«Ce qui ne me tue pas»: quelques arpents de neige

Dans l’adaptation au grand écran du quatrième tome de la saga «Millénium», Lisbeth Salander est devenue une version édulcorée du personnage imaginé par Stieg Larsson.
Photo: Sony Pictures Dans l’adaptation au grand écran du quatrième tome de la saga «Millénium», Lisbeth Salander est devenue une version édulcorée du personnage imaginé par Stieg Larsson.

Dès la publication du quatrième tome de Millénium, Ce qui ne me tue pas (Actes noirs, 2015), force a été d’admettre que David Lagercrantz était un écrivain drôlement plus doué que le regretté Stieg Larsson, décédé peu avant la parution des trois premiers tomes. Exploitant quelques sous-intrigues laissées en suspens, approfondissant les personnages de la pirate informatique Lisbeth Salander et du journaliste Mikael Blomkvist, Lagercrantz était parvenu à créer un récit complexe et sombre sur fond de cybercriminalité que n’aurait sans doute pas renié Larsson.

Hélas ! Le réalisateur Fede Alvarez (Ne respire pas) et ses sbires, les scénaristes Jay Basu (Monsters : Dark Continent, de Tom Green) et Steven Knight (Les promesses de l’ombre, David Cronenberg), ont vidé le récit de sa substance. Alors que Blomkvist (qui a eu droit à une cure de jeunesse en la personne de Sverrir Gudnason) en est réduit à jouer les demoiselles en détresse, Lisbeth (Claire Foy, qui parle avec un accent suédois !) est devenue une version édulcorée du personnage imaginé par Larsson.

Finie la chimie palpable entre le journaliste justicier et l’héroïne vengeresse, toujours hantée par son douloureux passé qui s’incarne ici sous les traits de son infâme jumelle Camilla (grotesque Sylvia Hoeks). Finie la richesse de la relation entre Lisbeth et August (Christopher Convery), fils autiste du brillant chercheur en intelligence artificielle (Stephen Merchant) qui vient d’être assassiné. Finie aussi la critique sur le statut de la presse écrite.

Bref, plus grand-chose ne subsiste du récit fascinant de Lagercrantz. À côté des fidèles adaptations suédoises et de l’éclatante réalisation de David Fincher, celle-ci ne fait pas le poids. S’il peine à orchestrer des scènes d’action dignes de mention et à maintenir l’intérêt du spectateur, Alvarez parvient toutefois à signer quelques scènes d’une grâce lyrique. Dans l’oeil du directeur photo Pedro Luque, la lumière hivernale paraît plus que glaciale. Au coeur de cette splendide blancheur, Claire Foy, si éblouissante dans la série The Crown, arpente les paysages suédois comme si elle cherchait vainement son personnage.

Millénium: Ce qui ne me tue pas (V.F. de The Girl in the Spider’s Web)

★★

Thriller de Fede Alvarez. Avec Claire Foy, Sverrir Gudnasson, Sylvia Hoecks, Lakeith Stanfield, Stephen Merchant, Christopher Convery et Vicky Krieps. États-Unis, 2018, 115 minutes.