«Mon bébé»: maman très chère

Héloïse (Sandrine Kiberlain) est mère de trois enfants, Théo (Victor Belmondo), Lola (Camille Claris) et Jade (Thaïs Alessandrin).
Photo: MK2 Mile End Héloïse (Sandrine Kiberlain) est mère de trois enfants, Théo (Victor Belmondo), Lola (Camille Claris) et Jade (Thaïs Alessandrin).

Héloïse a élevé essentiellement seule ses trois enfants, son ex-mari lui en ayant pour ainsi dire abandonné la responsabilité en dépit d’une garde partagée. L’aînée, Lola, et Théo, le benjamin, volent déjà de leurs propres ailes, mais la cadette Jade s’apprête pour sa part à quitter le nid. Et à cette seule pensée, Héloïse angoisse. D’autant que Jade a décidé de s’exiler de Paris pour aller étudier… à Montréal. Tiraillée entre peur irraisonnée, nostalgie tendre et désir de voir Jade s’épanouir, Héloïse souhaite en outre maintenir cette indéfectible complicité qui l’unit à sa plus jeune, à son bébé.

Sandrine Kiberlain, la toujours merveilleuse, incarne avec brio cette mère aux abois dans une comédie dramatique plutôt chouette, mais qui arrive en deçà de sa performance. Que l’on se rassure : on n’est pas en présence d’un cas de figure catastrophique à la Amoureux de ma femme, de triste mémoire, tant s’en faut.

À nouveau, la vedette de Mademoiselle Chambon, Elle l’adore et Pupille démontre un art consommé de la nuance lors de scènes parfois, justement, en mal de cela. En toute honnêteté cela dit, Mon bébé marque une nette amélioration dans la filmographie de Lisa Azuelos, derrière LOL et son terrible remake américain, ainsi que l’imbuvable biographie Dalida.

La réalisation est agréable à l’oeil dès lors qu’on arrive à faire abstraction, primo, de certains effets de montage un brin cucul chargés d’amener le passé dans le présent, et, deuxio, d’une musique envahissante.

Surtout, le personnage d’Héloïse s’avère vraiment intéressant et doté d’une profondeur appréciable. Là encore, beaucoup grâce à l’interprétation de Kiberlain.

Points de vue inégaux

Restauratrice, Héloïse est la patronne de son fils Théo (Victor Belmondo), elle voit régulièrement sa plus vieille, Lola (Camille Claris), de même que son père souffrant (Patrick Chesnais), avec qui elle entretient une belle connivence. Les verres entre copines, les mecs qui passent, tout cela traité avec une désinvolture et un naturel plaisants…

Or, aucune de ces relations n’approche celle, fusionnelle, qu’Héloïse a développée avec Jade (Thaïs Alessandrin). D’où le désarroi qui l’assaille.

À cet égard, on regrettera que la scénariste et réalisatrice eût esquivé la question quelque peu taboue de « l’enfant préféré », qu’elle évacue au moyen d’une tirade certes drôle (il faut voir Héloïse haranguer son aînée pour finir par parler toute seule), mais laissant inexploré l’un des enjeux les plus riches, considérant la prémisse.

Pour le compte, Mon bébé fonctionne le mieux lorsqu’il s’en tient au seul point de vue d’Héloïse. Du moment qu’on alterne avec celui de Jade, avec le premier amour développé de manière très convenue et les fêtes entre amis répétitives, le film perd tout son zeste.

C’est dire, au fond, la force d’attraction qu’exerce Sandrine Kiberlain, actrice solaire.

Mon bébé

★★★

Comédie dramatique de Lisa Azuelos. Avec Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Victor Belmondo, Patrick Chesnais, Camille Claris. France, 2019, 86 minutes.