«Tout ce qu’il me reste de la révolution»: je milite, donc je suis

Les dialogues manquent parfois de finesse comique, mais Judith Davis se réserve les meilleures tirades anti-capitalistes (elles, fort distrayantes), non seulement comme si elle jouait le rôle de sa vie, mais surtout son va-tout.
Photo: AZ Films Les dialogues manquent parfois de finesse comique, mais Judith Davis se réserve les meilleures tirades anti-capitalistes (elles, fort distrayantes), non seulement comme si elle jouait le rôle de sa vie, mais surtout son va-tout.

Un esprit éclairé, ou cynique, aurait déclaré : « Peut-on être à la fois honnête, intelligent et militant ? » Certains ont rêvé d’être tout cela, mais au moment de se ranger, ils auraient causé quelques gâchis.

C’est visiblement le cas pour les parents d’Angèle (Judith Davis), héroïne survoltée de Tout ce qu’il me reste de la révolution, comédie oscillant entre excès et modestie qui aurait pu s’intituler : Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des parents socialistes. Davis, également derrière la caméra et coscénariste de cette première incursion au cinéma, semble régler ses comptes avec une génération qu’elle considère comme irresponsable et négligente.

L’artiste ne fait pas de mystère de sa démarche militante, de même que celle de son collectif théâtral, L’avantage du doute, qui prend part à l’aventure. Et celle-ci est marquée du sceau de l’insécurité économique, de l’incompréhension intergénérationnelle, de l’individualisme à tous crins, ainsi que de cette obsession de la performance sous constante évaluation. Voilà qui constitue un joyeux casse-tête pour cette urbaniste réduite au chômage, mais pas au silence, s’activant au sein d’un groupe pour changer le monde, une réunion à la fois…

Sa course au bonheur collectif est constamment entravée par ses problèmes familiaux, dont ses relations difficiles avec sa soeur à bout de souffle (Mélanie Bestel) et son beau-frère arrogant toujours en chandail Lacoste (les marxistes diraient : aliénés), celles aussi avec sa mère, absente du décor, mais nourrissant constamment ses névroses. Car Angèle les crie, les étale, les commente à qui veut les entendre, dont un nouveau membre de ce groupuscule d’idéalistes, Saïd (Malik Zidi), instituteur dont la candeur pourrait peut-être la calmer…

Les débordements émotifs et oratoires ne manquent pas dans Tout ce qu’il me reste de la révolution. Judith Davis en avait visiblement gros sur le coeur, d’où le caractère parfois outrancier de sa performance, et dont ses cordes vocales risquent de se souvenir longtemps. À ces excès dignes d’un véritable règlement de comptes s’ajoute une pluralité de tonalités : au brûlot politique digne de Godard (lui aussi aimait parfois filmer les réunions interminables) se superpose une chronique familiale avec ses secrets bien mal gardés, et au final une romance plutôt gentille et prévisible.

Ces éléments ne s’imbriquent pas toujours avec aisance dans ce film aux moyens modestes et aux idéaux dignes d’une époque moins cynique que la nôtre. Les dialogues manquent parfois de finesse comique, mais Judith Davis se réserve les meilleures tirades anticapitalistes (elles, fort distrayantes), non seulement comme si elle jouait le rôle de sa vie, mais surtout son va-tout.

Et alors que le cinéma français s’entiche souvent des mêmes têtes, il fait bon de voir une cinéaste qui nous fait découvrir sa bande de camarades engagés, et se souvient d’une actrice comme Mireille Perrier, ici en mère campagnarde, participant jadis à une petite rébellion artistique (en jouant dans les premiers films de Leos Carax). Comme quoi chacun peut faire sa révolution à sa façon.

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Tout ce qu’il me reste de la révolution

★★★

Comédie de Judith Davis. Avec Judith Davis, Malik Zidi, Claire Dumas, Simon Bakhouche. France, 2018, 88 minutes.