«La fille du cratère»: sans elle, il n’en serait rien

De cette femme sage qui partage et se remémore, on conserve des bouts de réflexions, des paroles simples mais précieuses.
Photo: ONF De cette femme sage qui partage et se remémore, on conserve des bouts de réflexions, des paroles simples mais précieuses.

Peu après le commencement du documentaire que lui ont consacré Nadine Beaudet et Danic Champoux, l’archéologue Yolande Simard Perrault relate sa première rencontre avec celui qui allait partager la suite de son existence, Pierre Perrault. « Je ne lui ai pas dit qu’il était beau. Je lui ai parlé de MON pays. Et j’ai vécu avec lui cinquante ans. » Ce pays si cher au cœur de cette femme généreuse et allumée, c’est Charlevoix, sis dans les vestiges d’un auguste cratère qui la fascina sa vie durant, d’où le titre : La fille du cratère.

Voir ou revoir ce merveilleux documentaire à hauteur de (grande) femme revêt un côté particulièrement émouvant du fait que Yolande Simard Perrault est décédée cet été à l’âge vénérable de 91 ans. Dès lors, s’ajoute à l’œuvre une dimension testamentaire poignante.

D’autant qu’entre les excursions en ces lieux ayant gardé trace de l’écrasement jadis du météore qui reconfigura le paysage environnant, les documentaristes revisitent avec la principale intéressée un passé marqué par un amour d’une rare puissance que l’un et l’autre époux n’hésitaient pas à exprimer.

On songe entre autres à cette dédicace de Pierre Perrault à sa conjointe dans son recueil de poésie Portulan : « Mon amour, pour toi, puisque sans toi, il n’en serait rien. Pierre. »

Et Yolande Simard Perrault de rouvrir ses albums, journaux et correspondances… Une seule fois se prend-elle au piège, doux en cette occasion précise, de la mélancolie, séchant une larme après avoir lu une lettre à son tendre compagnon écrite dans la foulée de leurs noces d’or, en 1998, soit un an avant le décès de Pierre Perrault.

Des passions à soi

Pierre Perrault qui était voué à devenir le cinéaste majeur que l’on sait. Loin de vivre dans l’ombre de ce dernier, ce qu’elle exprima elle-même du reste, Yolande Simard Perrault s’adonna de son côté à ses propres passions, telles l’étude de la flore, la défense et la sauvegarde de langue vernaculaire, l’archéologie, discipline où elle décrocha une maîtrise après un retour à l’université au tournant des années 1980…

« J’ai toujours été en quête de savoir », explique dans le film celle qui fait montre d’une inspirante érudition. Une érudition mue par des qualités évidentes de curiosité, certes, mais d’ouverture également. Pas une simple muse, Yolande Simard Perrault, tant s’en faut.

En effet, s’il est un constat que l’on dresse en voyant La fille du cratère, c’est à quel point le « pays » qu’elle présenta à Pierre Perrault permit à ce dernier de naître comme cinéaste. Au pays de Neufvre-France, le chef-d’œuvre Pour la suite du monde, coréalisé avec Michel Brault, Un pays sans bon sens, notamment, n’auraient pu exister autrement. Manifestement, Pierre Perrault en était conscient.

« C’est d’abord à travers la parole de Yolande que j’ai découvert le pays […]. Aujourd’hui, elle est une des rares personnes à connaître le nom vulgaire de chacune des fleurs du Québec. C’est avec elle que j’ai découvert la poésie. »

Ces confidences d’époque à l’auteur Jean Royer résonnent avec une pertinence accrue puisqu’elles correspondent exactement à ce que Nadine Beaudet et Danic Champoux donnent à voir dans leur film. Sans Yolande Simard Perrault, « il n’en serait rien », non.

Paroles précieuses

De cette femme sage qui partage et se remémore, on conserve des bouts de réflexions, des paroles simples mais précieuses. Comme lorsqu’elle affirme avec la certitude tranquille de celle qui a expérimenté la chose : « On enfante son bonheur ».

La fille du cratère ? Certainement, puisque cette singularité géologique, elle l’aima, elle aussi, avec constance et fougue.

Mais Yolande Simard Perrault fut bien davantage que cela puisqu’en entrant en collision avec Pierre Perrault, elle contribua à transformer de manière profonde le panorama cinématographique québécois. Salut, la femme météore.

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La fille du cratère

★★★★

Documentaire de Nadine Beaudet et Danic Champoux. Québec, 2019, 76 minutes.