Mort d’une drôle de dame du cinéma

Anémone, Anne Bourguignon de son vrai nom, est décédée à 68 ans des suites d’une longue maladie.
Photo: Pierre Verdy Agence France-Presse Anémone, Anne Bourguignon de son vrai nom, est décédée à 68 ans des suites d’une longue maladie.

Avec le décès de l’actrice Anémone disparaît un pan du cinéma français. Désopilante Thérèse dans le cultissime Le père Noël est une ordure, bouleversante Marcelle dans le très beau Le grand chemin, film lui ayant valu un César, elle fut au cours des années 1980 l’une des comédiennes les plus populaires du cinéma français. Décédée à l’âge de 68 ans des suites d’une longue maladie, elle s’était retirée en 2017.

Rien ne prédisposait Anémone, née Anne Bourguignon, à une carrière dans les arts. Élevée dans la haute bourgeoisie, elle passa son enfance dans la cossue propriété familiale, le château Mauras. S’ensuivirent des études dans maints établissements sélects, au terme desquelles elle fit le saut au café-théâtre.

Au Parisien, elle confiait : « J’aurais voulu jouer Lucile du Bourgeois gentilhomme, mais j’étais Nicole, ridicule avec des taches de rousseur. J’avais entrepris de montrer que j’étais la vraie princesse en montant ma jupe derrière Lucile, provoquant des éclats de rire. J’étais vexée ! Mais un effet est un effet, je l’ai gardé. C’est une mécanique de précision, le rire. J’ai aimé ça… »

En 1968, Philippe Garel la fit débuter dans un film intitulé Anémone. Elle garda le nom. En 1977, Coluche lui confia un bon rôle dans sa parodie monarchique Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine. En cousine Lucienne, elle provoqua l’hilarité. Le milieu en prit acte. Elle entama la décennie qui serait sienne avec plusieurs succès populaires, dont, en 1981, une paire de comédies signées Patrice Leconte : Viens chez moi, j’habite chez une copine et Ma femme s’appelle reviens.

On est moins reconnaissable quand on vieillit et qu’on ne passe plus dans les médias. Bon, là, j’y suis repassée avec ma tête de vieille, on me reconnaît encore, mais on va m’oublier avec le temps.

À la scène, elle se joignit dans l’intervalle à la troupe du Splendid afin de créer, en 1979, le personnage de Thérèse dans la pièce Le père Noël est une ordure, ou la veille de Noël catastrophique à la permanence de l’organisme SOS Détresse Amitié. Après un succès retentissant, une adaptation cinématographique parut en 1982. L’humour féroce scandalisa certains exploitants, la presse fut choquée, mais le public embarqua et le film devint culte. De nombreuses comédies à succès vinrent ensuite, souvent en tandem avec des membres du Splendid. Décelant un potentiel inutilisé, Michel Deville lui confia en 1985 le rôle de la voisine voyeuse dans le formidable Péril en la demeure. Encore drôle, mais dans un registre décalé confinant presque à l’inquiétante étrangeté, elle reçut la première de ses cinq nominations aux César.

En 1988, ce fut la consécration avec Le grand chemin, de Jean-Loup Hubert, où elle incarnait une femme gouailleuse mais blessée ayant accepté de garder pour l’été le fils d’une amie. César de la meilleure actrice.

Des années 1990, on retiendra ses compositions dans Le petit prince a dit, de Christine Pascal, en maman d’une fillette mourante, Pas très catholique, de Toni Marshall, en détective bisexuelle, et Lautrec, de Roger Planchon, en mère comtesse. Trois autres nominations.

Puis, les beaux rôles se firent rares : ingratitude du cinéma envers ses actrices mûres. En 2009, Laurent Tirard lui offrit une séquence du Petit Nicolas : celle de la suppléante. Une dernière fois, Anémone fit rire le public. En 2017, elle annonça sa retraite et déclara, toujours au Parisien : « À une époque, j’ai failli mourir étouffée par le fan-club, je ne pouvais plus prendre le métro, j’ai fui tout ça très vite. Être populaire, c’est pénible […] On est moins reconnaissable quand on vieillit et qu’on ne passe plus dans les médias. Bon, là, j’y suis repassée avec ma tête de vieille, on me reconnaît encore, mais on va m’oublier avec le temps. »

En tout respect, on objectera que, sur ce dernier point, elle s’est trompée.