«Sous le Silver Lake»: les insomniaques abusent

Le portrait féminin est stéréotypé et peu reluisant dans la caméra du réalisateur.
Photo: Métropole Films Le portrait féminin est stéréotypé et peu reluisant dans la caméra du réalisateur.

À Los Angeles, Sam, la trentaine insouciante, noctambule et chômeur, consacre le plus clair de son temps à espionner sa voisine et à revoir des vieux films. Et il y a cette amie actrice qui, entre deux auditions, vient tirer un coup sans passion. Mais voilà qu’avec sa beauté et son mystère, une nouvelle venue dans l’immeuble, Sarah, sort le jeune homme de sa torpeur. Lorsque Sarah disparaît, Sam passe de la pâmoison à l’obsession. Dès lors, de sauteries mondaines en théories du complot, le jeune homme explorera les hauts et les bas, littéralement, d’une faune hollywoodienne plus énigmatique qu’il ne le soupçonnait.

Quelque part entre Le privé (The Long Goodbye), de Robert Altman, et Mullholand Drive, de David Lynch, Sous le Silver Lake (Under the Silver Lake), de David Robert Mitchell, exsude une ambiance de film noir en technicolor sur toile de fond similaire. C’est à peu près là sa seule vertu.

En 2015, le nom de Mitchell était sur les lèvres de moult critiques et cinéphiles épatés par son angoissant Traquée (It Follows). Fort de ce succès surprise, le jeune cinéaste eut les coudées franches pour son projet suivant, Sous le Silver Lake. À l’issue de la projection à Cannes, Peter Bradshaw, du Guardian, fit le constat que ce nouveau film montrait combien il peut s’avérer « dangereux de laisser le champ libre à un réalisateur à la mode ». Après avoir vu le film, on ne peut que lui donner raison.

Cryptique en surface, mais finalement plus tarabiscotée que dense, l’intrigue multiplie les échappées hallucinatoires, comme sous influence, à l’instar du protagoniste.

Rêve mouillé

Un protagoniste, soit dit en passant, plus répugnant qu’attachant dans ses comportements, non que l’auteur semble s’en rendre compte, trop occupé qu’il est, sans doute, à faire défiler et se dévêtir un cortège quasi ininterrompu de jeunes femmes.

De la prémisse au dénouement, ces dernières ne sont qu’objets, à commencer par la blonde Sarah. Au temps d’Hitchcock, c’était une chose, mais à présent ? Ici, on les épie, on les utilise puis on en dispose… On les accumule également (ce que Mitchell dénonce chez les « méchants » de son histoire tout en faisant le même étalage qu’eux devant sa caméra). Cibles complaisantes du regard mâle, victimes effrayées en mal de protection, manipulatrices indifférentes : il est beau, le portrait féminin.

Le film ne leur donne qui plus est que bien peu à dire, aussi nombreuses soient-elles. Quoiqu’à ce chapitre, Sam n’est guère mieux servi.

D’ailleurs, sur le front de la substance, le thème de la quête effrénée de célébrité se trouve au cœur du scénario de Mitchell, qui aurait gagné à circonscrire davantage son propos (comme dans l’économique Traquée). Reste une succession d’images léchées peuplées de jolis corps et minois, exhibition primaire de ce que le film prétend satiriser.

Devant ce rêve mouillé d’ado attardé, on a l’impression d’un cinéaste qui régresse.

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Sous le Silver Lake (V.O. avec s.-t.f. de Under the Silver Lake)

Drame fantaisiste de David Robert Mitchell. Avec Andrew Garfield, Riley Keough, Topher Grace, Jimmi Simpson, Laura-Leigh. États-Unis, 2018, 139 minutes.