«Les vieux fourneaux»: les petites casseroles

Roland Giraud, Pierre Richard et Eddy Mitchell donnent vie au trio infernal imaginé par les bédéistes Paul Cauuet et Wilfrid Lupano.
Photo: MK2 Mile End Roland Giraud, Pierre Richard et Eddy Mitchell donnent vie au trio infernal imaginé par les bédéistes Paul Cauuet et Wilfrid Lupano.

Avec l’âge, chacun traîne ses casseroles, et certaines sont plus usées, plus sales que d’autres. À voir la tronche des trois emmerdeurs qui traversent Les vieux fourneaux, de Christophe Duthuron, on se doute que les leurs auraient grand besoin d’un nettoyage en profondeur. Crier et râler à ce point demande une énergie qui finit par devenir suspecte.

Ce trio infernal, imaginé par les bédéistes Paul Cauuet et Wilfrid Lupano, prend vie sous les traits de trois acteurs qui n’ont plus rien à prouver et ont visiblement envie de s’amuser. On oserait même affirmer : à nos dépens. C’est particulièrement vrai pour Pierre Richard, ici en vieux rebelle tapageur prénommé Pierrot, pour qui lutter contre le système signifie éviter les frais aux postes de péage des autoroutes. À la mort de la compagne d’un vieil ami, Antoine (Roland Giraud), un syndicaliste méthodique, ce Pierrot anarcho débarque aux funérailles avec le troisième lascar de la bande, Émile (Eddy Mitchell). Là, ils font la connaissance de la petite-fille d’Antoine, Sophie (Alice Pol), enceinte jusqu’aux yeux, ex-Parisienne venue humer l’air de la province et qui rêve de devenir marionnettiste, comme sa grand-mère.

Les retrouvailles, bruyantes — évidemment ! —, sont marquées par des révélations sur les infidélités de la défunte, provoquant la colère d’Antoine, et un branle-bas de combat général impliquant une virée en Italie et le réveil de douloureux souvenirs liés à la râleuse en chef du village, Berthe (effacée mais efficace Myriam Boyer). Une fois de plus, une fois de trop, les trois révolutionnaires forts en gueule auront beau blâmer les grands patrons et le capital, ils ne sont pas irréprochables.

Que de détours tortueux pour justement parvenir à ces révélations, des histoires anciennes en apparence futiles, et qui distillent quelques parcelles d’émotions — les trahisons de la Deuxième Guerre mondiale font toujours leur petit effet. Cela installe aussi un salutaire changement de ton, car la quasi-totalité du récit est plombée par une cascade de pirouettes, verbales ou grotesques, toujours des prétextes pour vociférer, comme si les acteurs ne faisaient qu’en rajouter pour nous sortir de notre torpeur.

Difficile d’être contre la ferveur de ces rebelles grisonnants voulant encore changer le monde au volant de bagnoles déglinguées. Mais s’il s’agit de perdre son temps avec un Pierre Richard livrant tous ses tics détestables, subir l’éternelle dégaine blasée d’Eddy Mitchell ou celle, tout aussi monotone, de Roland Giraud, c’est à désespérer du militantisme. À ce compte-là, on préfère encore passer du temps avec Alice Pol, la touche de jeunesse dans ce film un peu ringard, elle aussi malheureusement sacrifiée sur l’autel d’une certaine efficacité comique qui ne s’embarrasse guère de nuances psychologiques. Et de nuances tout court.

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Les vieux fourneaux

★★

Comédie dramatique de Christophe Duthuron. Avec Pierre Richard, Eddy Mitchell, Roland Giraud, Alice Pol. France, 2018, 92 minutes.