La machine à prédictions s’emballe pour le 72e Festival de Cannes

Le public s’anime avant une projection à la dernière édition du Festival de Cannes, en mai 2018.
Photo: Anne-Christine Poujoulat Agence France-Presse Le public s’anime avant une projection à la dernière édition du Festival de Cannes, en mai 2018.

Le Festival de Cannes approche à grands pas. La 72e édition du grand rendez-vous de films se déroulera sur sa Croisette en folie du 14 au 25 mai. Des voix supputent à travers la blogosphère. Avant que ne soit dévoilée la Sélection officielle le 18 avril prochain, on aligne des noms en circulation pour une édition qui s’annonce prestigieuse et solide, garnie par ailleurs de stars pour leur tapis rouge.

Du côté québécois, Matthias & Maxime de Xavier Dolan, film sur l’amitié masculine et le désir (avec Xavier Dolan, Anne Dorval, Pier-Luc Funk), devrait atterrir en compétition, section où le jeune cinéaste est désormais bien en selle. D’autres productions d’ici pourraient se retrouver au festival dans un volet ou l’autre, dont La femme de mon frère, précédé d’une rumeur favorable, premier long métrage de Monia Chokri (avec Anne-Élisabeth Bossé et Patrick Hivon) sur les joies et les déchirures d’une famille excentrique. Le Torontois Atom Egoyan, moins prisé au festival, aurait des chances de retour en grâce à travers Guest of Honour sur fond de secrets familiaux (avec l’acteur britannique David Thewlis).

Comment ne pas prédire son billet pour la course à l’Américain Quentin Tarantino, palmé d’or pour Pulp Fiction, avec son Once Upon a Time in Hollywood réunissant Leonardo DiCaprio, Margot Robbie et Brad Pitt sur critique amusée de l’industrie hollywoodienne en 1969? Même topo pour l’Espagnol Pedro Almodóvar, candidat toujours malheureux à la Palme d’or. On s’attend à le retrouver en compétition avec Douleur et gloire qui réunit Antonio Banderas et Penélope Cruz, sur la vie d’un cinéaste en éternelle crise existentielle. Le vétéran britannique Ken Loach, deux fois palmé d’or, sera certainement des élus avec Sorry We Missed You, nouveau profil d’un héros de la classe ouvrière. Idem pour le Japonais Hirokazu Kore-eda, palmé d’or l’an dernier, cette fois avec le film en français La vérité portant sur des conflits familiaux où se donneront la réplique Juliette Binoche, Catherine Deneuve et Ethan Hawke.

Netflix sera absent encore cette année, mais les Américains, certainement plus nombreux qu’en 2018. Outre le film de Tarantino, on attend la science-fiction Ad Astra de James Gray avec Brad Pitt, Tommy Lee Jones et Donald Sutherland. Également Radegund de Terrence Malick, premier film en langue allemande du cinéaste palmé d’or, histoire d’un objecteur de conscience autrichien sous le Troisième Reich, sur ultimes rôles de Bruno Ganz et Michael Nyqvist, décédés depuis.

Jim Jarmusch devrait remettre le couvert avec un film de zombies, The Dead Don’t Die avec Tilda Swinton, Chloë Sevigny, Adam Driver et Bill Murray dans la lignée de son sublime Only Lovers Left Alive.

Le Palestinien Elia Suleiman (cinéaste d’Intervention divine) se faisait rare, mais pourrait reprendre du service avec une coproduction canadienne, l’autobiographique It Must Be Heaven où il tient le premier rôle. Attendus et espérés aussi, le Suédois Roy Andersson avec son poético-burlesque About Endlessness et le Chilien Pablo Larrain aux côtés du drame familial Ema, qui met en scène Gael García Bernal. La rumeur n’est pas chaude pour le dernier film des frères Dardenne, Ahmed, sur l’islamisme radical, mais Cannes leur a toujours déroulé son tapis rouge… Quant au Brésilien Kleber Mendonça Filho, il sera sans doute du bal avec Bacarau, deux ans après son remarquable Aquarius.

Crus français

Du côté de la France, de grands favoris : l’incontournable Arnaud Desplechin pour Roubaix, une lumière, retour sur un troublant fait divers, avec Léa Seydoux, Roschdy Zem et Sara Forestier, mais aussi Abdellatif Kechiche, palmé d’or pour La vie d’Adèle, cette fois en selle avec Mektoub my Love : Intermezzo porté par Hafsia Herzi. Bruno Dumont pourrait revenir avec Jeanne, suite de son merveilleux et chantant Jeannette sur la Pucelle d’Orléans.

Signe des temps : on s’attend à ce que les femmes cinéastes soient mieux mises en lumière que d’habitude à Cannes. Les candidates françaises méritantes ne manquent certes pas : Céline Sciamma avec la production historique Portrait de la jeune fille en feu porté par Adèle Haenel, Mia Hansen-Love pour Bergman Island, sur deux cinéastes américains en pèlerinage sur l’île de Farö (en vedette ; Mia Wasikowska, Greta Gerwig et John Turturro).

Sans compter Justine Triet pour Sybil, histoire d’une romancière psychanalyste, sur grosse distribution : Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, Gaspard Ulliel, Niels Schneider et Sandra Hüller (l’actrice de Toni Erdmann). Ajoutez Valérie Donzelli et son Notre Dame, comédie de moeurs avec Pierre Deladonchamps, Bouli Lanners et Virginie Ledoyen. Également Rebecca Zlotowski avec Une fille facile, chronique d’un été adolescent. On espère que ce sera enfin (en partie du moins) la cuvée des dames.