«Nos batailles»: de guerre lasse

«Nos batailles» se présente comme un «Kramer contre Kramer» sans le procès.
Photo: Axia Films «Nos batailles» se présente comme un «Kramer contre Kramer» sans le procès.

Tout semble aller pour le mieux chez Laure et Olivier. Certes, ils triment dur, elle comme vendeuse, lui comme superviseur dans une compagnie de vente en ligne, mais ils ont un toit à eux et surtout, deux beaux enfants en santé. Or, une ombre plane sur cette famille en apparence heureuse. En effet, sitôt les petits couchés, et juste avant que ne rentre leur père, il arrive à Laure de s’isoler dans la salle de bain pour pleurer.

Un matin, elle envoie les premiers à l’école, puis, lorsque le second lui dit « à ce soir », elle ne répond pas, non qu’Olivier relève la chose. Au bout de deux jours sans nouvelles, il n’a toutefois d’autre choix que de se rendre à l’évidence : Laure est partie. Sorte de Kramer contre Kramer sans le procès, Nos batailles s’attarde aux contrecoups de ce départ inexpliqué.

À sa face même, la prémisse du film de Guillaume Senez offre un riche potentiel dramatique, l’absence aussi soudaine qu’inattendue de Laure pouvant être explorée de quatre points de vue : celui d’Olivier, celui d’Elliott, l’aîné, celui de Rose, la cadette, et bien sûr, celui de Laure. Dommage : les motivations profondes de cette femme qui suscite d’entrée de jeu une empathie spontanée ne sont pas au programme.

De fait, le scénario coécrit par Raphaëlle Valbrune-Desplechin et le cinéaste préfère en définitive s’en tenir à la seule perspective du papa aux abois, et dont la situation au travail devient un enjeu prépondérant. Tout cela, encore, comme dans le classique de Robert Benton mentionné d’office, le commerce en ligne suppléant au monde de la pub, signe des temps.

Désir d’importance

On le précise : si l’on reconnaît certains rouages, un certain emboîtement des situations, le contexte global s’avère différent. Avec ses velléités socio-économiques, le film affiche ainsi d’autres préoccupations.

On pense ici aux tribulations syndicales du protagoniste. Étalées en surface, celles-ci donnent hélas l’impression d’un désir d’importance et ne s’intègrent jamais tout à fait à la trame principale. Un aspect, paradoxalement, dont le film à l’air de vouloir s’excuser avec une fin d’un positivisme un peu trop souriant considérant tout ce qui est venu avant.

Quoi qu’il en soit, après s’être quelque peu complu dans ces considérations socio-économiques rappelant surtout que l’on ne s’improvise pas frères Dardenne, le film se recentre. Les deux enfants retrouvent alors l’ascendant par rapport aux aléas professionnels d’Olivier, avec pour conséquence un dernier segment plus prenant, émotionnellement parlant.

Déséquilibre ambiant

Comme un rappel visuel involontaire du déséquilibre présent au scénario, la mise en scène tendance naturaliste succombe de-ci de-là à des plans esthétisants. Bien observées, les situations domestiques sonnent en revanche justes, qu’il s’agisse du séjour de la soeur d’Olivier venue donner un coup de main ou de la présence constante de leur mère à tous deux.

Par contraste, une idylle à sens unique avec une collègue convainc plus ou moins en dépit du jeu senti des interprètes. À cet égard, si Romain Duris domine, l’ensemble de la distribution, jeunes acteurs inclus, confère un supplément bienvenu de sincérité à l’ensemble.

Nos batailles

★★ 1/2

Drame de Guillaume Senez. Avec Romain Duris, Lucie Debay, Laetitia Dosch, Laure Calamy, Basile Grunberger, Lena Girard Voss, Dominique Valadié. France-Belgique, 2018, 98 minutes.