«Journal d’une FIV»: désir d’enfant

Le Dr René Frydman discute avec la réalisatrice Raphaëlle Catteau pendant le tournage du documentaire.
Photo: Nathalie Séroux Le Dr René Frydman discute avec la réalisatrice Raphaëlle Catteau pendant le tournage du documentaire.

Raphaëlle Catteau désirait un enfant de toutes ses forces. Et toutes ses forces lui ont été nécessaires pour y arriver. Dans son dernier documentaire, Journal d’une FIV, la réalisatrice raconte son long parcours à travers la procréation médicalement assistée pour donner naissance. Le film a été en partie tourné avec un téléphone intelligent, tenu la plupart du temps par son conjoint et compagnon dans cette aventure, Rodolphe Rinnert. Voici donc la procréation médicalement assistée « comme si vous y étiez », avec sa multitude d’injections hormonales quotidiennes, ses spermogrammes effectués dans la froideur des chambres d’hôpital, ses attentes interminables, la perception du temps qui fuit, ses espoirs déçus et ses espoirs comblés.

À la fin de la trentaine, donc, la réalisatrice rencontre son amoureux Rodolphe et tous deux veulent un enfant. Après avoir vainement tenté d’y arriver par des voies naturelles, le couple, qui vit alors en France, a recours au Dr René Frydman, précurseur de la fécondation in vitro dans ce pays.

Mais les épreuves se succéderont avant que le couple n’arrive à ses fins. Le corps de Raphaëlle Catteau ne réagit pas initialement aussi bien qu’il le devrait aux traitements, et ses ovocytes n’ont pas la taille nécessaire à la fécondation. Puis, des erreurs dans les dosages d’hormones, administrés par un infirmier, remettent en cause tout le processus. Après une vaine tentative d’insémination, la réalisatrice subit sa première fécondation in vitro (FIV) et tombe finalement enceinte de… jumelles ! Mais il lui aura fallu un an pour y arriver.

La naissance d’un film

« La médecine prend le contrôle de mon corps et de nos vies », dit-elle en cours de processus. Il est d’ailleurs évocateur de voir le médecin se pencher sur sa patiente pour extraire les ovocytes.

La médecine prend le contrôle de mon corps et de nos vies

Au départ, toutes ces scènes n’étaient pas tournées pour devenir un film. Puis, la réalisatrice y a vu surgir une histoire pertinente pour le public. Et il est vrai que ces images, tournées au plus près de la procréation médicalement assistée, donnent le meilleur compte rendu possible de ce que vivent les couples qui s’y adonnent. Mais est-ce qu’un tel film aurait vu le jour si la réalisatrice n’avait pas, finalement, réussi à tomber enceinte ? On y apprend d’ailleurs que 15 % des inséminations réussissent, contre 25 % des fécondations in vitro. Même durant la grossesse, Raphaëlle Catteau savait qu’elle pourrait perdre l’un de ses deux bébés.

Raphaëlle Catteau affirme dans son film que c’est grâce à la présence rassurante de son conjoint et du Dr Frydman qu’elle a accepté de mener cette bataille jusqu’au bout. « Les enfants de la médecine sont des enfants comme les autres », écrit le Dr Frydman, qui considère que son rôle est d’aider le désir à se réaliser.

Le film nous laisse sur les images attendrissantes des deux jumelles du couple, qui grandissent à Montréal, avec leurs parents. Les gazouillis d’enfants sont au rendez-vous. L’histoire finit bien. Mais on ne peut s’empêcher de penser aux 75 % de FIV qui échouent, et aux ventres restés vides qui rumineront peut-être éternellement leur défaite.
 



Une version précédente de ce texte, indiquant notamment que le processus avant que la réalisatrice ne tombe enceinte avait duré quatre ans et que le film a été tourné entièrement avec un téléphone intelligent, a été modifiée.

 

Journal d’une FIV

★★★

Documentaire de Raphaëlle Catteau. France, 2017, 75 minutes. La réalisatrice sera présente lors de certaines représentations, dont le 30 novembre à 18 h 50 au cinéma Beaubien, le 1er décembre à 15 h 30 à la Cinémathèque québécoise et le 11 décembre à 19 h au Clap.