait, il ne s’agit pas d’une tare en soi?: bien racontée et bien mise en scène, une histoire édifiante, si prévisible soit-elle, peut engendrer un film très satisfaisant.

Or Fourmi, ni bien raconté ni bien mis en scène, ne fait pas le travail.

Seul véritable atout du film?: des interprètes sympathiques à souhait. François Damiens (La famille Bélier) compose un papa à la dérive qu’il parvient à rendre attachant en dépit d’une propension du personnage, imposée au scénario, à se complaire dans son marasme au détriment du sain développement de son fils.

Ce fils, Théo, est incarné avec aplomb et un surcroît de nuances par le jeune Maleaume Paquin. En soutien, Ludivine Sagnier et André Dussollier donnent du relief à des partitions à peine esquissées.

Sinon, à moins d’être un amateur compulsif de foot ou de suivre scrupuleusement la carrière de l’un ou l’autre des acteurs…

 

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Fourmi

★★

Comédie dramatique de Julien Rappeneau. Avec Maleaume Paquin, François Damiens, Ludivine Sagnier, André Dussollier. France, 2019, 105 minutes.