Jean-Paul Rouve et ses personnages

Dans son dernier film, «Lola et ses frères», Jean-Paul Rouve est à la fois devant et derrière la caméra.
Photo: AZ Films Dans son dernier film, «Lola et ses frères», Jean-Paul Rouve est à la fois devant et derrière la caméra.

Présent dans le paysage du cinéma français depuis bientôt trente ans, Jean-Paul Rouve en a fait du chemin depuis ses grandes pitreries avec le groupe humoristique Les Robins des Bois, aux côtés de Marina Foïs et de Pierre-François Martin-Laval, une école de la collégialité artistique.

Écrire des sketchs, écrire des films, être à la fois devant et derrière la caméra : ça semble un peu toujours la même chose pour celui parfois en vedette dans des productions à gros budget comme La Môme ou Dalida, mais ne rechignant jamais à jouer dans des comédies où son physique de Français moyen fait merveille (Les Tuche, Le sens de la fête). Mine de rien, le réalisateur a réussi à s’imposer au fil des années, sans plan de match précis selon ses dires (« Mon premier film [Sans arme, ni haine, ni violence], je voulais seulement l’écrire, même pas le réaliser. »), et alors que dans son dernier film, Lola et ses frères, le rôle de Benoît, un opticien qui ne voit pas toujours très clair, devait être interprété par un autre acteur que lui. « Mon tournage a été reporté — comme ça arrive souvent d’ailleurs — et celui qui devait tenir ce rôle n’était plus disponible. C’est arrivé au dernier moment, par hasard. »

Une troupe soudée

Pas une trace d’arrogance dans la voix de Jean-Paul Rouve, qui cause de tout cela au téléphone depuis Paris et à la veille d’un départ en direction du Rwanda pour jouer dans le prochain film d’Éric Barbier (La promesse de l’aube), une adaptation du roman de Gaël Faye Petit pays. Voilà un cadre franchement exotique qui tranche avec celui de Lola et ses frères, deuxième film écrit en collaboration avec l’écrivain David Foenkinos après Les souvenirs, dont l’action se situe à Angoulême. Pendant quelques semaines, les habitants de cette ville de la région de la Nouvelle-Aquitaine ont pu ainsi croiser Ludivine Sagnier, José Garcia et Remzy Bedia.

Tourner dans le sud-ouest de la France n’avait rien d’une fatalité pour Jean-Paul Rouve, alors que l’on connaît la frayeur légendaire de certains Parisiens face à la province. « À Paris, après un tournage, les gens rentrent chez eux, retrouvent leur vie et leurs problèmes. À Angoulême, pendant deux mois, nous étions tous ensemble, ce qui ne pouvait que favoriser un esprit de troupe. C’est toujours bénéfique pour le travail, pour le film, pour les relations humaines. »

Il en est d’ailleurs beaucoup question dans Lola et ses frères, regard sur une petite fratrie où, après la mort de leurs parents, deux grands frères (Jean-Paul Rouve et José Garcia) se font les protecteurs de leur jeune soeur (Ludivine Sagnier), un trio désaccordé taisant souvent ses failles et ses échecs, mais rarement pendant les visites au cimetière… De déceptions amoureuses en déconfitures professionnelles, l’harmonie n’est pas toujours au rendez-vous, d’abord entre eux, mais aussi auprès de leurs collègues et clients, le tout ponctué de nombreuses virées dans les cafés et bistrots.

D’une simplicité à une autre

De là à prétendre que Jean-Paul Rouve se donne des airs de Claude Sautet (Les choses de la vie, Mado), c’est un parallèle que certains n’hésitent pas à établir. Le principal intéressé ne s’oppose pas à cette comparaison, soulignant toutefois que « plein de films et plein de réalisateurs [l’]inspirent ». Le lien avec Sautet, il a son idée là-dessus.

« C’est un détail, mais un détail important : ses personnages exerçaient des métiers qui étaient très importants dans ses histoires ; leur vie professionnelle était toujours capitale. Au cinéma, il y a trop souvent des métiers que j’appelle un peu “hors terre”, écrivains, artistes, etc. » En effet, dans Lola et ses frères, entre un opticien et une avocate se faufile un expert en démolition d’immeubles (ce qui offre une introduction assez spectaculaire, tournée dans la région de Lyon, « sans effets spéciaux », précise le cinéaste).

En ce qui concerne le métier de cinéaste, il le pratique avec la même simplicité que celui d’acteur, jamais dans un esprit vengeur face à ceux qui l’auraient peu ou mal dirigé. « Quand vous êtes comédien, vous devez entrer dans l’univers de quelqu’un d’autre. Quand vous réalisez, c’est le contraire : vous demandez aux autres de participer à votre monde. Cette complémentarité m’intéresse et, franchement, il n’y a pas vraiment de différence. »

Lola et ses frères prendra l’affiche au Québec le vendredi 25 janvier.


Jean-Paul Rouve en cinq films

Karnaval, de Thomas Vincent (1999). Un des premiers films de l’acteur, une oeuvre sensible et émouvante sur un coin de pays souvent marqué par la grisaille économique et la misère morale. Derrière ses airs de fête, Dunkerque sait camoufler ses souffrances, cette ville du nord de la France où a grandi Jean-Paul Rouve.

Monsieur Batignole, de Gérard Jugnot (2002). Il endosse le rôle d’un collaborateur dans la France occupée, une performance saluée de tous et qui lui permet d’obtenir le César du meilleur espoir masculin. En prime : un choix encore plus vaste de rôles, autant comiques que dramatiques.

RRRrrrr !!!, d’Alain Chabat (2003). Loin d’être un chef-d’oeuvre, mais ceux qui appréciaient l’humour du groupe Les Nuls (auquel appartenait Chabat) et celui des Robins des Bois, rigolent encore de cette variation française des Pierrafeu. Pour inconditionnels seulement… qui d’ailleurs le revoient avec plaisir !

Podium, de Yann Moix (2004). Quand un admirateur inconditionnel de Claude François (Benoît Poelvoorde) rencontre un fan fini de Michel Polnareff (Rouve), tout cela devient un immense délire suintant le clinquant et la nostalgie. Le nom du réalisateur vous dit vaguement quelque chose ? C’est aussi un écrivain qui aurait sans doute mieux fait de se taire dans les pages du dernier numéro du magazine Marie Claire

Poupoupidou, de Gerald Hustache-Mathieu (2011). Une starlette de province s’identifie à Marilyn Monroe de manière obsessionnelle, et connaîtra elle aussi un destin tragique. Plus tard, un auteur de romans policiers tente d’y voir clair dans cette affaire sordide, et Rouve se révèle d’une grande justesse dans ce thriller aux accents hitchcockiens.

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