«En liberté!»: les nouveaux ripoux

Les acteurs français Pio Marmaï et Audrey Tautou (sur notre photo) revêtent respectivement les rôles d’Antoine et d’Agnès.
Photo: Claire Nicol Les acteurs français Pio Marmaï et Audrey Tautou (sur notre photo) revêtent respectivement les rôles d’Antoine et d’Agnès.

Depuis le début de sa carrière de cinéaste, Pierre Salvadori ne cesse de répéter sa profonde admiration pour Ernst Lubitsch (To Be or Not To Be, Heaven Can Wait), appréciant sa virtuosité, sa légèreté apparente, son sens inné du timing. Et depuis son premier film, Cible émouvante, il creuse vaillamment ce sillon, révélant au passage le talent comique d’acteurs partis trop vite, dont Guillaume Depardieu et Marie Trintignant.

Heureusement pour lui, il a fait depuis d’autres rencontres, dont Audrey Tautou dans Hors de prix et De vrais mensonges, à nouveau en vedette dans En liberté !, sa comédie la plus vitaminée, mais pas nécessairement sa plus réussie. Mais comme à l’habitude, ça fourmille de bonnes idées, à commencer par la transformation sans cesse modifiée, et digne d’une bande dessinée, des récits des exploits d’un valeureux policier (Vincent Elbaz) par sa veuve, Yvonne (Adèle Haenel), à son fils juste avant le dodo. En fait, celui qu’elle croyait vertueux n’était qu’un beau salaud, prêt à foutre en prison Antoine (Pio Marmaï), un joaillier au sens moral irréprochable, pour couvrir le cambriolage d’une bijouterie et se servir au passage. Ce n’est d’ailleurs pas son seul « exploit ».

Antoine vient tout juste de sortir de prison, retrouve son épouse bien-aimée (Tautou) et ignore qu’il est suivi à la trace par Yvonne, elle aussi dans la police, prête à tout pour nettoyer le passé. Une entreprise par ailleurs délicate, accentuée par la présence d’un collègue amoureux (Damien Bonnard) et des errances de cet ex-prisonnier devenu, huit ans plus tard, une brute imprévisible. Et se déclarant parfaitement coupable de tous les crimes qu’il commet !

Chez Salvadori, ses personnages s’empêtrent eux-mêmes dans une foule de malentendus, éprouvant beaucoup de difficultés à dévoiler leurs véritables sentiments, leurs nobles intentions, ayant aussi la fâcheuse habitude de multiplier les filatures sentimentales. En liberté ! affiche ce stratagème narratif, un joli jeu de cache-cache où la policière s’avère aussi impuissante que fascinée par les errances d’un ancien joaillier qui taille maintenant les gens en pièces lorsqu’il est contrarié.

Comme à son habitude, Salvadori se plaît à multiplier les quiproquos et les fausses identités, Antoine se méprenant complètement sur les intentions de sa protectrice, qui semble toujours là lorsque surgit une catastrophe — et elles sont nombreuses. Celles-ci prennent une ampleur démesurée et prennent le pas sur le joli marivaudage qu’il a mis en place, sans doute amusé à l’idée de jouer (parfois) sur les plates-bandes de Luc Besson, surtout dans des séquences de prouesses musclées qui visiblement amusent aussi Vincent Elbaz, et que l’on pourrait croire en audition pour Tarantino !

En liberté ! témoigne aussi de l’ambition d’un cinéaste de se réinventer tout en demeurant dans les mêmes paramètres. Or, un peu comme son héroïne égarée malgré elle pendant un temps dans une fête foraine, trop d’artifices finissent par étourdir.

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En liberté !

★★ 1/2

Comédie de Pierre Salvadori. Avec Adèle Haenel, Pio Marmaï, Audrey Tautou, Vincent Elbaz. France, 2018, 108 minutes.