«Lola et ses frères»: d’autres choses de la vie

Lola et ses frères agissent parfois comme des gamins.
Photo: AZ Films Lola et ses frères agissent parfois comme des gamins.

Plusieurs Jean-Paul Rouve cohabitent au cinéma. Évidemment, le cabotin n’est jamais très loin depuis ses débuts humoristiques sur scène et à la télévision avec le groupe Les Robins des bois. Depuis, ils se succèdent au gré des envies des cinéastes, mais, comme d’autres acteurs avant lui, il a décidé de ne pas toujours les attendre pour raconter des histoires.

Il a d’ailleurs trouvé en l’écrivain David Foenkinos (La délicatesse) le complément parfait pour tempérer son énergie comique, un équilibre déjà acquis dans Les souvenirs, leur première collaboration d’écriture. Elle se poursuit dans Lola et ses frères avec le même dosage fragile d’humour, de drame et de bons sentiments, ainsi qu’un retour en province — ce qui permet aux personnages de s’entrechoquer plus souvent.

Ils le font d’ailleurs allègrement dans cette chronique familiale sans parents, bien que les enfants causent abondamment avec eux, souvent au cimetière, les inondant de leurs problèmes devant leur pierre tombale, espace qui n’est pas loin de ressembler à un cabinet de psychanalyste. C’est là que se retrouve le plus souvent Lola (Ludivine Sagnier), une jeune avocate, toujours flanquée de ses frères Pierre (José Garcia, étonnant de retenue), expert en démolition d’immeubles un peu bourru, et Benoît (Jean-Paul Rouve), un opticien à la vision embrouillée dès qu’il s’agit de relations humaines.

Tout débute dans la plus pure tradition des comédies françaises, celle des grands rassemblements apportant leur lot de tensions, de quiproquos — rien de mieux qu’un mariage… — permettant aussi de bien camper la dynamique de ce trio. Entre la fidélité indéfectible et l’exaspération constante, ces trois adultes agissant parfois comme des gamins multiplient les impairs professionnels et sentimentaux, cachant aux autres leurs échecs, qui finissent bien sûr par être connus de tous. Ces louvoiements s’accompagnent de pérégrinations aux quatre coins de la ville, enchaînant ainsiles rendez-vous aux bistrots, théâtre de leurs mésaventures sentimentales.

Cette mécanique narrative n’est pas nouvelle. Elle est si familière d’ailleurs qu’elle évoque cette fraternité caractéristique de certains films de Claude Sautet, ceux des années 1970 (Les choses de la vie, Vincent, Paul, François et les autres), où tout est prétexte à rassemblement autour d’un verre de vin ou d’un café, amorce d’une suite infinie de confidences. Chez Jean-Paul Rouve, le désir comique apparaît plus marqué, dominant pratiquement tout le film avant que les choses ne dérapent sur le plan sentimental, tâche dévolue au personnage de Ludivine Sagnier, à mi-chemin entre la femme-enfant et la carriériste.

Jean-Paul Rouve s’engage ainsi dans des sentiers très fréquentés, avec une certaine aisance, se plaisant à mettre en évidence les travers de ses personnages, à commencer par le sien, radin et insensible. Il ne lésine pas non plus sur les symboles, dont certains sans finesse, à commencer pas cette fissure sur un immeuble à la suite d’une démolition, telle une prophétie des malheurs que va encaisser le rabat-joie irresponsable joué par José Garcia. Une métaphore qui manque parfois de délicatesse…

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Lola et ses frères

★★★

Comédie dramatique de Jean-Paul Rouve. Avec Ludivine Sagnier, José Garcia, Jean-Paul Rouve, Ramzy Bedia. France, 2018, 105 minutes.