«Les fauves»: fauve qui peut

Laura (Lily-Rose Depp, incolore) est tout ce qu’il y a de banal — un fantasme mièvre de jeune fille en fleur attirée par un homme mûr possiblement dangereux (Laurent Lafitte, beige aussi).
Photo: axia Films Laura (Lily-Rose Depp, incolore) est tout ce qu’il y a de banal — un fantasme mièvre de jeune fille en fleur attirée par un homme mûr possiblement dangereux (Laurent Lafitte, beige aussi).

Dans un camping en Dordogne, Laura coule un été désespérément sans histoire auprès de son amie Anne. Pour tromper leur ennui, les adolescentes entrent par effraction chez des résidents du coin. Un jour, elles pénètrent chez Paul, un écrivain célèbre pour qui Laura se prend de fascination. Et si Paul était ce meurtrier mystérieux dont certains imputent les crimes à une panthère qui, selon une légende locale, se terrerait dans une grotte avoisinante ? Avec ses velléités oniriques, Les fauves est comme un cauchemar duquel on a hâte de se réveiller. Pas parce qu’il effraie, mais parce qu’il ennuie, et pas à peu près.

Il s’agit du deuxième long métrage de Vincent Mariette après Tristesse Club, oeuvre au charme aussi insolite que désarmant contant les retrouvailles d’une fratrie dépareillée après le décès d’un père plein de secrets.

À nouveau, on retrouve ce goût pour un réel assailli par un surréalisme furtif. Ce que Les fauves n’a pas, en revanche, c’est l’humour de son prédécesseur. C’est que, dans Les fauves, le cinéaste se prend rudement au sérieux.

Quoique achevé sur le plan de la forme, le film fait souvent sourire pour les mauvaises raisons. Les dialogues ampoulés, un choix visant manifestement à cimenter une parenté avec le cinéma du maître en étrangeté David Lynch, font l’effet d’ongles sur un tableau, entre autres exemples. Et si, à ses débuts, le cinéaste affirmait un goût pour des personnages dont l’excentricité larvée ou apparente conférait une quasi-normalité à l’univers décalé environnant, il opte cette fois pour une mixité inopérante.

Ainsi Laura (Lily-Rose Depp, incolore) est-elle tout ce qu’il y a de banal — un fantasme mièvre de jeune fille en fleur attirée par un homme mûr possiblement dangereux — alors que le romancier (Laurent Lafitte, beige aussi) et l’inspectrice Camus (Camille Cottin, excellente) paraissent sortir d’un univers (d’un film) différent. Lors de chaque scène entre la policière et Laura, on perçoit une dissonance trop diffuse pour être un effet de style, mais trop présente pour ne pas agacer.

D’ailleurs, le film a beau s’évertuer à forger une atmosphère vaguement irréelle à la Traquée (It Follows) au moyen d’un savant habillage sonore, tout ce qui concerne l’enquête sur les meurtres et les disparitions ne tient pas la route un instant (l’une des victimes était le mari de l’inspectrice chargée de l’enquête, rien que ça).

Espérons que ce deuxième film de Vincent Mariette s’avérera un mauvais rêve vite dissipé à l’issue duquel il pourra recouvrer ses moyens.

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Les fauves

★★

Drame de Vincent Mariette. Avec Lily-Rose Depp, Aloïse Sauvage, Vincent Lafitte, Camille Cottin. France, 2019, 83 minutes.