«Bienvenue à Marwen»: une guerre dans son jardin

Steve Carell interprète Mark Hogancamp, dans le registre clown triste.
Photo: Universal Pictures Steve Carell interprète Mark Hogancamp, dans le registre clown triste.

Marwen serait un petit village assiégé de Belgique pendant la Deuxième Guerre mondiale. Dans Welcome to Marwen, de Robert Zemeckis, on découvre qu’il existe uniquement dans l’imaginaire débridé, et perturbé, de Mark Hogancamp, un illustrateur dont la vie a basculé en 2000. Attaqué à la sortie d’un bar — un assaut à caractère homophobe — il restera plongé dans le coma plusieurs jours et en sortira amnésique, incapable de tenir un crayon ou un fusain. Ou de boire, lui qui avait de sérieux problèmes d’alcool.

Son histoire aurait pu s’arrêter là, mais elle prendra une tournure inattendue avec la découverte de la photographie, et surtout celle des poupées, Mark (Steve Carell dans le registre clown triste) recréant dans son studio et son jardin un monde de guerrières et de nazis dont il est le héros. Ces curieuses reconstitutions ont eu sur lui un effet thérapeutique, une trajectoire qui ne pouvait qu’inspirer le réalisateur de Allied et Cast Away.

Welcome to Marwen apparaît comme le récit de deux combats, l’un psychologique, sur cet être reclus, traumatisé à l’idée de retourner au tribunal près de ses tortionnaires pour entendre leur sentence. L’autre est peuplé de personnages fantaisistes, à peu près tous inspirés de femmes de son entourage, la dernière en date étant une nouvelle voisine, Nicol (Leslie Mann), ou un peu sorties de nulle part, dont une sorcière… belge (Diane Kruger). Le Mark version G.I. Joe ne craint rien ni personne, ou presque, tandis que l’autre se terre dans sa maison mobile comme s’il s’agissait d’un bunker.

Nous sommes devant un être d’une étrange complexité, et ne comptez pas sur Robert Zemeckis pour vous éclairer. D’abord, en bon réalisateur raffolant des « high concepts », il semble davantage amusé à recréer la gigantesque maison de poupées de cet artiste tourmenté. La majorité des actrices, sauf Leslie Mann et Merritt Wever, en vendeuse de poupées, sont réduites à l’état de figurines animées, croisement entre Charlie’s Angels et Inglourious Basterds. Mais les enjeux délicats, eux, semblent l’embarrasser, à commencer par cette passion de Mark pour les talons hauts, et qu’il lui aurait fallu taire devant les imbéciles qui l’ont tabassé.

Lubie de collectionneur ? Son placard en est plein, et il frôle l’extase en croyant qu’on lui offre des Christian Louboutin. Zemeckis et la coscénariste Caroline Thompson l’abordent comme une excentricité, mais visiblement plus encombrante que ses pulsions meurtrières. À ce chapitre, le film en fait l’étalage, même si les carnages, assourdissants, n’ont pas la même force de frappe lorsqu’il s’agit de marionnettes.

Que Welcome to Marwen souffre d’une certaine crispation face aux nuances de l’identité sexuelle n’est guère surprenant, et ne fait que révéler l’obsession consensuelle d’un cinéaste qui a connu des jours meilleurs, se citant lui-même pour nous les rappeler (la voiture en flammes de Back to the Future, une tête effectuant un 360 degrés comme dans Death Becomes Her). Le courage de Mark apparaît exemplaire et n’est pas sans rappeler celui d’un certain Forrest Gump, mais c’est davantage la flamboyance de ses combats fantasmagoriques que la gravité de ses luttes intérieures qui prend ici le pas.

Bienvenue à Marwen (V.F. de Welcome to Marwen)

★★ 1/2

Comédie dramatique de Robert Zemeckis. Avec Steve Carell, Leslie Mann, Merritt Wever, Elza Gonzalez. États-Unis, 2018, 116 minutes.