Michelle Williams, après les tumultes

La présence gracieuse de Michelle Williams et son visage angélique ont illuminé plusieurs films. Dans «Après la noce», elle dirige un orphelinat en Inde.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse La présence gracieuse de Michelle Williams et son visage angélique ont illuminé plusieurs films. Dans «Après la noce», elle dirige un orphelinat en Inde.

Elle était encore très jeune lorsque sa carrière a démarré de manière fulgurante, étant l’une des têtes d’affiche de Dawson’s Creek, sans compter les apparitions qui ont précédé cette série télévisée à succès, notamment dans Baywatch : Alerte à Malibu, son tout premier rôle à l’âge de 13 ans. Pourtant, Michelle Williams se frayait aussi un chemin dans le milieu du cinéma indépendant américain, une progression qui allait connaître une premier apogée avec Souvenirs de Brokeback Mountain, d’Ang Lee, film bouleversant sur les amours malheureuses de deux cowboys homosexuels, qui allait modifier la trajectoire de ses têtes d’affiche.

Quant aux amours de Michelle Williams avec l’acteur australien Heath Ledger sur ce plateau de tournage, suivies de la naissance de leur fille et de la mort tragique de l’interprète du Joker dans Le chevalier noir, elles ont été tout aussi marquantes, mais n’ont en rien modifié son parcours professionnel. Sa présence gracieuse et son visage angélique ont illuminé plusieurs films par la suite (Take this Waltz : une histoire d’amour, Manchester by the Sea, Shutter Island), et opèrent à nouveau dans Après la noce (V.F. d’After the Wedding), de Bart Freundlich.

Au bout du fil, après les salutations d’usage, nous avons échangé quelques mots sur les tueries de masse qui venaient de se produire en Ohio et au Texas, un sujet devant lequel sa voix trahissait une évidente émotion. Comme il ne fut accordé au Devoir qu’une quinzaine de minutes d’entrevue, nous avons vite repris le chemin du cinéma, afin de causer de ce remake d’un drame de la Danoise Susanne Bier, qui mettait alors en vedette Mads Mikkelsen, rôle que reprend…. Michelle Williams.

Qu’est-ce qui l’intéressait dans cette aventure ? Et, en règle générale, quelles sont ses balises pour accepter ou refuser un rôle ? Sans le nommer, on lui présente la conception de l’acteur Guy Nadon : prendre d’abord en considération trois éléments — le cachet, l’occasion d’apprendre, la collégialité — et s’assurer d’en obtenir deux sur trois pour dire oui. « J’imagine que c’est un homme qui suggère cela ? » lance du tac au tac Michelle Williams.

Et d’enchaîner sur sa propre conception : « Avant de choisir un rôle, il y a trois boîtes devant moi, et je dois toujours en choisir deux parmi elles : celle d’un rôle qui peut me combler sur le plan artistique ; celle qui peut aider ma famille sur le plan géographique ; celle qui s’avère intéressante sur le plan financier. Dans le cas d’Après la noce, ce sont les deux premiers critères qui ont prévalu. »

En effet, une bonne partie de l’action du film se déroule à New York, où Williams réside depuis longtemps, par choix, mais son personnage, Isabel, a plutôt choisi de s’exiler en Inde, pour des raisons obscures peu à peu mises en lumière. Sur ce pays, celle qui a incarné Marilyn Monroe dans Une semaine avec Marilyn est intarissable. « Ce n’est pas la première fois que j’y vais avec ma fille, et le tournage me donnait l’occasion d’y retourner. Les bruits, les odeurs, tout y est tellement intense, c’est un pays qui vous submerge d’un point de vue spirituel. Évidemment, lorsque l’on revient chez soi après, dans un pays riche et occidental, le choc s’avère aussi grand, mais on ne peut plus voir les choses de la même façon. »

Cette transformation semble aussi profonde pour Isabel, qui dirige un orphelinat et qui croit pouvoir résoudre les nombreux problèmes financiers de l’établissement à la perspective d’un généreux don d’une riche femme d’affaires (Julianne Moore) qui exige sa présence à New York pour conclure leur entente. Un voyage qui l’effraie, et elle ignore à quel point il sera déterminant, lié à un passé qu’elle espérait tant oublier. « À New York, je voulais faire d’Isabel une expatriée, comme un arbre déraciné. Elle est d’autant plus déstabilisée que le personnage de Moore cherche à évaluer sur une base financière la vie d’Isabel en Inde : ce n’est pas parce qu’on ne peut mettre un prix sur certaines choses qu’elles n’ont pas de valeur. »

Avant de choisir un rôle, il y a trois boîtes devant moi, et je dois toujours en choisir deux parmi elles : celle d’un rôle qui peut me combler sur le plan artistique ; celle qui peut aider ma famille sur le plan géographique ; celle qui s’avère intéressante sur le plan financier. Dans le cas d’Après la noce, ce sont les deux premiers critères qui ont prévalu.

Après la noce représente un choix cohérent dans la filmographie deMichelle Williams, qui partage ici pour la première fois l’écran avecJulianne Moore (elles ont toutes les deux joué dans I’m Not There : les vies de Bob Dylan, mais jamais ensemble), découvrant aussi l’approche du réalisateur Bart Freundlich (Wolves, L’amour au détour), aussi l’époux de l’actrice oscarisée pour son rôle dans Toujours Alice. Avait-elle l’impression d’être au centre d’une dynamique de couple ? « Ils ne la reproduisent pas sur le plateau, confirme Williams. Ils se considèrent comme des collaborateurs et se comportent ainsi, ayant des conversations sérieuses et profondes, tout cela dans des rapports égalitaires. »

Pas besoin de tout l’argent du monde

Le mot « égalitaire » dans la bouche de Michelle Williams prend une résonance particulière, quelques années après tout le brouhaha ayant entouré le film Tout l’argent du monde, de Ridley Scott, d’abord par le remplacement post-tournage de Kevin Spacey, empêtré dans des scandales sexuels, par Christopher Plummer, mais surtout par l’écart salarial excessif entre Mark Wahlberg et l’actrice lors des séquences à refaire (1,5 million de dollars pour le premier et 1000 $ pour la seconde). L’affaire fit grand bruit, forçant les principaux intéressés à en venir à un arrangement plus… raisonnable.

Elle ne semble pas éprouver une envie folle de parler de cet épisode. « Pour être franche, je n’y pense plus beaucoup », même si Williams est devenue, malgré elle, une icône de l’ère post-#MoiAussi, une inspiration pour celles qui se battent contre le machisme légendaire d’Hollywood. « Recevoir un juste salaire, c’est une autre façon d’obtenir le respect, de soi-même et des autres. Cela dit, l’argent, ce n’est pas la chose la plus importante pour moi, et s’il me permet d’acheter quelque chose, c’est surtout la liberté : pour ma famille, mes choix artistiques, mon indépendance. »

Ces dernières années, en ce sens, elle fut conquérante : un retour réussi à la télévision (dans Fosse / Verdon), une première incursion, sûrement lucrative, dans le monde des superhéros (Venom) et un triomphe dans la peau de Sally Bowles dans le musicalCabaret (« En un an sur Broadway, j’ai plus appris que partout ailleurs »).

Après les tumultes, professionnels et personnels, et déjà 25 ans de carrière, Michelle Williams demeure une figure emblématique du cinéma indépendant (« Le cinéma que j’aime regarder »), plus que jamais désireuse de faire ce qui lui plaît au sein d’une industrie dont elle connaît mieux que quiconque le caractère impitoyable.

Après la noce, de Bart Freundlich, sortira à Montréal le vendredi 23 août.

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